Comment Betomorrow se diversifie dans les drones

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Sylvie Clin, présidente et cofondatrice de Betomorrow
Sylvie Clin, présidente et cofondatrice de Betomorrow (Crédits : Agence Appa)
La PME bordelaise Betomorrow fête aujourd'hui ses 15 ans. Précurseur dans les applications mobiles connectées, l'entreprise a fait beaucoup de chemin, notamment dans les objets connectés, le suivi en temps réel d'événements sportifs... Son dernier virage stratégique en direction des drones l'a conduit à créer une seconde société, Dronisos, qui se développe fortement et cherche à lever 5 M€ dans les prochains mois.

Ce vendredi midi, Betomorrow (45 emplois, siège à Bordeaux, bureau commercial à Londres) célèbre ses 15 ans en organisant à Bordeaux une cérémonie durant laquelle elle organisera un spectacle... de drones, son activité phare du moment. Affairée dans la dernière ligne droite des préparatifs, sa présidente Sylvie Clin prend toutefois le temps de nous recevoir longuement la veille, afin de rembobiner le fil d'une histoire jalonnée par la technologie et marquée par les envies d'explorer de son équipe. Marche arrière, donc.

"Il y a 15 ans, nous avons créé Betomorrow à Bordeaux avec mon mari Jean-Dominique Lauwereins, rappelle Sylvie Clin. Notre première idée a été de nous embarquer dans les applications mobiles connectées, à une époque où le téléphone servait uniquement à parler ! Les forfaits illimités n'existaient pas, a fortiori pour la data. Seuls les plus mordus possédaient des embryons d'applications boursières. Nous n'avions donc pas de clients finaux, les premiers contrats ont donc été passés avec des équipementiers comme Alcatel qui cherchaient à convaincre les opérateurs grâce à des démonstrateurs technologiques 3G."

Betomorrow vit un premier tournant concomitant avec l'arrivée de l'iPhone d'Apple. Les grands écrans et les fonctionnalités se multiplient : GPS intégré, accéléromètre... L'entreprise en profite pour se lancer plus avant dans l'édition d'applications : des jeux comme Rocketbird, téléchargé plus de 7 millions de fois depuis sa sortie en 2009, mais aussi la bien-nommée et très utile "Où sont les toilettes ?", qui permet de repérer le lieu d'aisance public le plus proche de soi : 70.000 points de chute en base, tout de même.

"Où sont les toilettes nous procure deux sources de revenus, indique Sylvie Clin. Elle est brandée par des marques, comme « Le Trèfle - Où sont les toilettes ? », et nous louons également la base de données. C'est confortable car ça paie notre loyer !"

Les applications mobiles de Pôle Emploi, c'est Betomorrow

Installée sur plusieurs niveaux dans un immeuble tout proche de la place de la Bourse, Betomorrow a érigé l'innovation technologique en vertu cardinale. Toujours en veille sur ce qui sort, elle n'hésite pas non plus à développer ses propres solutions si nécessaire. Au fil du temps, l'activité jeux vidéo ne représente plus qu'une petite partie de son chiffre d'affaires, ce dernier atteignant environ 3,5 M€ en 2016. Betomorrow fait du service à l'innovation pour des groupes tels que Capgemini, Vinci, Alcatel... C'est peu connu mais elle est aussi la société qui réalise toutes les applications mobiles de Pôle Emploi, en partenariat avec Capgemini. Tous les salariés installés au 6e étage de ses locaux sont dédiés à ce contrat, depuis 2 ans et pour les 4 ans à venir puisque la société vient de remporter le dernier appel d'offres.

Le 3e étage est dédié aux objets connectés. Betomorrow s'est lancée dans la retransmission d'événements sportifs en temps réel, notamment la voile. Son outil baptisé Live sailing reconstitue par exemple la course de voiliers en 3D, ajoute sur les images télévisées des éléments graphiques comme les trajectoires, la force du vent... permettant aux passionnés de mieux comprendre les choix des skippers avec des éléments que l'œil humain ne peut pas forcément appréhender.

Live sailing Betomorrow

Betomorrow va même plus loin avec un système de réalité virtuelle, VR Sailing, qui vous autorise, muni d'un casque, d'écouteurs et de manettes, à prendre vous-même la barre d'un voilier, de choisir la météo...

Nautisme, hippisme...

Un peu plus loin, d'autres salariés travaillent sur un projet de messagerie intelligente, d'autres sur un système de gamification déployé dans des centres commerciaux asiatiques qui gère en temps réel la flotte de tablettes sur lesquelles des clients jouent pour gagner des coupons de réduction... Sans oublier deux tables tactiles développées par Betomorrow pour le PMU, un client important. La PME bordelaise débute actuellement une petite série pour un système de tracking GPS en milieu contraint des chevaux de course, qu'elle n'avait pas réussi à trouver et qu'elle a donc conçu elle-même, déposant un brevet. Il devient donc possible, là encore, d'apprendre qui est précisément en tête, à quelle vitesse court son poulain...

