Bordeaux est-elle vraiment l'eldorado des cadres ?

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Les cadres louent Bordeaux pour sa qualité de vie.
Les cadres louent Bordeaux pour sa qualité de vie. (Crédits : Statista*)
Bordeaux caracole depuis plusieurs mois en tête des classements des villes préférées des cadres. Considérée comme attractive et dynamique, louée pour sa qualité de vie, la métropole girondine séduit. Trop ? Que peuvent vraiment espérer les personnes en recherche de mobilité ? Quelles sont les réalités du marché de l'emploi des cadres et que changera la LGV ? Voici le premier volet de notre enquête en trois parties.

Selon la dernière enquête de Cadremploi.fr, 80 % des cadres parisiens sont prêts à déménager dans les prochaines années pour trouver un autre cadre de vie en région. Pas moins de 56 % des 3.689 sondés choisissent Bordeaux comme destination professionnelle préférée. Un plébiscite, et une nouvelle médaille d'or qui vient se rajouter à la longue liste de breloques accumulées par la préfecture de la Gironde. Ces derniers mois, les sondages placent systématiquement Bordeaux en tête des métropoles françaises les plus attractives. Alors, tendance durable ou "hype" temporaire poussée en avant par les sphères médiatiques et politiques ?

"J'exerce depuis 14 ans et je constate que Bordeaux a toujours beaucoup attiré", note Tony Lourenço, dirigeant bordelais du cabinet de recrutement Territoires RH. "En revanche le marketing et la communication autour n'étaient pas aussi présents."

Des propos confirmés par Danielle Sancier, déléguée Nouvelle-Aquitaine de l'Apec, l'association spécialisée dans l'emploi des cadres :

"Ce phénomène n'est pas nouveau et dure depuis plusieurs années, certifie-t-elle. Il est justement intéressant de constater que la population des cadres croît régulièrement à Bordeaux et plus rapidement qu'au plan national, + 1,9 % annuellement contre + 0,9 %. Il y a certainement un effet lié à la communication autour de ces sondages mais aussi le bouche-à-oreille qu'il ne faut pas sous-estimer. Bordeaux est désormais réputée pour son dynamisme et sa qualité de vie."

Deux fois plus vite

La part des cadres atteignait 26 % de la population active à Bordeaux en 2013, contre 25 % à Nantes et 28 % à Toulouse, deux villes également situées sur la façade atlantique. Mais la dynamique bordelaise est intéressante. "Sur les cinq dernières années, le nombre de cadres à Bordeaux augmente deux fois plus vite que dans d'autres métropoles françaises", souligne le directeur territorial de Pôle Emploi Gironde, Benoît Meyer.

Danielle Sancier estime que "la région ne s'est pas si mal sortie de la grosse période de crise", notamment en raison de son économie diversifiée. Capitale de la région Nouvelle-Aquitaine formée en début d'année, Bordeaux concentre pas moins de 50 % des cadres de ce nouvel ensemble. Le sondage réalisé par l'Apec fin 2015 auprès d'un petit millier d'entreprises prévoyait autour de 4.000 recrutements externes de cadres dans la métropole bordelaise en 2016. "La bonne nouvelle est que le tissu local crée de l'emploi cadre, poursuit Danielle Sancier. Sur cette prévision de 4.000 recrutements, on comptabilise environ 800 créations nettes de poste." Des chiffres qui ne sont pas neutres mais néanmoins "pas à la hauteur du flux migratoire", constate Danielle Sancier.

Benoît Meyer avance une autre tendance : Bordeaux est bien plus touchée par le chômage des cadres que le reste de sa métropole. A l'échelle de la métropole bordelaise, 8 % des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi sont des cadres contre 8,2 % pour la métropole toulousaine et 9,1 % à Nantes. Mais ils sont 10,4 % à l'échelle de la ville de Bordeaux (respectivement 8 % pour Toulouse et 9,7 % pour Nantes).

L'eldorado des Parisiens ?

Comme le montre la dernière enquête de Cadremploi.fr, on entend régulièrement que Bordeaux est le nouvel eldorado des cadres parisiens. Réalité ou fiction ? Et bien les chiffres semblent prouver que cette assertion repose sur autre chose que du sable. Si 78 % des cadres qui trouvent un emploi vivent en Gironde, la 2e source de provenance est bien Paris, devant... Toulouse puis Nantes, encore. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que peu de cadres bordelais s'installent à Nantes ou Toulouse. La Loire-Atlantique et la Haute-Garonne attirent peu les Girondins visiblement, alors que la réciproque est vraie.

Autre point à mentionner : le cadre néo-bordelais est significativement jeune. La moyenne d'âge de ceux qui s'inscrivent à Pôle Emploi est de 40 ans, assez loin des 44 ans constatés en moyenne dans les autres métropoles bordelaises. Un chiffre qui colle bien avec l'idée d'un changement de vie à l'orée de la quarantaine. 51 % de ces nouveaux inscrits sont des hommes et 49 % des femmes, parité donc.

