Forum Santé Innovation : l’enjeu du transfert de technologie essentiel

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Manuel Tunon de Lara (Université de Bordeaux), Franck Raynal (Bordeaux Métropole), Luc Grislain (Bertin Pharma, Gipso), Anne Ferrer (CHU de Bordeaux), Emmanuel Bussières (Institut Bergonié)
Manuel Tunon de Lara (Université de Bordeaux), Franck Raynal (Bordeaux Métropole), Luc Grislain (Bertin Pharma, Gipso), Anne Ferrer (CHU de Bordeaux), Emmanuel Bussières (Institut Bergonié) (Crédits : Appa)
Près de 500 personnes ont assisté ce matin au Forum Santé Innovation organisé au Centre de congrès de la Cité mondiale par La Tribune Bordeaux. Au cœur des débats, les leviers pour faire de Bordeaux une capitale européenne de la santé, les bénéfices et dangers des innovations dans le secteur de la santé, enfin l’enjeu majeur de l’innovation pour la silver économie.

"Santé et innovation vont être les maîtres mots de ma mandature, parce qu'il y a des enjeux cruciaux à relever : avancée en âge, évolutions technologiques, désertification médicale, appauvrissement  des patients" : en ouvrant le Forum Santé Innovation, Françoise Jeanson, conseillère régionale d'Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, en charge de la santé et de la silver économie, a rappelé les enjeux qui touchent le secteur de la santé, dont le premier est celui de l'organisation des soins, notamment à domicile, avec des hospitalisations de plus en courtes, enjeu où les progrès technologiques seront essentiels.

Parmi les autres enjeux : accompagner les progrès scientifiques qui vont obliger soignants et patients à une remise en cause profonde ; veiller à ce que les évolutions soient adaptées au patient, ce qui revient à exiger de l'efficience, dans un modèle économiquement viable ; enfin nécessité de former les professionnels de la santé et du social, notamment au numérique.

Rappelant l'ambition de faire de la région un vrai laboratoire de la santé du futur, Françoise Jeanson a rappelé les quatre priorités que sont la proximité, la formation, les innovations thérapeutiques et organisationnelles, et la prévention. Insistant sur le tissu de recherche important, la présence de grands leaders de la santé et une offre numérique exceptionnelle, Françoise Jeanson a rappelé les atouts de la région. Une région portée par sa capitale régionale, ses technopoles, ses clusters. La première session de ce Forum posait d'ailleurs la question "Quels leviers pour faire de Bordeaux une capitale européenne de la santé ?".

Connecter le numérique, la chimie, la médecine

Au premier rang des atouts de Bordeaux, le Centre hospitalier universitaire et son écosystème : "Une magnifique entreprise de valorisation de sa compétence médicale", a témoigné Anne Ferrer, directrice des ressources financières du CHU de Bordeaux, rappelant que le triptyque soins/enseignement/recherche est un vecteur de progrès qui doit être naturel. Parmi les projets en pointe : l'Institut hospitalo-universitaire de rythmologie et modélisation cardiaque Lyric, le GIE Bordeaux Recherche clinique Accelence, première plate-forme française publique privée pour la recherche clinique à promotion industrielle, ou encore les Laboratoires d'excellence (Labex) du Programme d'investissements d'avenir comme par exemple le projet Brain (Bordeaux Région Aquitaine Initiative pour les neurosciences).

Dans cet esprit, la loi Macron, dont le décret est paru le week-end dernier, devrait également bouleverser la valorisation du savoir-faire médical du CHU. "Un vertige stratégique", témoignait Anne Ferrer, puisque les filiales sont désormais possibles pour les CHU, tout comme la prise de participation pour valoriser les brevets.

Rappelant que l'Université de Bordeaux est la première université de province en santé, son président Manuel Tunon de Lara explique que "ce qui a changé, c'est l'ouverture entre les disciplines. On décloisonne, c'est ce qui fait l'innovation : connecter le numérique, la chimie, la médecine."

L'enjeu de l'attractivité industrielle

Manuel Tunon de Lara souligne que l'ouverture vers l'international est de plus en plus vraie :

"Le panorama a beaucoup changé, on est déjà attractif, on a des atouts pour être une capitale européenne, mais on est en compétition internationale. L'IHU Lyric est un merveilleux exemple de ce que l'on peut faire. L'équipe de cardiologie de Bordeaux est mondialement reconnue mais on avait besoin du numérique pour aller plus loin. On relève avec les industriels des défis que l'on ne pouvait relever avant."

