Joué, révolution musicale née d’une fausse note industrielle

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Concentré de technologie et de capteurs tactile haute précision, Joué incarne à lui seul une nouvelle façon de jouer avec la musique et les sons.
Concentré de technologie et de capteurs tactile haute précision, Joué incarne à lui seul une nouvelle façon de jouer avec la musique et les sons. (Crédits : Joué)
Les champions de la musique électronique, dont certains Français au rayonnement mondial qui utilisent actuellement des prototypes, sont conquis. Né à Bordeaux, l’instrument Joué est une révolution musicale qui découle d’une technologie de pointe qui n’avait jusque-là pas pu rencontrer son marché.

Recycler une technologie avant-gardiste pour en faire un objet qui disrupte de manière radicale le monde de la musique, tel est l'exploit réalisé par trois Bordelais avec un nouvel instrument ultra technologique mais au maniement simple et intuitif : Joué.
L'objet d'apparence anodin, mais au design réussi, mêle le bois et métal. Sous sa plaque tactile se cache un concentré de technologies. Joué est clairement un objet musical non identifié. Un "plateau à sushis" de 30 centimètres sur 10, bourré de capteurs ultra sensibles et précis qui permettent, en posant simplement des revêtements de silicone dotés d'une puce RFID de produire, même sans écran, en reliant simplement Joué à n'importe quelle source sonore, les sons de dizaines d'instruments. Joué permet de les travailler en fonction des pressions exercées, de jouer avec les sons, les effets, sans limite apparente, sinon celles de la créativité et du doigté de son utilisateur. Joué révolutionne la créativité musicale. C'est un nouvel instrument tactile qui trouve son origine dans l'histoire de celui qui l'a imaginé.

Pionnier de l'écran tactile... avant Apple

Sa genèse débute en 2002, bien avant l'arrivée de l'iPhone et encore plus de celle de l'iPad. Pascal Joguet, musicien et "chercheur de son", rêve de piloter du bout du doigt, comme on caresse les touches d'un piano, les logiciels musicaux existants à l'époque.
Très vite, il se rend compte que les écrans tactiles de l'époque ne permettent pas la prise en compte de tous les doigts de la main : ils ne sont pas "multitouch" et faire de la musique avec un seul doigt limite forcément la créativité...

La société qu'il crée alors avec des amis, Jazzmutant, va corriger cette frustration trois ans plus tard. Il mettent au point le tout premier écran tactile multipoints de l'histoire afin de servir au mieux un écran tactile générateur de musique pouvant, en fonction des besoins du musicien, regrouper synthétiseur, applications multimédia, table de mixage... Le produit s'appelle alors Lemur et son rayonnement va être mondial, porté, entre autres, par des utilisateurs "stars" comme le groupe français Daft Punk, ou encore la Suédoise Bjork.

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De Jazzmutant à Stantum : 30 emplois créés

Une réussite médiatique qui ne permet cependant pas à Lemur de sortir d'un marché de niche. En 2007, quand Apple dégaine son iPhone, la technologie mise au point au fond d'un garage par Pascal Joguet, Guillaume Largillier et Julien Olivier intéresse alors les plus grandes marques qui se lancent sur le marché du smartphone, LG, Samsung, Sony... Jazzmutant doit industrialiser sa technologie et change de nom, transformé en Stantum, tout en changeant de taille. La TPE artisanale devient une PME de 40 personnes dont 30 recrutées en un trimestre seulement.

Si en 2010, la sortie d'iPad enterre définitivement le Lemur, produit artisanal au coût de production non compétitif, Stantum se concentre sur le software de son produit et ouvre des filiales à Taïwan, et Tokyo pour le vendre sous licence. Partagé entre les USA de son marché et l'Asie de ses fournisseurs de composants, trop isolé, en manque d'un écosystème structuré, Stantum se fait rapidement rattraper, puis dépasser par des concurrents californiens ou israéliens beaucoup plus richement dotés. Auteure d'une levée de fonds de 15 M€ pendant que ses concurrents en lèvent 10 fois plus, la société Stantum dispose certes de capteurs tactiles de très haut niveau, mais n'a plus les moyens d'adresser les marchés qui pourraient être intéressés. Après un soubresaut incarné par la mise au point d'une tablette dévolue à l'éducation, Galago, Stantum disparaît définitivement des écrans radar du business.

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Sous la dalle de Joué : des capteurs tactiles haute performance

Joué passe l'audition du marché via Kickstarter

Sa technologie, elle, fait de la résistance, et à peine un an plus tard, après en avoir littéralement rêvé, Pascal Joguet, avec l'aide de deux ex-ingénieurs de Stantum, Arnaud Rousset et Guillaume Martin, et grâce aux capteurs mis au point alors, va créer un instrument tactile aux capacités illimitées : Joué.

Installés dans un atelier de l'écosystème Darwin à Bordeaux, lui et ses associés réalisent un premier prototype, puis neuf autres. Comme pour le Lemur, les testeurs musiciens valident tous le produit, participent à son évolution. Contrairement à l'aventure Lemur, en 2016, Pascal et ses associés disposent d'un moyen idéal pour confronter le produit au marché avant même de lancer sa production en série : le financement participatif.

Il y a 12 jours, Joué SAS a confronté son produit au marché en le proposant en prévente sur Kickstarter. A ce jour et alors que la campagne s'achève dans un mois, le 15 janvier, 185 Joué ont été précommandés. La société bordelaise, qui souhaitait mobiliser 70.000 € en 40 jours, en a déjà réuni plus de 80 %. La production réalisée en collaboration avec FEDD, société d'électronique basée en Dordogne, sera lancée dans la foulée. Les premiers clients, pour moitié européens et américains, qui ont déboursé 320 € pour l'acquérir, seront servis dans six mois.

>> Accéder à la campagne Kickstarter

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Pascal Joguet, inventeur du Joué

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Commentaires
a écrit le 17/12/2016 à 22:41 :
Super intéressant.
Petit correctif, Björk n'est pas suédoise mais islandaise.

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