Innoveox joue la carte de la radioactivité

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L'unité OHTS à énergie positive qui a été déployée dans le bassin industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques)
L'unité OHTS à énergie positive qui a été déployée dans le bassin industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) (Crédits : ©Thierry-SAMUEL1441)
Alors que ses innovations commencent à se développer sur le terrain, le groupe Innoveox est dans une situation financière périlleuse dont pourrait le tirer un accord stratégique en attente de conclusion avec un industriel du nucléaire.

Le groupe Innoveox, coté en Bourse et dirigé par Jean-Christophe Lépine, vient de publier son bilan du premier semestre 2016. Cette entreprise innovante, dont le siège est à Paris, concentre l'essentiel de sa trentaine de salariés en Gironde et détient la licence exclusive d'exploitation d'une innovation développée dans l'agglomération bordelaise : l'oxydation hydrothermale en milieu super critique (OHTS) à énergie positive. L'OHTS à énergie positive permet de transformer les déchets organiques liquides, qu'il s'agisse de solvants ou encore de résidus pétroliers, en eau propre (non potable) et en énergie.Cette innovation de rupture, qui donne une nouvelle dimension écologique à la dépollution, s'adresse aussi bien aux collectivités qu'aux entreprises et groupes industriels mais peine encore à trouver son marché.

Les atouts d'Innoveox sont pourtant patents, d'autant que le groupe a pour filiale Syneox, une pépite qui détient plusieurs brevets dans le désamiantage et la dépollution nucléaire. Mais la conquête du marché est difficile et les comptes s'en ressentent. Le 25 novembre le groupe annonçait le report au 30 novembre de la publication des comptes semestriels, ce qu'il a fait hier au soir.

"Ce retard est dû à des négociations engagées dans le cadre d'une opération de prise de participation stratégique au capital de la société par un acteur industriel de premier ordre dans le secteur nucléaire", éclaire la direction.

Le CA semestriel chute de 56 %

Joint au téléphone, Jean-Christophe Lépine n'a pas souhaité épiloguer sur le sujet. Syneox a contracté en juin 2016 avec l'équipementier belge CMI (Cockerill Maintenance & Ingénierie). Spécialiste international de l'industrie, de la sidérurgie, de la défense et des services CMI doit répondre à des appels d'offres dans le nucléaire. Un secteur où la gestion des déchets, la décontamination, le démantèlement des installations et l'assainissement sont en train de devenir des préoccupations majeures. Rien ne dit que CMI (1,3 Md€ de CA, 4.680 salariés) soit le partenaire stratégique évoqué par Innoveox, mais cette probabilité est élevée.

Au premier semestre 2016 le chiffre d'affaires atteint ainsi 18.000 € contre 41.000 € en 2015 à la même époque, soit une chute de 56 %. Dans le même temps les achats consommés bondissent de 44.000 € en 2015 à 136.000 € au premier semestre 2016. Au bout du compte le résultat opérationnel n'arrive pas à se redresser, passant de -1.8 M€ à -2,1 M€, et le résultat net s'enfonce, à -2,1 M€ au premier semestre 2016, soit un recul de 16 % sur un an. C'est dans ce contexte qu'est annoncé le départ du directeur financier du groupe, Luc Hautemanière, qui est remplacé à son poste par Jean-Christophe Lépine.

Deux contrats en Chine

Côté trésorerie Innoveox dispose de 9,5 M€ de capitaux propres, contre 8,8 M€ au 31 décembre 2015. La direction souligne que "le groupe est en situation de trésorerie nette positive de 2,9 M€", ce qui tient compte de l'augmentation de capital de 3 M€ contractée en mai dernier auprès d'un investisseur privé de Hongkong. La direction du groupe explique ainsi que le résultat opérationnel est en particulier affecté à la baisse par le recrutement de cinq cadres mobilisés pour répondre aux projets et appels d'offre en cours, notamment sur le nucléaire.

Malgré ce premier semestre tendu sur le plan financier, Innoveox poursuit la négociation de deux contrats en Chine, le premier, qui concerne la vente d'une machine capable de dépolluer 1.300 litres de déchets liquides par heure est destinée au retraitement des effluents de la Shandong Lukang Pharmaceutical Co. Ltd et n'attends plus qu'une autorisation administrative. L'autre contrat concerne une machine aux capacités équivalentes qui doit équiper un site industriel.

Des unités en attente de construction

Le groupe précise que l'unité OHTS à énergie positive lancée en juin à l'île de la Réunion pour traiter des déchets ménagers a été momentanément arrêtée, avant que les "traitements et essais" ne reprennent le 20 septembre. La direction précise que le groupe est dans l'attente de la finalisation de subventions et prêts aidés pour construire la machine dont dépend un contrat de 5 M€ qui va être signé avec "un acteur phare de la dermo-cosmétique" en France. Innoveox est toujours engagé en Nouvelle-Calédonie, avec Stet Environnement, et n'attend plus qu'un terrain (gouvernement local ou privé) pour construire l'unité prévue.

De même, le contrat signé en 2015 au Canada avec Sorinco, pour le traitement des matières résiduelles issues principalement des secteurs de la pharmacie, de la cosmétique et de la chimie n'attend plus qu'une autorisation "des administrations canadiennes, nécessaires à l'obtention des subventions pour la construction de la machine". Innoveox est à la croisée des chemins et pourrait changer de mains.

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