En Nouvelle-Aquitaine, la CFE-CGC réfléchit à l’avenir du salariat

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La CFE-CGC n'a pas voulu combattre la loi El Khomri dans la rue (comme ici sur les quais de Bordeaux) car elle ne la rejetait pas en bloc tout en s'opposant à certaines dispositions.
La CFE-CGC n'a pas voulu combattre la loi El Khomri dans la rue (comme ici sur les quais de Bordeaux) car elle ne la rejetait pas en bloc tout en s'opposant à certaines dispositions. (Crédits : Agence Appa)
La CFE-CGC de Nouvelle-Aquitaine invite les curieux intéressés par l’avenir du salariat et les innovations possibles à ce sujet à se rendre au cinéma Le Français, à Bordeaux, pour participer à une conférence-débat contradictoire sur ce sujet d’actualité.

Cela ne saute pas vraiment aux yeux mais la CFE-CGC, Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres, souvent proche des directions d'entreprises lors des conflits sociaux, s'est opposé à la loi El Khomri. Mais de façon très discrète, sans descendre dans la rue avec la CGT et FO. Résultat, la confédération a au mieux disparu des écrans, au pire été assimilée aux partisans du oui à la loi Travail, avec l'ensemble du camp des syndicats réformistes, CFDT et CFTC.

"La CFE-CGC n'a jamais soutenu la loi El Khomri même si notre syndicat est réformiste. Cette loi vient du rapport Combrexelle. Valls en a fait la conclusion avant d'en faire l'analyse, et c'est exactement ce que nous lui avons dit. Nous n'étions pas totalement contre toute modification du code du travail mais pas d'accord sur toutes les propositions. Nous avons soutenu la création du CPA (compte personnel d'activité) mais combattu l'inversion de la hiérarchie des normes, qui fait qu'un accord d'entreprise peut prévaloir sur un accord de branche. Avec l'effacement de la branche on introduit toujours plus de dérégulation, et de plus en plus de concurrence entre les travailleurs", tranche Patrick Debaere, président CFE-CGC de Nouvelle Aquitaine.

Indépendants subordonnés

La CFE-CGC voulait mettre ce sujet sur la place publique mais au Parlement, pas dans la rue. Le recours le 10 mai 2016 à l'article 49.3 par le gouvernement Valls en a décidé autrement. Et aucun débat parlementaire n'a pu faire le tour de cette dérégulation sociale programmée par l'inversion de la hiérarchie des normes. C'est dans ce contexte on ne peut plus d'actualité que la CFE-CGC de Nouvelle-Aquitaine organise ce jeudi 24 novembre sa deuxième conférence-débat, à 20 h 30 au cinéma Le Français, à Bordeaux, qui a été intitulée "Diversification des formes d'emploi et évolutions technologiques : la fin du salariat ?". La confédération poursuit ainsi un cycle de rendez-vous consacrés à l'emploi et entamé l'an dernier.

"Il y a désormais tout un pan de l'activité qui ne relève plus du salariat. Entendons-nous bien, même l'intérim c'est du salariat. Ce qui n'est pas le cas du régime de l'auto-entrepreneur qui est par exemple massivement utilisé par les entreprises de livraison de plats ou repas à domicile. Dans ce cas, les auto-entrepreneurs subissent à la fois les contraintes de l'indépendance et celle de la subordination, sans avoir l'avantage d'être des commerçants disposant d'un fonds de commerce", décrypte Bérangère Lacombe-Mattéoli, organisatrice et animatrice de ces conférences-débats.

Les patrons bienvenus

Le principe de ces conférences-débats est d'inviter deux pointures nationales qui vont être soumises à la contradiction par deux experts régionaux. C'est ainsi que ce 24 novembre Virgile Chassagnon, professeur d'économie à l'université Grenoble Alpes, viendra illustrer le sujet de la conférence sous l'angle économique, en compagnie d'Emmanuel Dockès, professeur de droit privé à l'université Paris ouest Nanterre La Défense, membre du Groupe de recherche pour un autre code du travail (GR-PACT).

Ces deux intervenants seront tout d'abord face à Sébastien Millet, avocat associé du cabinet Ellipse avocats, à Bordeaux, spécialiste du droit du travail et de la protection sociale au service des entreprises. Mais aussi de Matthieu Montalban, maître de conférences en économie à l'Université de Bordeaux, qui a notamment mené des travaux de recherche en association avec des entreprises. L'idée est de faire le compte des nouvelles pistes ouvertes par les récents bouleversements socio-technologiques pour réformer le salariat dans les meilleures conditions, sans renvoyer les employés d'aujourd'hui aux conditions misérables qui étaient celles des travailleurs au XIXe siècle.

"En Italie les dirigeants de la société Foodora ne veulent plus payer leurs coursiers à l'heure mais à la tâche, ce qui serait un retour en arrière, comme avec les dockers. A la confédération nous en sommes en phase de réflexion sur ces sujets. En Italie, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre il existe un statut de Cococo, pour contrat de coopération continue. Autant dire que le statut d'auto-entrepreneur est bien plus dur, puisque dans ce cas l'indépendant subordonné, qui est en fait un employé, n'a droit à rien !" recadre Bérangère Lacombe-Mattéoli.

Les patrons ne sont pas exclus de ces conférences-débats puisqu'ils sont au centre du jeu, et qu'en plus chaque réforme amène son lot d'embuches juridiques.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2016 à 18:18 :
Connaissez vous le statut d'entrepreneur- e-salarié-e associé-e ? Aujourd'hui plus de 10 000 personnes ont opté pour ce nouveau mode de travail ! voilà une alternative humaine et socialement responsable.
a écrit le 21/11/2016 à 16:12 :
Les patrons qui viendront seront des bons patrons, on pourra les compter comme ça.

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