Pas de retour en arrière

Visiblement, l'implantation de ces nouveaux arrivants semble durable même si les débuts sont peu évidents : dans la moyenne des autres métropoles, 38 % des cadres bordelais inscrits à Pôle Emploi sont au chômage depuis plus d'un an.

"Les conditions d'installation sont souvent compliquées, estime Tony Lourenço. Certaines filières sont totalement embouteillées. Beaucoup arrivent à Bordeaux sans avoir trouvé un poste, voire deux dans le cas des couples. Et même s'ils sont ravis et jugent immédiatement la ville et le département géniaux, pour l'un des conjoints au moins cela signifie un an et demi à deux ans de recherche. L'intégration professionnelle est compliquée."

Le patron de Territoires RH est pourtant catégorique :

"Je n'ai jamais entendu parler de gens qui seraient repartis à Paris par exemple. Quand on fait l'effort de tout plaquer pour s'installer ailleurs, on ne repart pas. Dès que les nouveaux arrivants ont trouvé leur logement, ils ne bougent plus. Au pire, l'un des conjoints travaille en semaine à Paris et revient chaque week-end à Bordeaux."

Pôle Emploi ne dispose pas de chiffres pour confirmer, ou non, cet ancrage définitif. A l'Apec, on évoque quelques retours vers Paris, mais pas suffisamment nombreux pour constituer un véritable appel d'air.

A l'Apec comme à Pôle Emploi, on observe en revanche deux tendances de fond : lorsqu'un conjoint cadre lui aussi peine à trouver un emploi, il finit par créer sa propre structure, le plus souvent de conseil ou de formation. "Sans forcément avoir fait une étude de marché sérieuse et mesuré que ces secteurs sont saturés", glisse Benoît Meyer. "Nous constatons effectivement une évolution des formes d'emploi, avec des cadres qui recherchent un CDI et qui finissent par créer leur activité sous une autre forme", ajoute Danielle Sancier.

Reste à savoir si la ligne à grande vitesse (LGV) qui mettra Bordeaux à deux heures de Paris en juillet prochain est susceptible de changer la donne. Le premier impact direct attendu est l'arrivée de nouvelles entreprises, et notamment des sièges de filiales de grands groupes, dans le centre de la métropole. Au-delà, "la LGV risque de changer la façon dont les cadres vont gérer leur localisation, estime Danielle Sancier. On peut penser que certains envisagent d'habiter quelque part et de travailler ailleurs." Sans imaginer des allers-retours Bordeaux - Montparnasse chaque jour, il est effectivement imaginable que des cadres aillent chercher un job à Angoulême ou Poitiers par exemple, qui sera desservie, tout en continuant à vivre dans la métropole. "Plus la mobilité sera aisée et plus les cadres bordelais pourront se tourner vers des marchés moins compliqués", résume Benoît Meyer. Rendez-vous dans quelques années pour vérifier si ces perspectives se confirment.

Lire aussi la suite de notre enquête :
>> Emploi cadres : les clés pour s'implanter à Bordeaux
>> Emploi cadres à Bordeaux : le top des filières à viser ou à éviter

