Smart City Bordeaux : les collectivités dans la course aux données

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Eric Monceyron, Thierry Michel, Patrick Faucher, Benoît Brient, Dominique Pialot
Eric Monceyron, Thierry Michel, Patrick Faucher, Benoît Brient, Dominique Pialot (Crédits : Agence Appa)
L’exploitation de données fiables, disponibles en grande quantité et sur des sujets très précis, change aussi la façon de gérer les collectivités. Une révolution numérique de plus qui soulève de nombreuses questions.

La table ronde intitulée "Energie et data, outils d'aménagement du territoire" qui a eu lieu le 18 mai au Palais de la Bourse, à Bordeaux, dans le cadre de la 3e édition de Smart City, forum organisé par La Tribune, a permis de faire le point sur l'importance des enjeux liés à l'exploitation des données concernant l'usage de l'eau et de l'énergie dans les collectivités. Elle était animée par Dominique Pialot, journaliste à La Tribune, à Paris.

Participaient à cette table ronde des acteurs métropolitains, avec Patrick Faucher, directeur de l'énergie, de l'écologie et du développement durable à la Ville de Bordeaux et à Bordeaux Métropole, et Eric Monceyron, chargé de mission ville intelligente dans les domaines énergie et mobilité à Bordeaux Métropole. Participaient aussi d'autres acteurs majeurs : Benoît Brient, directeur du développement Smart city de Suez, et Thierry Michel, directeur territorial Aquitaine de GRDF (Gaz réseau distribution France).

L'autoconsommation collective en jeu

Patrick Faucher a prévenu d'entrée que l'efficacité énergétique allait atteindre un palier technologique. "Oui le matériel a progressé mais nous nous rapprochons des limites des lois de la physique" a ainsi indiqué le directeur. Il a ensuite précisé la nature de la déformation majeure subie par le modèle traditionnel de l'énergie, qui passe d'une logique de stock à celle d'une gestion de flux. Un renversement rendu possible par la capacité à collecter et utiliser des données très fines. Le développement de l'autoconsommation collective est l'un des points qui conditionneront la réussite de ce renversement de paradigme.

"L'autoconsommation collective implique une mise à disposition des données issues de capteurs pour connaître les nouveaux usages... Nous avons été partie prenante d'une étude de la Caisse des dépôts, avec d'autres métropoles, pour comprendre comment le numérique doit être envisagé dans la perspective de nouveaux usages", a déroulé Eric Monceyron.

Ce nouvel espace créé par l'accession rapide et peu coûteuse à des données fines change la donne, ce dont a témoigné Benoît Brient.

Donnée, à qui peut-elle profiter ?

"Le fait de disposer de la donnée est une grande évolution en soi. Dans la gestion de l'eau nous assurons la facturation après mesure de la consommation, et nous nous demandons parfois à qui ces données pourraient-elles être également utiles", a soulevé Benoît Brient. Car l'exploitation de données fines, de nouvelles idées finissent par germer.

"Avec la télérelève des compteurs nous savons par exemple s'il y a eu ou non consommation d'eau. Pour nous ce n'est pas vraiment intéressant. Mais peut-être que pour des services d'intervention ou de santé ça peut-être une information précieuse", questionne le directeur Smart city de Suez.

De son côté, Thierry Michel relève que GRDF fournit de la donnée aux collectivités et qu'elle appuie actuellement des projets territoriaux qui portent sur la méthanisation. "Nous fournissons aux porteurs de projets la capacité à injecter leur gaz dans le réseau", résume ce dernier.

Ne pas disperser l'énergie fatale

Bordeaux Métropole fait partie des grandes villes qui attirent beaucoup à l'échelle nationale et Patrick Faucher pointe que "l'empreinte en est d'autant plus forte : il n'y a plus un projet aujourd'hui dans la Métropole qui ne fasse pas l'objet d'une étude préalable de desserte d'énergie". Cette acuité du regard métropolitain s'étend tout naturellement à l'énergie fatale. Cette énergie issue du refroidissement des centres de données pose des questions tout autant énergétiques que d'aménagement du territoire.

"Un centre de données est aussi considéré comme un producteur d'énergie. Nous devons éviter que l'énergie fatale soit dispersée, nous devons être capables de dire votre data center vous allez me le mettre ailleurs, là où mon énergie fatale pourra être gérée au mieux", analyse Patrick Faucher.

L'exploitation des informations doit protéger les citoyens de toute ingérence et "ces données à caractère personnel doivent être anonymisées", confirme le patron énergie, écologie, développement durable. L'un des essais très ciblés faits à Bordeaux à partir des données recueillies, consistait à savoir si les habitants des éco-quartiers pouvaient eux-mêmes être considérés comme des "éco-habitants". Le test effectué sur l'un des éco-quartiers de la ville a été sans appel.

"Les données ont clairement montré que le comportement des habitants ne correspondait pas à celui attendu pour des éco-habitants. Concernant la consommation d'énergie nous avons donc opté pour des contrats de performance individualisés, par le biais des fournisseurs d'énergie", dévoile Patrick Faucher, qui met en garde en soulignant qu'il ne faut pas collecter trop de données et qu'il est absolument nécessaire de réfléchir en amont à la capacité de les traiter.

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