La startup bordelaise NFC-Interactive prend le train pour Toronto

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Bérénice Chazal, chargée du marketing et de la communication, et Nicolas Bournet.
Bérénice Chazal, chargée du marketing et de la communication, et Nicolas Bournet. (Crédits : J. Philippe Déjean)
NFC-Interactive va s’attaquer aux compagnies ferroviaires canadiennes d’ici 2018. Une retombée magistrale du travail fait par la startup en France avec la SNCF. Et puis NFC-Interactive planche aussi sur les systèmes de paiement dans les trams et les bus de la Métropole.

Issue du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri) la startup NFC-Interactive, créée à Bordeaux en 2014, vient d'être sélectionnée par le ministère des Affaires étrangères et du développement international. C'est ainsi que NFC-Interactive, qui a changé son logo pour le recombiner en NFC-I, va bénéficier du programme Netva (New technology venture accelerator), qui doit permettre à de jeunes entreprises françaises innovantes d'engranger un maximum d'atouts avant de s'attaquer aux marchés nord-américains. En l'occurrence NFC-Interactive vise les compagnies ferroviaires du Canada. Une opération pilotée sur le terrain par les équipes du service pour la Science et la technologie des ambassades de France aux Etats-Unis (Boston, San Francisco, Washington DC) et au Canada (Toronto).

"Ce programme Netva va nous permettre de commencer à nous installer à Toronto. Le ministère fournit les locaux, c'est-à-dire un bureau dans un hôtel. Nous allons suivre des formations et une préparation de fond pour attaquer le marché canadien. Nous partons à Toronto en octobre prochain pendant une semaine. Ensuite ce sera une semaine tous les deux mois. Et puis nous sommes suivis à Toronto par un mentor avec lequel nous serons en contact via Skype une fois par semaine" détaille le patron de NFC Interactive.

Le couteau suisse de la communication des objets

Même si elle a bénéficié de subventions, de la Région et de BPI, NFC Interactive, qui emploie 10 personnes, est l'une des rares startups à générer un chiffre d'affaires depuis sa création, soit 70.000 euros en 2014-2015 (18 mois) et 293.000 euros en 2016 (12 mois) mais aussi un bénéfice. Elle a été retenue pour le programme Netva car elle a développé une technologie de gestion et d'analyse des données qui a convaincu les ingénieurs de SNCF Réseau. Cette société chargée de maintenir en conditions opérationnelles le réseau ferré français est une référence, ce qui a sans doute favorablement influencé Mesea, le consortium piloté par Vinci chargé de la maintenance de la LGV entre Bordeaux et Tours, qui fait également appel aux services de la startup.

"Nous avons démarré avec la technologie de communication sans contact NFC (Near field communication), dont la portée ne dépasse pas 10 cm mais qui est indispensable dans certaines situations, avant de pivoter en 2015 pour intégrer tous les protocoles de communication (bluetooth, wifi, etc.) dans une même plateforme IoT (Internet des objets). Ce qui permet à chaque client de créer sa propre plateforme", résume Nicolas Bournet. D'où une souplesse inédite dans la gestion des données.


Bien collecter les données, c'est vital

Le drame de Brétigny-sur-Orge (Essonne), qui a fait sept morts le 12 juillet 2013, suite au déraillement à 130 km/h d'un train inter-cité, puis l'accident ferroviaire arrivé entre Orthez et Pau (Pyrénées-Atlantiques), le 17 juillet 2014, au cours duquel un TER a heurté à faible vitesse un TGV, avec plusieurs blessés à la clé, sont passés par là.

"La SNCF fonctionne avec une compartimentation énorme et gère des millions de données. Notre slogan c'est "Making data talk", faire parler les données. Ces données sont des mesures récupérées par des capteurs qui peuvent contrôler, comme dans une usine, le degré d'humidité de l'air ou encore le bon fonctionnement d'un câble électrique, etc. Nous avons créé une grande plateforme, un hub, qui est capable de récupérer toutes les informations en provenance de ces capteurs, quels que soient leurs formats", décrypte Nicolas Bournet.