*Un graphique de notre partenaire Statista

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Commentaires
a écrit le 15/09/2016 à 8:05 :
Je suis venu durant 5 ans travailler à Bdx (2003-2008): parisien, je rentrais tous les WE. durant cette période, aucun local ne m'a invité à passer la soirée chez lui !!! les Parisiens qui sont venus, eux s'installer définitivement, ont profité de la qualité de vie bordelaise pendant un an , puis, se sont repliés sur eux-même en raison de l'impossibilité de se déplacer en WE sur la côte; Les temps de trajet domicile-travail sont aussi longs qu'en RP. L'autoroute ouverte vers Pau a un péage trop coûteux pour être réellement utilisée. Dans l'article, est présenté un individu qui pourra aller travailler à Angoulême grâce au TGV: c'est une fausse information car il faudra toujours le même temps qu'actuellement pour rejoindre cette ville depuis Bdx car le TGV qui desservira Angoulême, s'arrêtera partout. (libourne, coutras ). ou la fréquence sera réduite.
a écrit le 14/09/2016 à 15:13 :
Toulouse sur la façade Atlantique? C'est une manière de voir....
a écrit le 14/09/2016 à 13:10 :
Préférez-vous vivre riche et bien portant où il y a du travail, ou pauvre et malade sur le plateau du Larzac ? Pas besoin de referendum pour connaître la réponse. Le nombre de cadres à Bordeaux augmente deux fois plus vite qu'ailleurs et la part des cadres atteignait 26 % de la population active en 2013" ! S'achemine-t-on vers une gestion de type "armée mexicaine" avec plus de généraux agités du bocal que de combattants sur le terrain :-)
Réponse de le 15/09/2016 à 8:08 :
Et le contraire!!! je préfère Millau à Bordeaux !!! qualité de vie, coût de la vie, etc...
a écrit le 13/09/2016 à 7:40 :
"La part des cadres atteignait 26 % de la population active à Bordeaux en 2013, contre 25 % à Nantes et 28 % à Toulouse, deux villes également situées sur la façade atlantique" Vraiment, Toulouse est sur la façade Atlantique? Il est peut être temps de ressortir un Atlas!
Réponse de le 13/09/2016 à 11:23 :
Bonjour. Il faut comprendre "façade atlantique" au sens où les acteurs de l'emploi l'entendent, en raisonnant en termes de - très - grandes masses géographiques. Toulouse est intégrée à cette façade atlantique. Et c'est un habitant de Toulouse pendant des années qui vous le dit ;-)
a écrit le 12/09/2016 à 19:39 :
Je ne partage pas l'optimisme de la situation de l'emploi des cadres à Bordeaux. Venu à Bordeaux pour une entreprise il y a une vingtaine d'année, je n'ai jamais retrouvé de poste qualifié dans une entreprise de la région. Depuis presque 15 ans, je travaille de chez moi, salarié d''entreprises étrangères ou françaises, basées hors de l'Aquitaine (ancienne ou nouvelle). Il est vrai que j'aurais pu déménager ailleurs, mais que la qualité de la vie, ainsi que les emplois qui le permettaient, m'ont fait rester à Bordeaux.
Ayant longtemps pris l'avion du lundi matin pour Paris, je ne suis pas sûr que résident à Bordeaux veuille dire employé à Bordeaux.
a écrit le 12/09/2016 à 18:34 :
la complaisance envers Bordeaux est grande
ex)quand juppé claronne que Bordeaux est la 4 iéme ville d'europe pour les vélos
il fabule papy; je l'invite à faire 15 kms en dehors de l'hyper centre ville et passer par tous les bouevards,les rues pavées,les rues ou les voitures sont garées sur les pistes à vélos etc etc
a écrit le 12/09/2016 à 17:00 :
N'en déplaise à M. Lourenço la liste des cadres / couples repartant en région parisienne est longue.. il prêche pour sa paroisse.. Par ailleurs, la proportion et l'âge de la population cadre au chômage à Bordeaux n'a rien pour rassurer les nouveaux arrivants.. Il faut tirer les conclusions des chiffres énoncés!
Réponse de le 12/09/2016 à 21:21 :
Entièrement d'accord.
Quelques exemples de couples dans notre entourage qui ont - eux aussi - dû se résigner à repartir faute, pour au moins l'un des conjoints, d'avoir pu trouver un job (des profils plutôt smart, pas hyper exigeants côté salaire, et ouverts à peu près à tous les domaines).
Pour l'un de ces couples, l'activité montée par madame après des débuts prometteurs n'a pas tenu, et mr ne trouvant pas au bout de 3 ans bien qu'il ait écumé plus de 200 PME pour un poste de direction... Il a retrouvé sur Paris et sont remontés. Pas le choix. Mme a retrouvé il y a peu.
Tout passe par le " réseau " et même pour des natifs comme ma femme nous qui sommes dans les métiers de la comm ne trouvions pas l'accès aux entreprises, n'étant pas suffisamment "introduits". Nous avons remonté notre agence sur Paris pour nous développer. Pas si horrible et plutôt contents d'être remontés au final et nous avons desperspectives moyen terme - que nous ne pouvions pas avoir sur Bordeaux malgré un cadre attirant...
Réponse de le 13/09/2016 à 15:08 :
2000: ma femme demissionne de Paris, je quitte Nantes pour Bordeaux (mutation)
2002: ne trouvant pas d'emploi, elle repart à Paris.
2003: je quitte Bdx pour Paris et la rejoindre. J'ai un super emploi...
2010. Elle trouve (enfin) du travail sur la CUB... Nous revenons, avec 2 enfants..... Et à mon tour d'être au chômage pendant presque deux ans...
Réponse de le 14/09/2016 à 9:02 :
@MI4Do
Moralité: vous auriez du rester sur Nantes :-) lol
Réponse de le 14/09/2016 à 9:03 :
* @ALD pardon
a écrit le 12/09/2016 à 16:40 :
" structure de conseil ou de formation " : tant de besoins à Bordeaux ?? Ou du vent ?
a écrit le 12/09/2016 à 16:19 :
Il faut supprimer le statut cadre surtout.
a écrit le 12/09/2016 à 15:58 :
Les équipes de com de Juppé sont très fortes mais effectivement il n'y a pas beaucoup de boulot pour les cadres à Bordeaux et quand il y en a, compte tenu de la quantité de candidats, les salaires sont modestes.
Quant au fait de ne jamais avoir entendu parler de gens qui sont repartis à Paris, Monsieur Lourenço vit-il réellement à Bordeaux ?
Un critère infaillible, demandez aux directeurs d'école s'il n'y a pas de plus en plus de familles qui repartent à Paris......
a écrit le 12/09/2016 à 12:50 :
ya pas boulot pour les cadres à bordeaux ...
Réponse de le 14/09/2016 à 14:46 :
C est une ville où il fait bon vivre quand on est fonctionnaire.en dehors de la fonction publique il n y a pas de activité industriele à part d'assaut qui bat de l'aile et encore les bureaux d études sont. en région parisienne à St cloud

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