Crise aviaire : les éleveurs du Sud-Ouest sacrifiés pour protéger ceux de l’Ouest ?

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Les éleveurs du Sud-Ouest ont du faire abattre préventivement des centaines de milliers de palmipèdes.
Les éleveurs du Sud-Ouest ont du faire abattre préventivement des centaines de milliers de palmipèdes. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
L’impact des crises aviaires de 2016 et 2017 et le non-paiement des compensations financières prévues par l’Etat mettent les producteurs de canards gras du Sud-Ouest, plus grosse région productrice de foie gras sous signe de qualité, au bord de l’effondrement.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le premier semestre 2017 n'a pas été très brillant pour l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, marquée en particulier par une nouvelle crise aviaire dès le début de l'année. Comme en 2016 des centaines de milliers de canards ont dû être préventivement abattus pour enrayer la propagation de la grippe aviaire. Le prix à payer pour les éleveurs est d'autant plus lourd qu'il se double d'un ensemble de mesures sanitaires techniquement contraignantes et financièrement pénalisantes. Si la première crise de 2016 a été dure, celle de 2017 a des répercussions économiques dont on sait déjà qu'elles sont si profondes qu'elles pourraient menacer l'équilibre de toute la filière, grands groupes coopératifs y compris. Et dans ce contexte placé sous le signe de la dépression, le non déblocage des compensations financières promises sous le gouvernement Valls devient difficile à supporter.

Canards, une crise explosive

"Dans le secteur de la volaille c'est une année noire. L'Etat a mis en place de solutions d'abattage des canards dont le calendrier est contesté depuis le début et qui ont conduit à la destruction d'animaux reproducteurs, recadre Dominique Graciet, avant d'enfoncer le clou. Le mécanisme de destruction du cheptel et de compensation financière n'a même pas été provisionné par le précédent ministère de l'Agriculture, poursuit-il ainsi. A cause de ces retards financiers, l'épisode Le Foll (ministre de l'Agriculture de François Hollande -NDLR) laisse des traces".

Et les conséquences de cette situation pourraient être lourdes.

"Les avances de trésorerie n'ont pas été soldées. Le Foll n'a pas mis les outils en place. Si les éleveurs qui ont survécu ne sont pas correctement indemnisés, que feront-ils en cas de nouvelle crise sanitaire ? Nous allons finir par croire que les élevages de palmipèdes du Sud-Ouest servent de bouclier à ceux de l'Ouest, qui sont nos concurrents et en profitent pour nous plumer sur les marchés" déroule Dominique Graciet.

La crise de 2017 s'est concentrée sur des départements gascons (Gers, Landes, Hautes-Pyrénées) et basco-gascon (Pyrénées-Atlantiques) où semble infuser un vrai sentiment d'injustice.

"Les éleveurs des régions de l'Ouest n'ont pas été touchés par la grippe aviaire mais ils n'ont peut-être pas forcément bien cherché les canards malades", restitue ainsi Dominique Graciet.

250 producteurs laitiers disparus

Malgré cette crise majeure dans la première région productrice de foie gras sous signe de qualité, l'agriculture de la Nouvelle-Aquitaine ne se résume pas au seul élevage de palmipèdes. Plus globalement la situation de la filière viande régionale tend à s'améliorer, loin de l'euphorie.

"L'inquiétude demeure : malgré un petit mieux, c'est toujours dur d'investir pour augmenter la compétitivité de l'élevage. Pour les ovins ça va mieux et la filière caprine se porte bien" éclaire le président de la Chambre régionale d'agriculture.

Salon agriculture aquitaine

Salon de l'agriculture à Bordeaux

En moins de deux ans la situation de la filière lait s'est complètement retourné, l'interrupteur des conjonctures ayant basculé sans coup férir de la position surproduction à celle de la sous-production, avec à la clé un début de flambée sur le marché du beurre qui devrait rapidement s'étendre à tous les produits beurrés. Entre-temps la crise laitière a fait des dégâts et provoqué la disparition de 6 % des producteurs de lait en Nouvelle-Aquitaine, soit 250 producteurs, pour une production de 77 millions de litres.

Créer 60 millions de m3 de ressources en eau

La tendance est plus favorable pour les grandes cultures (céréales, oléagineux, protéagineux...) malgré quelques problèmes sur le maïs, concède Dominique Graciet.

"Les années 2015 et 2016 ont été bonnes pour la viticulture. 2017 est marqué par le gel, qui a surtout frappé le vignoble de Cognac. Le vignoble bordelais a été touché mais à 50 %, pas à 100 %. Plus on va vers le nord et plus l'impact du gel a été puissant. La Dordogne est particulièrement touchée et il n'y a plus rien en Pécharmant", lâche Dominique Graciet.

Sécheresse agriculture France 01

La sécheresse n'est jamais très loin.

La création de nouvelles ressources, à partir du captage d'une partie des plus de 150 milliards de mètres cubes d'eau utile qui tombent chaque année du ciel sur la France, est un autre des grands chapitres de l'actualité agricole.

"La Garonne c'est 25.000 habitants de plus par an et le bassin Garonne est en très fort déficit d'eau. La création de retenues collinaires est bloquée mais nous nous obstinons. Le premier objectif que nous avions avec l'Agence de bassin Adour Garonne, c'était la création de 60 millions de mètres cubes supplémentaires, mais nous n'avons pas dépassé la barre des 6 millions de m3, déplore Dominique Graciet. Construire des retenues, c'est ce que l'on fait pour 2021. Si elles ne sont pas créées ce sera la faute de l'Etat et nous ne rembourserons pas les 72 M€ d'argent public avancés".

Ce dossier a été marqué par de fortes oppositions et le drame de Sirvens, où un manifestant a été tué.

"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise sur les oppositions... Il nous faut de l'eau. Sur les 60 millions de m3 de nouvelles ressources à créer, la part de l'agriculture ne dépassera pas 25 %. Sans eau nous ne pouvons pas assurer la production agricole" martèle le président de la Chambre régionale.

Le 29 septembre sera clôturée la réception des projets préparés dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt pour le programme Territoire d'innovation grande ambition (Investissements d'avenir), et Dominique Graciet souligne que 10 projets ont été retenus en Nouvelle-Aquitaine, la Chambre régionale d'agriculture ayant coopéré de très près avec la Région sur ce dossier.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2017 à 15:52 :
"ils n'ont pas d'eau, ils n'ont qu'à boire de la bière" aurait dit Brigitte Macron :-)
a écrit le 20/09/2017 à 18:48 :
Tous les petits élevages de canards savent que le but de ces purges n'a été que de favoriser les plus gros, le lobby agro-industriel faisant ce qu'il veut.

"Sans eau nous ne pouvons pas assurer la production agricole"

Et donc il faudrait encore plus gaspiller l'eau pour produire encore plus de maïs afin de fournir l'industrie chimique qui en est la première cliente ?

Non mais on va où là avec des raisonnements comme ça ?!

"Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose."

Maraichage bio à fond voilà ce qu'il nous faudrait et qui sauverait toutes les petites exploitations, mais les agents de la FNSEA veille au grain, il n'est pas né celui qui mettra un terme aux agissements mafieux de l'agro-industrie.

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