Pour lui tout l'enjeu est là pour valoriser Bordeaux, ville de taille moyenne à l'échelle internationale :

"Transformer l'attractivité résidentielle de Bordeaux en attractivité industrielle."

Emmanuel Bussières, directeur de la politique médicale de l'Institut Bergonié, centre de lutte contre le cancer de Bordeaux, témoignait de la nécessité de s'associer de façon synergique, et de mettre en place coopération et partenariats pour tendre vers l'excellence en termes de recherche et d'innovation, citant le site de recherche intégrée sur le cancer (SIRIC) BRIO (Bordeaux Recherche Intégrée Oncologie), commun au CHU et à Bergonié :

"Dans 10 ans, Bergonié sera différent en termes d'organisation, à travers ses partenariats, et aussi parce que la cancérologie se transforme considérablement. Ce qui va arriver est impressionnant et fulgurant."

Luc Grislain, professeur de pharmacie industrielle à l'Université de Bordeaux, membre du conseil d'administration du Groupement des industries pharmaceutiques et de santé du Sud-Ouest (Gipso), a rappelé la genèse que la création de Bertin Pharma, dont il est le cofondateur et conseiller scientifique. Cette entreprise spécialisée dans les prestations de service et la fourniture de produits pour la R&D pharmaceutique est un "exemple du rôle que peut avoir une université dans l'économie et bel exemple de spin-off". Pour lui, "la France a raté le train le train des biotechs mais l'Aquitaine s'en sort très bien", rappelant la "magnifique initiative Accelence, vitrine du savoir-faire en région".

Luc Grislain rappelle cependant qu'il "faudrait plus que des retombées locales pour les entreprises qui travaillent en recherche clinique".

Anne Ferrer précise qu'aujourd'hui "Accelence attire de grands groupes qui souhaitent tester leurs médicaments ou faire appel à des cohortes mais le temps de mise en œuvre est trop long pour les entreprises. Accelence mérite d'être poursuivi avec d'autres partenaires, des entreprises et des centres de soin plus petits. Il faut ouvrir ce modèle car il est arrivé à maturation."

Abordant la question des SATT (Sociétés d'accélération du transfert de technologies), Luc Grislain estima qu'il reste des "pistes de progrès. Il ne faut pas complexifier les relations avec les industriels. C'est souvent long, déconnecté de la réalité." L'exemple à suivre pour lui est celui de la province espagnole Euskadi qui propose "un système avec une fluidité extraordinaire entre le privé et le public".

Un marketing territorial insuffisant

Témoignant qu'Accelence est un dispositif original qui commence à être copié, Manuel Tunon de Lara a rappelé qu'aujourd'hui,

"La France est le premier pays européen producteur de médicament mais les centres de R&D sont plutôt ailleurs. Mais en Aquitaine on a dans la pharmacie et la monde médical des vecteurs d'innovation. La France est en retard sur les essais cliniques même si la cancérologie sait très bien le faire. Je reste persuadé que ce type de dispositif public privé est efficace mais le problème, c'est que ça a besoin de temps pour que l'on voie l'action vertueuse sur le tissu local."

"La santé est le deuxième secteur le plus productif en Métropole, mais il souffre d'un marketing territorial insuffisant, enchaînait Franck Raynal, vice-président de Bordeaux Métropole en charge de l'AggloCampus, l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation, maire de Pessac. Il faut faciliter dans l'innovation et la création d'entreprise", évoquant BGI, le réseau de technopole, expliquant qu'il est nécessaire désormais de "rendre ces partenariats visibles à l'extérieur".

Pour unifier les différentes politiques en la matière, Bordeaux Métropole vient de lancer l'OIM (opération d'intérêt métropolitain) Campus Vallée Créative, dont la création vient d'être actée. L'objectif est de promouvoir des synergies entre enseignement supérieur, recherche et innovation, et développement économique, avec l'ambition d'accueillir 10.000 emplois supplémentaires dans ce secteur d'ici à 2030.

  • Les comptes-rendus des débats sur les tables rondes "Santé et technologies : quelles innovations, quels bénéfices et quels dangers ? Bienvenue dans la médecine de demain" et "Silver économie, l'innovation au service d'un enjeu majeur" à lire demain.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2016 à 17:20 :
Un grand bravo à tous une équipe gagnante, à la pointe de l'innovation, dans la réalisation d'une médecine d'avant garde qui fait de Bordeaux un exemple.
a écrit le 03/03/2016 à 16:45 :
Bonjour,

Est-il possible de recevoir la liste et les coordonnées des entreprises exposantes ?
Merci d'avance !

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