Lire aussi : Route du rhum : BeTomorrow embarque les skippers virtuels

Le dernier choix stratégique du duo Sylvie Clin - Jean-Dominique Lauwereins n'est pas le plus anecdotique. Dans la suite logique de son travail sur les objets connectés, Betomorrow s'intéresse depuis bientôt deux ans de très près aux drones. Son objectif : ajouter des briques informatiques aux appareils existants pour démultiplier les usages. Son coup d'éclat marquant date de mai 2016, lorsqu'elle a fait évoluer des drones au milieu de danseurs lors de l'émission anglaise Britain's got talent. Si bien que les shows de drones commencent à fortement garnir son carnet de commandes.

"Contrairement à d'habitude, la demande vient du grand public, résume Sylvie Clin. Nous croyons beaucoup au BtoB pour les drones mais nous faisons face à beaucoup de demandes de spectacles. La première est venue de notre partenaire Parrot, qui crée des drones. Cette activité commerciale, shows de drones avec ou sans danseurs, est en forte progression. Nous avons réalisé des spectacles pour Airbus, pour Volvo lors du lancement de son dernier véhicule en Chine, pour un grand hôtel de Las Vegas... Nous faisons aussi des shows à caractère publicitaire."

Sur ce modèle, Betomorrow a donc fait voler des drones "déguisés" en biscuits Oreo pour la célèbre marque dans des centres commerciaux.

Après Britain's got Talent et La France a un incroyable talent, les drones programmés par l'entreprise, qui évoluent de manière totalement automatisée donc sans pilote, devraient être visibles dans d'autres déclinaisons nationales du programme.

Multiplier les applications professionnelles

Parallèlement, Betomorrow n'abandonne pas le drone BtoB et les applications professionnelles. Partenaire du fabricant français Parrot, elle vient par exemple de prototyper une mallette permettant au personnel de la SNCF d'inspecter leur environnement proche, par exemple pour leur éviter de grimper en haut d'une échelle ou au sommet d'un pylône. Un simple smartphone suffit pour piloter l'engin. Betomorrow envisage de pousser le curseur le plus loin possible et de rendre les drones de plus en plus autonomes lors de leurs missions d'inspection, et d'étendre leur portée si la réglementation suit.

Autre projet "dronesque", le consortium Drones for life dont Betomorrow est le chef de file. L'objectif : confier à des drones automatisés le soin de transporter des échantillons sanguins entre sites hospitaliers, lorsqu'un laboratoire d'analyses est mutualisé.

Lire aussi : Drones for life : premier vol demain en public

"Lorsqu'un chirurgien opère, il arrive qu'il ait à faire face à un imprévu et qu'il ait besoin d'analyses rapides, explique Sylvie Clin. Aujourd'hui, la plupart des échantillons sanguins sont livrés en urgence par la route, via des moto-taxis. Mais en cas d'encombrements... Chaque minute compte. L'objectif est de donner au personnel médical la possibilité d'arbitrer : moto-taxi ou drone survolant l'environnement urbain et garantissant un temps de trajet constant. Le challenge est important car il a fallu beaucoup travailler sur le packaging de la poche transportée par le drone professionnel, doubler les organes de sécurité de l'appareil, obtenir les autorisations nécessaires... Les premiers vols expérimentaux devraient avoir lieu au printemps entre les hôpitaux bordelais Haut-Lévêque et Pellegrin."

Deux sociétés pour deux stratégies, 5 M€ recherchés

Confrontés au fort développement de l'activité drones, les dirigeants de Betomorrow ont fait le choix de sortir cette partie de l'entreprise dans une entité indépendante. Ils dont donc créé une seconde société baptisée Dronisos qui est entièrement consacrée aux drones. Les deux structures seront bientôt chapeautées par la même société holding, présidée par Sylvie Clin.

"Les modèles de développement sont très différents, décrypte Sylvie Clin. Nous avons choisi de « sortir » l'activité drones de Betomorrow car nous estimons qu'il y a une super carte à jouer, mais qu'il faut la jouer rapidement. Il nous faut donc des financements extérieurs, qu'ils proviennent d'industriels ou de financeurs classiques. Adossement ou investissement, nous n'avons pas de religion mais nous ambitionnons de lever 5 M€ en deux fois. De son côté Betomorrow a toujours gardé sa liberté de manœuvre et son indépendance, que nous voulons conserver. La stratégie de développement dans les drones ne doit pas mettre à mal cette logique, c'est pourquoi nous avons créé Dronisos qui permet à la fois de nous rendre plus lisible auprès d'investisseurs, et de protéger une entreprise qui vit bien."

Dronisos a été placée sous la direction de Jean Meillon, au double profil financeur / entrepreneur. A lui désormais de continuer à faire grandir cette nouvelle startup.

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