Sommet économique du Grand Sud : infrastructures, le miracle économique ?

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Les infrastructures au coeur de la discussion de la 3e table ronde du 5e sommet économique du Grand Sud à Bordeaux
Les infrastructures au coeur de la discussion de la 3e table ronde du 5e sommet économique du Grand Sud à Bordeaux (Crédits : Appa)
Le 5e Sommet économique du Grand Sud avait lieu à Bordeaux cette année. Les infrastructures, en tant que moteur de développement des entreprises, ont été au cœur d’une table ronde qui a permis à Pierre Dartout, préfet de la région Aquitaine, Christian Birbaud, directeur régional d’Eiffage Construction Sud-Ouest, Christian Surget, président de la FRTP Aquitaine, et Laurent Cavrois, président de Lisea (Ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux), de faire le point sur les différents chantiers ou projets en cours de livraison… ou encore dans le flou.

Six ans de travaux, 6 Md€ d'investissement, 1 Md€ sous-traités aux entreprises locales, 9.000 personnes mobilisées au plus fort du chantier, 302 km de ligne, des dizaines d'ouvrages d'art, dont un spectaculaire viaduc au-dessus de la Garonne... les chiffres qui l'accompagnent expliquent sans doute qu'on ait un peu trop facilement la tentation de résumer les grands projets d'infrastructures dans le périmètre de la future grande région Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin au seul chantier pharaonique de Ligne à grande vitesse (LGV) qui sera mise en service en juillet 2017 et qui mettra Paris à 2 h 05 de Bordeaux.

D'un point de vue économique, il va de soi qu'il existe une corrélation entre les flux des transports, et donc les infrastructures qui le permettent, et le développement économique d'un territoire et de ses entreprises. C'est en tout cas, dans le discours, ce qui guide l'action de Laurent Cavrois, président de Lisea, société concessionnaire de la ligne à grande vitesse. "Nous devons en faire un outil de compétitivité !"

LGV Sud Europe Atlantique : écart d'ambition entre SNCF et Lisea

Mais en pleine préparation de l'exploitation de cette ligne avec son "client" SNCF, Lisea reconnaît que, pour le moment, il "existe un écart d'ambition entre nous et la SNCF pour le moment...", lâchait Laurent Cavrois, interrogé par le journaliste de La Tribune - Objectif Aquitaine, Jean-Philippe Dejean, sur les prévisions de trafic des trains annoncées par la SNCF, qui sont en retrait par rapport à l'attente de Lisea... Au point, peut-être, de remettre en cause son modèle économique ?

"Il m'est extrêmement désagréable d'évoquer le reproche qui nous est fait concernant des tarifs de péage trop élevés... Je rappelle que nous avons signé un contrat de concession en 2011... Nous restons persuadés qu'une véritable navette entre Paris et Bordeaux est indispensable. Comme c'est le cas avec Lille, Nantes, Lyon, une vingtaine de liaisons directes entre la capitale et la métropole de la future plus grande région de France s'impose."

Si l'on évoquait, il y a peu encore, la possibilité de voir près d'une trentaine d'aller-retour entre Paris et Bordeaux dès l'ouverture de la ligne à grande vitesse, il semble que la proposition soit plutôt de 12 à 15 liaisons directes du côté de la SNCF.

GPSO, ça bouge encore, TP ça coince toujours

Les discussions sont animées entre les deux acteurs principaux de cette infrastructure, le dialogue ne semble pas rompu concernant la prolongation de la ligne à grand vitesse via les lignes Bordeaux et Toulouse et Bordeaux - Hendaye selon Pierre Dartout, le préfet de région.

"Concernant ces infrastructures, en fonction des différents délais liées à la déclaration d'utilité publique, à l'enquête publique...  nous travaillons toujours sur un scénario de ligne Bordeaux-Toulouse à 2024, Bordeaux-Dax à 2027 et de Bordeaux-Hendaye à 2032."

Un préfet qui souligne aussi que dans le cadre du dernier contrat de plan Etat - Région "que la région Poitou-Charentes a signé, et qui sera bientôt signé avec les deux autres régions Aquitaine et Limousin, une enveloppe d'investissement de 2 Md€ est programmée, dont 1 Md€ pour la seule région Aquitaine".

Dépendance

Une manne très attendue par la filière des travaux publics. "Nous sommes dépendants, à 70 % au minimum, de la commande publique. Or, depuis trois ans, celle-ci a considérablement faibli, entre - 20 et - 40 % selon les départements", explique Christian Surget, président de la FRTP Aquitaine, qui recense 450 entreprises et 17.000 salariés aujourd'hui, "contre 20.000 il y a trois ans", assure-t-il.

"Nous avons déposé 920.000 heures de chômage partiel en Aquitaine, dont 800.000 en Gironde tant l'inquiétude est grande et la visibilité économique courte. Heureusement, nous n'avons pas consommé ces heures-là, mais nous sommes, pour beaucoup, dans l'attente de la relance de la commande publique. Les DUP repoussées, les tranches de tramway remises à plus tard, l'absence de grands projets derrière ceux qui sont déjà enclenchés pénalisent durement nos entreprises. Nous savons que les réseaux, comme les canalisations d'eau, les routes... doivent faire l'objet de travaux urgents. Nous estimons que cela représente environ 4 Md€ d'investissement en Aquitaine... Il ne faut pas attendre trop longtemps, l'affaiblissement des entreprises qui n'ont plus les moyens de rénover leur matériel  voire leur disparition et celle des compétences internes, pour relancer la machine économique. Le temps presse !"

Il presse sans doute un peu moins pour le secteur du bâtiment, représenté par Christian Birbaud, directeur régional d'Eiffage. Un dirigeant qui estime que la crise actuelle n'en est pas vraiment une...

"Nous sommes dans un nouveau modèle d'économie et de société. Nous devons nous adapter. C'est ce que nous faisons en numérisant au maximum nos métiers, en changeant nos méthodes de travail, nos process, en réduisant les délais de construction. C'est notre seule chance de pouvoir nous adapter aux attentes du marché, mais aussi des collectivités lorsqu'il s'agit d'infrastructures et de projets structurants."

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