Croissance, spécialisation et dissémination : les trois clés de l'emploi girondin

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La Communauté urbaine de Bordeaux enregistre une baisse de 13 % de ses emplois industriels entre 2004 et 2010.
La Communauté urbaine de Bordeaux enregistre une baisse de 13 % de ses emplois industriels entre 2004 et 2010. (Crédits : Objectif Aquitaine / Mikaël Lozano)
Quelles dynamiques de l'emploi salarié dans le secteur marchand non agricole en Gironde ? C'est tout l'intérêt du second volet de la vaste étude lancée en 2013 par l'Insee Aquitaine et la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Gironde, présenté le 14 octobre. Le document se penche sur six aires d'emploi bien distinctes et sur leurs spécificités.

"Cette étude est une collaboration entre des statisticiens et des ingénieurs du territoire", s'enthousiasme d'entrée de jeu le directeur régional de l'Insee Aquitaine, Jean-Michel Quellec. Une formule originale issue d'une collaboration entre la DDTM Gironde et l'Insee Aquitaine avec pour objectif de comprendre les tendances contemporaines de l'emploi girondin.

L'enquête parue le 14 octobre et intitulée "Dynamisme économique et spécialisation des aires d'emploi en Gironde" divise le département en six aires d'emploi, chacune caractérisée par une relative autonomie et une activité bien spécifique : la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB), Libourne - Coutras - Saint-Emilion, Blaye - Braud-et-Saint-Louis, La Teste-de-Buch, Lesparre-Médoc - Pauillac, et Langon - Bazas. Ces aires structurent l'emploi salarié des établissements du secteur marchand non agricole, soit 55% de tous les emplois du département.

Tendance générale
à la croissance de l'emploi

13% de croissance, c'est incontestablement le premier fait saillant de cette enquête. Avec 13% de croissance de l'emploi entre 2004 et 2010, soit un gain de 36.500 emplois salariés dans le secteur marchand non agricole, la Gironde peut se targuer d'afficher un bilan de santé positif. Si le département est encore loin d'égaler les performances de ses voisins - croissance de 18% à Nantes et 21% à Toulouse - il peut sans conteste compter sur le dynamisme de ses établissements pérennes.

A noter toutefois, cette hausse généralisée des emplois salariés dans le secteur marchand non agricole présente de fortes disparités selon les secteurs économiques. Ainsi, la région doit son dynamisme aux secteurs des services (+25% d'emplois), de la construction (+23%) et du commerce (+7%). A contrario, plusieurs secteurs sont à la peine : l'industrie connaît ainsi sur la période une chute de 10% de ses emplois, avec une chute vertigineuse de 41% pour le secteur peu développé de la fabrication de textiles, les industries de l'habillement, du cuir et des chaussures.

Une métropole aux frontières poreuses

Bien évidemment, la CUB est l'un des acteurs incontournables de cette croissance de l'emploi salarié du secteur marchand non agricole. Avec 2/3 de la totalité des employés de la Gironde et une croissance de l'emploi de 12% entre 2004 et 2010, la métropole demeure le centre névralgique de l'économie départementale. Au cours de la période étudiée, la zone ne cesse ainsi de se "tertiariser" (22% de hausse de l'emploi dans le domaine des services) et de se spécialiser dans des domaines à fortes valeurs ajoutées (télécommunications, activités informatiques et services d'information, fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques). Des chiffres qui lui permettent de pallier l'essoufflement de son industrie ( diminution de 13 %).

Et sur les bords sud et est de la CUB, c'est toute une couronne qui tend à se développer. Hyper-dynamique (croissance de l'emploi s'élevant à 28% entre 2004 et 2010), cette région pallie aux déficiences de son imposante voisine, notamment sur le plan industriel : évolution positive en matière de fabrication de produits en caoutchouc, de machines et équipements, et de matériels de transport. "La métropolisation dépasse le périmètre de la CUB", explique la chef du pôle Projet DDTM, Carole Pourchez. Preuve de ce "desserrement" qui affecte le centre de l'économie girondine : sur les 45.000 emplois transférés dans le département entre 2004 et 2010, 80% concernent la zone CUB et sa couronne.

Les municipalités, acteurs complémentaires
d'une économie à plusieurs échelles

Face à cette métropole grandissante, les municipalités font, elles aussi, parler d'elles. Loin de tout absorber, la CUB ne représente "que" la moitié de l'économie girondine et progresse de façon de plus en plus collaborative avec les autres acteurs de la région. "Il ne faut pas jouer le jeu de la concurrence mais plutôt celui de la complémentarité", confirme Carole Pourchez.

Les cinq aires d'emploi présentent ainsi des situations positives et bénéfiques pour l'ensemble du territoire. Avec une croissance de 5% de l'emploi salarié du secteur marchand non agricole entre 2004 et 2010, l'aire de Libourne - Coutras - Saint-Emilion se caractérise avant tout par une industrie pharmaceutique dynamique (90% des emplois). Parce qu'elle récupère une partie des employés de la CUB et de sa couronne, elle contribue à accentuer le desserrement qui s'opère hors métropole. Comme cette région de l'Est, l'aire de Langon-Bazas se démarque par son industrie manufacturière. Si celle-ci présente une croissance de l'emploi plus timide (4%), elle se singularise par la vitalité de ses industries de plus de 150 salariés des secteurs du travail du bois, des industries du papier et imprimerie (carton ondulé).

Au Nord, les aires se caractérisent quant à elles par des spécificités beaucoup plus marquées. L'aire de Blaye - Braud-et-Saint-Louis, dont la croissance de l'emploi atteint 11% sur la période d'enquête, se distingue par son secteur de la production et de la distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné surreprésenté par rapport à l'ensemble de la Gironde. Logique au vu de la présence sur son territoire de la centrale nucléaire du Blayais... L'aire de Lesparre-Médoc - Pauillac présente elle aussi une industrie hyper-dynamique : à titre d'exemple, en proportions, sa part d'emplois dans l'industrie extractive est dix fois supérieure à la moyenne territoriale.

La dernière aire, La Teste-de-Buch, présente quant à elle des spécificités bien moindres. Avec une croissance de l'emploi de 9% sur la période, elle aura su s'appuyer sur un fort secteur touristique et une sphère résidentielle en plein essor.

Devant ces nouvelles aires économiques en cohabitation avec la métropole, c'est toute une nouvelle logique qui se dessine donc : la métropolisation se desserre à mesure que la différenciation ricardienne devient la règle, l'ingénierie territoriale pointe son nez alors même que la centralisation se retrouve rattrapée par la complémentarité économique des territoires.

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