Les données sont collectées puis transportées (par le biais d'un protocole) pour être livrées dans le système informatique des clients, dont elles restent la propriété exclusive.

Des cabanes techniques résolument off-line

"La SNCF, comme les autres sociétés de chemin de fer, dispose de petites cabanes éparpillées sur tout le réseau qui gèrent les feux de circulation des trains. Tout fonctionne grâce au réseau électrique et ce qui s'est passé entre Orthez et Pau c'est que les rats ont bouffé les câbles, parce que pour eux c'est du caviar, et qu'au lieu d'être au rouge pour le train qui arrivait, le feu est passé au vert... Les mesures faites par les agents le long des rails pour voir si tout allait bien n'ont pas suffi", relate Nicolas Bournet.

Une vraie difficulté avec ces cabanes techniques c'est qu'à cause des particularités de leur champ électro-magnétique il est impossible d'y entrer avec un téléphone portable allumé, et que jusqu'à présent il n'y avait pas d'autre système de communication possible.

"Ces cabanes c'est du off-line et dans ce cas il n'y a que la technologie NFC qui fonctionne, d'où l'intérêt de nos propositions", relève le président de la startup. Concernant l'accident de Brétigny, Nicolas Bournet souligne que le problème de l'éclisse défectueuse, qui a provoqué la catastrophe, était connu. Qu'il avait été signalé au téléphone par des agents de terrain mais que l'information n'était pas remontée. C'est pourquoi NFC Interactive est en train de robotiser la saisie et la transmission d'une énorme quantité d'informations capitales pour la sécurité et la productivité de l'écosystème géant de la SNCF.

Un nouveau moyen de paiement en test

Mouvement qui va de pair avec une restructuration des circuits internes de communication puisqu'il existe désormais un administrateur général à Paris qui voit toutes les alertes. Il est désormais impossible qu'une information capitale ne remonte pas dans les temps au bon endroit.

"Pour mener à bien ce contrat, la SNCF nous a collé quatre audits pour être sûre que nous aurions le niveau de sécurité requis. Ces audits ont coûté cher, puisqu'il a fallu quasiment recruter deux salariés, mais nous ont aidé à grandir. Notre technologie est au point et nous sommes en train de la déployer dans 3.000 centres techniques de la SNCF, sur un total national de 30.000", illustre Nicolas Bournet.

Par ailleurs, associé à la startup bordelaise, Wiidii, NFC Interactive développe, avec l'Office de tourisme de Bordeaux Métropole, un nouveau système de pass numérique sur smartphone pour les congressistes de passage au port de la Lune. Ce "business pass" contient un titre de transport collectif dématérialisé. Un produit actuellement en test également avec Keolis Bordeaux. Ce système de validation des titres de transport, qui utilise la technologie du QR Code, est très peu coûteux, soit 2 euros, souligne Nicolas Bournet. Alors que les bornes de paiement déployées par Thales dans les trams bordelais semblent avoir du mal à fonctionner correctement et coûteraient autour de 60.000 euros pièce.

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Commentaires
a écrit le 21/07/2017 à 10:11 :
Le train devrait être une priorité nationale dans tous les pays, courage à tout ceux qui bossent dans ce domaine massacré par les politiciens au seul bénéfice de lobbys privés.

"Quand l’État français sabote le train: Première victime, le fret"https://www.monde-diplomatique.fr/2016/06/DOUMAYROU/55772 (article gratuit)
a écrit le 21/07/2017 à 0:38 :
Pour le train au Canada, le choix c'est Via Rail. On peut acheter son billet sur internet, l'imprimer et/ou le recevoir dans sa boite courriel. Le contrôleur le scanne quand on est à bord. Toute la procédure est facile et dans le train, l'accès à l'internet est gratuit. Pour le "pass" metro/bus, on l'achète au guichet en fin de mois. Pour l'analyse des données, il existe de nombreux outils et les sociétés canadiennes ont généralement dynamiques. Je ne vois donc pas très bien ce que pourrait apporter cette jeune pousse française. Mais bon, à suivre :-)

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