La BEI envisage de prêter 20 M€ à Europlasma

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Mise en fusion des déchets d'amiante à Inertam, où certaines combinaisons de protection se sont révélées contaminées.
Mise en fusion des déchets d'amiante à Inertam, où certaines combinaisons de protection se sont révélées contaminées. (Crédits : Agence Appa)
Le groupe landais Europlasma pourrait bénéficier du concours financier de la Banque européenne d’investissement (BEI), qui envisage de lui prêter 20 M€ pour assurer le déploiement dans les Deux-Sèvres de sa centrale électrique à énergie renouvelable.

Le groupe Europlasma (plus de 70 salariés), à Morcenx (Landes), dont la direction administrative se trouve à Pessac (Bordeaux Métropole), coté en Bourse, spécialisé en particulier dans la neutralisation définitive des déchets d'amiante par torche à plasma, vient de publier ses résultats 2016. Un bilan annuel qui est à mettre en perspective avec le développement financièrement très lourd, qui reste encore à valider techniquement, de la centrale Cho Power, qui doit produire de l'électricité à partir de la gazéification de biomasse et déchets solides.

Pour atteindre la délivrance de la puissance électrique attendue par cette centrale et obtenir sa qualification technique, il a fallu l'équiper de deux moteurs supplémentaires, en plus des deux Caterpillar installés à l'origine. C'est ainsi qu'Europlasma a acheté l'an dernier deux moteurs à gaz d'une puissance de 2 MW auprès d'un spécialiste européen du secteur : le groupe autrichien GE Jenbacher. Le premier de ces deux moteurs a passé avec succès les tests de qualification le 18 février dernier, tandis que le second a été déclaré bon pour le service le 7 avril. Les deux moteurs vont devoir réussir les tests de fonctionnement en binôme et amener la turbine à vapeur (et non à gaz comme écrit précédemment) à produire sans anicroche l'énergie électrique attendue pour la qualification de Cho Power.

Dans l'attente des Deux-Sèvres et du Morbihan

Même si elle n'est pas encore tout à fait qualifiée, cette centrale électrique à énergie renouvelable fait l'objet d'un plan de déploiement dans les Deux-Sèvres, avec Cho Tiper, un projet soutenu à hauteur de 12 M€ par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et pour lequel la Banque européenne d'investissement (BEI) pourrait débloquer 20 M€ sous forme de dette senior (dette privilégiée à rembourser prioritairement -NDLR), et Cho Locminé (Morbihan), qui pourra être lancé après obtention de l'autorisation d'exploiter et bouclage du financement de Cho Tiper. D'autres projets sont à l'étude. Si à l'heure actuelle Europlasma dépend essentiellement de sa filiale Inertam (neutralisation de déchets d'amiante) pour engranger du chiffre d'affaires, son avenir est lié au succès ou à l'échec de Cho Power.

"Cho Power est sur une dynamique positive avec la réception de deux moteurs GE Jenbacher sur la centrale Cho Morcenx, ouvrant la voie aux déclarations techniques administratives de Final acceptance (FA soit la livraison définitive de l'usine -NDLR), et des progrès tangibles dans la mise en place du financement du projet Cho Tiper", relève ainsi en substance Jean-Eric Petit, le directeur général du groupe.

Les arrêts d'Inertam secouent le groupe

Le chiffre d'affaires d'Europlasma a chuté de 31 % entre 2015 et 2016, passant de 14 M€ à 9,7 M€. Tandis que la perte nette part du groupe, qui était de 16,1 M€ en 2016, s'est encore creusée en 2017 pour atteindre 17,3 M€. La chute du chiffre d'affaires du groupe est essentiellement liée à l'activité d'Inertam, victime d'arrêts de production "dus à des incidents exceptionnels", souligne la direction du groupe. Inertam a ainsi vu son chiffre d'affaires reculer de 32 % entre les deux exercices, à 7,7 M€, soit l'essentiel du chiffre d'affaires d'Europlasma. L'amiante est un matériau excessivement dangereux et, après des problèmes identifiés en mars 2016 sur le garnissage réfractaire de la voute du four, "des analyses effectuées en juillet 2016 sur des équipements de protection individuelle rebutés ont révélé la présence de traces d'amiante", avec à la clé deux mois d'arrêt temporaire, en juillet et août.

Europlasma

Les déchets d'amiante remontent sur un énorme tapis mécanique (dans le conduit à gauche de la photo) avant d'arriver dans une zone de stockage très sécurisé, puis d'être brûlés (Agence Appa).

Le volume d'amiante définitivement neutralisé par la torche à plasma, qui transforme ces déchets en cailloux de verre, est ainsi passé à 3.391 tonnes en 2016 contre 5.801 tonnes l'année d'avant. L'activité solutions plasma du groupe, bien qu'encore modeste, semble en bonne voie puisque le traitement des déchets radioactifs par cette méthode est en train de prouver son efficacité dans la centrale nucléaire bulgare KNPP, avec une validation définitive prévue au troisième trimestre 2017. Les tests pour déterminer si le plasma thermique, un des états de la matière obtenu à très haute température (c'est celui du soleil), permet de neutraliser tous types de déchets (liquides, solides) très faiblement, faiblement et moyennement radioactifs seront terminés d'ici juin prochain.

Malgré ses difficultés financières, Europlasma (fondé en 1992) semble disposer du potentiel nécessaire pour pouvoir rebondir dans des délais acceptables. Des difficultés à mettre en parallèle avec celles qui menacent l'existence du jeune groupe Innoveox, qui vient d'être placé en procédure de sauvegarde. Ce groupe parisien, dont toutes les forces sont concentrées en Gironde, est partiellement concurrent d'Europlasma, et porte lui aussi des innovations de rupture dans le domaine environnemental pour le traitement des déchets, y compris radioactifs.

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