Comment Sunna Design veut électrifier et connecter les villages africains

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Moon comprend un kit solaire permettant de brancher trois lampes LED et un smartphone, ainsi que ce dernier
Moon comprend un kit solaire permettant de brancher trois lampes LED et un smartphone, ainsi que ce dernier (Crédits : Sunna Design)
Sunna Design, spécialiste de l'éclairage solaire autonome en conditions difficiles, s'attelle à un challenge de taille. En capitalisant sur sa technologie, la société bordelaise vient de concevoir un kit permettant aux foyers des villages africains les plus reculés d'accéder à l'énergie mais aussi à des contenus digitaux via un smartphone. Pour déployer son innovation, Sunna Design lance une campagne de crowdlending via la nouvelle plateforme bordelaise Solylend, dédiée à ce type de projets.

Sunna Design s'est depuis quelques années taillé une solide réputation dans l'univers de l'énergie. Multiprimée, l'entreprise de Blanquefort, près de Bordeaux, s'est doté il y a quelques mois d'une "usine du futur" très avancée où sont produits ses lampadaires solaires autonomes et intelligents, capables de résister pendant 10 ans à des conditions difficiles (chaleur, poussière...) sans maintenance et équipés d'algorithmes de management de l'énergie.

Créée en 2011, Sunna Design est aujourd'hui plus qu'une startup en devenir. Pilotée par son charismatique fondateur Thomas Samuel, lauréat du prestigieux prix "Innovators under 35" du MIT, l'entreprise emploie 45 personnes et voit sortir ces jours-ci de ses ateliers le 10.000e lampadaire produit, ces derniers étant installés dans une quarantaine de pays. La société a déjà deux levées de fonds derrière elle, de 1,3 M€ en 2013 et de 5,3 M€ deux ans plus tard, et une campagne de crowdlending de 500.000 € auprès de particuliers prêteurs pour son nanogrid, mini réseau solaire permettant d'apporter l'électricité dans plusieurs maisons simultanément.

Moon, un double objectif

Le dernier projet de Sunna Design est très en phase avec les valeurs qu'elle défend et s'appuie sur la technologie qu'elle a mise au point. La startup a conçu Moon, un kit associant accès à l'énergie et contenus digitaux. L'offre s'adresse aux habitants des villages africains qui ne disposent pas d'un accès à l'électricité et où la couverture mobile est mauvaise. Moon comprend un système solaire autonome, facilement installable, avec une batterie permettant de brancher 3 lampes ainsi qu'un smartphone Android. Ce dernier, inclus dans le kit, permettra notamment aux villageois de bénéficier de services sur mesure. Thomas Samuel insiste sur ce point :

"La force du projet réside dans le fait qu'il s'adresse aux vil­lages, où réside aujourd'hui l'essentiel des populations africaines. La question, c'est celle du développement véritablement local, c'est-à-dire sur place. Nos deux équipes, française et sénégalaise, sont à l'écoute et ont déjà commencé à identifier des développeurs locaux pour enrichir le portefeuille d'applications adaptées et utiles autour de l'agriculture, de la santé, de l'éducation... Le smartphone permettra également de créer du lien social entre des communautés parfois éloignées dans des zones peu couvertes."

Ne pas se tromper d'enjeu

En filigrane, Sunna Design entend jouer un rôle là où l'extension du réseau électrique national n'est pas finançable et où les opérateurs de téléphonie ne sont pas mobilisés, faute d'utilisateurs de smartphone en nombre suffisant. Le postulat est le suivant : apporter de l'énergie et des services digitaux pour favoriser l'aménagement du territoire, lutter contre l'exode rural et le creusement des inégalités avec les habitants des zones urbaines...

"Pour les populations locales, l'enjeu n'est pas d'être équipé d'un smartphone mais bien de pouvoir le recharger et d'accéder à des contenus alors que la connectivité est limitée, précise Thomas Samuel. Moon doit aboutir à la création de communautés d'utilisateurs. Plus que de fournir de l'énergie, nous voulons donner des moyens de se développer. De plus nous avons calculé que Moon permet à un foyer d'économiser environ 350 euros par an. Le coût initial est de 40 euros, puis nous le faisons payer 40 centimes par jour, soit l'équivalent de 2 bougies et 2 piles, ajoute Thomas Samuel. L'utilisateur n'a qu'à lancer une vidéo sur son smartphone pour installer lui-même le kit."

Sunna Design a imaginé un modèle économique basé sur le "pay as you go". L'utilisateur pourra rembourser son acquisition sur plusieurs mois via le smartphone (interfacé avec Orange Money) et planifier ses versements en fonction de ses besoins, de ses revenus, et de ses priorités.

Si la R&D du projet Moon est installée en France, une équipe va être installée au Sénégal pour la logistique, la vente, le call center... Pas besoin pour Sunna Design de déployer un réseau de boutiques. Thomas Samuel a prévu que le projet Moon aille au contact des villages reculés grâce à des containers déplaçables installés dans des lieux de passage de zones reculées comme les marchés, où les habitants des environs pourront se familiariser avec les kits solaires et les acheter.

Moon de Sunna Design

Premier projet à financer pour Solylend

Pour commencer à déployer Moon, Sunna Design a besoin de fonds : "Le kit est prêt, il reste à scaler", résume Thomas Samuel. L'entreprise a donc lancé une campagne de crowdlending (prêts entre particuliers et entreprises) via la nouvelle plateforme Solylend, fondée cette année par le Bordelais Nicolas Pereira, passé précédemment par... Sunna Design, justement, où il fut chargé de développement international. Solylend se consacre à des projets du champ de l'économie sociale et solidaire, plus spécifiquement visant à l'émergence de projets à fort impact et pérennes dans les pays émergents, et souhaite apporter de la transparence sur l'utilisation réelle des fonds prêtés. Solylend annonce pour les prêteurs un taux d'intérêt de 6 %. L'opération se poursuivra jusqu'au 26 juin.

Sunna Design espère atteindre rapidement un premier plafond de 100.000 € qui lui permettrait de préfinancer les kits solaires pour 500 personnes au Sénégal dès le mois prochain, en Casamance, région enclavée au sud du pays. Un premier pas qui en appelle d'autres, rapides, probablement toujours au Sénégal puis au Mali. Pour électrifier le continent africain (600 millions de personnes), il faudrait mobiliser pas moins de 10 milliards d'euros...

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