Biotech : le “turbo cardiaque” de FineHeart lève 6,4 M€

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En levant 6,4 M€, la mini-turbine cardiaque FineHeart, née au sein du CHU de Bordeaux, voit son développement sérieusement s'emballer.
En levant 6,4 M€, la mini-turbine cardiaque FineHeart, née au sein du CHU de Bordeaux, voit son développement sérieusement s'emballer. (Crédits : Décideurs en région)
Inventeur d'une mini turbine implantable dans le cœur capable de palier les insuffisances cardiaques, la biotech FineHeart annonce avoir levé 6,41 M€ pour son développement. Son marché potentiel est énorme... mais l'entreprise pourrait échapper à la France...

Incubée depuis 2010 sur la Plateforme technologique d'innovation biomédicale (PTIB) du CHU de Bordeaux, spécialisée dans les technologies innovantes du domaine cardiovasculaire, la société biotech FineHeart réalise, avec l'aide de la banque d'affaires Aelios Finance, une première levée de fonds de 6,41 M€ conduite par Broadview Ventures (Boston) afin de financer le développement de l'Icoms, le premier produit de FineHeart.
Plusieurs fonds se sont rejoints et associés dont M Capital, fonds d'investissement indépendant, Sofimac et Galia Gestion, deux fonds d'investissement privés régionaux français, IRDInov, le fonds interrégional d'amorçage du Grand Sud-Ouest, et Aqui Gestion qui gère plusieurs fonds d'investissement dans le Sud-Ouest.

Au départ : des cardiologues de réputation mondiale

L'Icoms (pour "Implantable Cardiac Output Management System") est la première mini turbine intra ventriculaire intelligente synchronisée avec le battement du cœur. C'est une avancée majeure qui va permettre de franchir une étape cruciale dans l'assistance circulatoire de longue durée des patients atteints d'insuffisance cardiaque sévère.
FineHeart a été fondée par une équipe de cardiologues de renommée internationale, dont les Docteurs Stéphane Garrigue (l'inventeur de l'ICOMS) et Philippe Ritter (co-inventeur de la thérapie de resynchronisation cardiaque) ; ils ont imaginé et mis au point une turbine miniature implantable qui va apporter des solutions nouvelles à la technologie des LVADs (dispositifs d'assistance ventriculaire gauche) actuellement disponibles sur le marché.

Première levée de fonds

Le but poursuivi est de restaurer, sans intervention lourde, et via une implantation de la turbine, un débit cardiaque suffisant pour permettre aux patients de retrouver une qualité de vie normale. Après des tests réussis du prototype sur une brebis, les fondateurs de FineHeart confiaient à La Tribune Bordeaux, dès 2013, leur volonté de lever 10 à 12 M€ pour financer les essais cliniques et préparer le lancement des études sur l'homme.
C'est donc une première levée de fonds qui vient d'être réalisée, vraisemblablement liée au renforcement de l'équipe fondatrice de scientifiques et cliniciens par une équipe de quatre managers experts de l'industrie du matériel médical, emmenée par Arnaud Mascarell (CEO et cofondateur de FineHeart) et Philippe Plas.
Cette levée va permettre de finaliser le positionnement dans le cœur du patient de la turbine, afin de faire en sorte que l'opération soit la plus légère possible (moins d'une heure) mais aussi de poursuivre la R&D en vue d'optimiser l'autonomie électrique de la turbine.

Un marché potentiel à 2 Md€/an ?

Arnaud Mascarell,  précise aujourd'hui :

"Notre capacité à réaliser notre premier tour de table avec succès et pour un montant élevé illustre le fort potentiel commercial de l'Icoms pour le traitement des défaillances cardiaques, deuxième cause de mortalité dans les pays du G20. La nouvelle génération thérapeutique qu'annonce l'Icoms ne vient pas concurrencer les produits existants mais proposera un traitement à une vaste population d'insuffisants cardiaques à ce jour non traitée."

FineHeart


Vue de la mini turbine cardiaque de FineHeart

Selon nos informations, le marché potentiel du "turbo du cœur" de Fineheart pourrait atteindre 2 Md€ par an.

La France peut-elle perdre cette innovation prometteuse ?

Un potentiel de marché gigantesque qui pourrait bien échapper à la France.

"Nous avons eu du mal à lever ces fonds", explique le docteur Stéphane Garrigue, à l'origine avec sept autres collègues de l'innovation et désormais directeur scientifique de FineHeart.
"En 2015, nous avons obtenu le prix Biovision mais les investisseurs qui nous ont élus ont reculé car ils trouvaient que notre calendrier de développement est trop long. Les Américains, de Broadview Ventures, eux, n'ont pas traîné. Eux qui ne travaillent qu'avec des startups du M.I.T. ou de Harvard nous ont sélectionnés parmi les projets à soutenir. A l'issue d'une sélection de 90 dossiers, et une séance finale de pitch de 3 h 30 face aux financiers et au board scientifique issu du M.I.T. et d'Harvard, nous avons été choisis ! C'est la première fois que Broadview Ventures investit en France !"

Une "première" qui a failli entraîner une contrepartie radicale :

"Ils nous ont proposé de rejoindre Boston... nous avons refusé à l'issue de ce premier tour. Mais les règles sont claires : s'ils sont à nouveau les investisseurs du tour 2, et deviennent, de fait, majoritaires, nous devront quitter la France et rejoindre les USA."

Les investisseurs français qui ont emboité le pas de Broadview Ventures, Bpifrance ou encore la Région, semblent avoir compris la menace : les fonds de la deuxième levée qui doit conduire, moyennant 10 M€, aux essais humains en 2018, devraient être français.

"Dès le départ de l'aventure nous avons toujours voulu que la France garde la main et que l'industrialisation de notre innovation reste en France... mais si financièrement les US gardent la main, ce ne sera sans doute pas le cas", rappelle Stéphane Garrigue.

FineHeart


Modélisation de positionnement de la turbine dans le cœur du patient

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