33Entrepreneurs, l'accélérateur cocardier de Bordeaux

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Vincent Prêtet, fondateur de l'accélérateur de startups 33Entrepreneurs à Bordeaux
Vincent Prêtet, fondateur de l'accélérateur de startups 33Entrepreneurs à Bordeaux (Crédits : Agence Appa)
{Dossier spécial French Tech Bordeaux] L'accélérateur bordelais 33Entrepreneurs a été officiellement lancé début 2014. Il accueillera en septembre sa 2e promotion de startups. La structure propose un accompagnement "commando" de trois mois à des startups spécialisées dans le monde du vin, du tourisme et de l'alimentation. Un choix affirmé.

Dans les agréables locaux de 33Entrepreneurs de la Bourse maritime, avec vue sur la Garonne, le polo blanc est de rigueur. Sur la poitrine, un écusson formé d'une cocarde et d'un coq affirme l'identité de l'accélérateur fondé par Vincent Prêtet. Ce diplômé de l'Ecole des Mines est arrivé il y a quatre ans à Bordeaux en tant qu'associé au sein d'Innovathlon (conseil en stratégie). Derrière lui, un parcours déjà riche : cofondateur de la société de conseil Microeconomix à Paris, passé par le groupe Temex à Sophia-Antipolis, puis directeur financier de Fortuneo.

Un coup du sort familial l'a alors poussé à entreprendre un petit périple mondial afin de mieux comprendre la mécanique gagnante du capital-risque. Une discipline qu'il résume en deux phrases :

"Votre seule certitude, c'est de dépenser de l'argent. Votre seul vrai risque, c'est de ne pas faire partie des futurs champions mondiaux."

Le vin, le tourisme et l'alimentation

L'idée de 33Entrepreneurs survient dans un avion, au-dessus des Etats-Unis et au fil d'une discussion.

"Je discutais avec un ami qui m'a dit : « A Bordeaux, tu as un domaine d'excellence légitime. 75 cl de convivialité et de savoir-faire »", résume Vincent Prêtet.

Rapidement, Innovathlon ouvre une filiale dont la mission est de créer un accélérateur à vocation mondiale et positionné sur trois axes : le vin, le tourisme et l'alimentation. Ainsi nait 33Entrepreneurs.

"33 car ces secteurs pèsent 33 % du PNB planétaire, alors qu'ils ne captent que 10 % des investissements en capital-risque. 33 car c'est le numéro de la Gironde. 33 car c'est l'indicatif téléphonique de la France."

Cocarde, coq et bleu-blanc-rouge, l'accélérateur assume "un branding très franchouillard", pied de nez lancé "en pleine période de french bashing", ironique mais capitalisant aussi sur les forces d'une France réputée pour ses vins, ses monuments et paysages et son savoir-faire en matière de bonne chaire. Le mot accolé, "Entrepreneurs", différencie des concurrents mettant le volet "tech" en avant.

Méthodes et mentors

33Entrepreneurs est une société commerciale comptant à ce jour 25 salariés à temps plein ainsi qu'une cinquantaine de "mentors", spécialistes de l'un des trois axes choisis par l'accélérateur. Ces mentors viennent coacher les startups plusieurs fois par session d'accélération et prennent s'ils le souhaitent un ticket dans les entreprises qui les intéressent. Parmi eux, l'Américain Jon Rubinstein, inventeur de l'iPod et passionné de vin, venu à Bordeaux lors de la première session.

33Entrepreneurs sélectionne ses pépites via trois moyens. Une dizaine d'analystes sont chargés de scruter le web et ont cartographié un ensemble de 10.000 startups.

"Cette base nous permet d'identifier certains acteurs, de comprendre les tendances et d'aider nos poulains à se différencier de leurs concurrents", explique Vincent Prêtet.

Les mentors apportent aussi leur aide. Troisième moyen de dénicher "ceux qui n'osent pas candidater sur le web, ceux qui sont en mode furtif", les concours. Adossé à des partenaires, l'accélérateur a organisé 25 événements de ce type en 18 mois dans des capitales européennes. A gagner lors de ces concours, une semaine de pré-accélération à Bordeaux. A chaque fois, un jury est composé, dont les membres deviennent ensuite des ambassadeurs de l'accélérateur. 33Entrepreneurs va ainsi se lancer dans une série de 10 concours sur le sol américain à partir du 8 juillet. L'équipe voyagera dans un bus décoré aux couleurs de 33Entrepreneurs.

La vidéo de présentation de la tournée américaine de 33Entrepreneurs

Deuxième session d'accélération en septembre

Grâce à ces trois canaux, l'accélérateur a récolté 450 candidatures (dont 200 par les concours) lors de sa première session d'accélération. Quatre startups ont été prises. Deux d'entre elles sont françaises, Simpki, à Rennes, Goot, à Paris, tandis que les deux autres viennent d'ailleurs : Wineta est originaire de Talinn, en Estonie, et Winegrid, de Porto. Pour la 2e session, qui débutera en septembre, 1.000 candidatures ont été déposée... pour 8 élues.

Le programme d'une session d'accélération de 3 mois repose sur celui de Techstars, développé à Boulder (Colorado) et met l'accent sur trois thèmes : le produit, le client et le pitch. Ne sont sélectionnées que des startups qui ont déjà un produit ou service bien défini. Un stage commando au camp de Souge en Gironde est organisé sur deux jours afin de renforcer les liens entre les membres de la startup eux-mêmes, et avec l'équipe de l'accélérateur.

Durant toute la phase d'accélération, les startups doivent s'installer à Bordeaux. Elles sont accueillies dans les locaux de 33Entrepreneurs.

33Entrepreneurs concours

33Entrepreneurs sélectionne une partie de ses startups grâce à des concours (crédit : Facebook / 33Entrepreneurs).

Quelle contrepartie ?

33Entrepreneurs fonctionne comme une société de capital-risque, collectant des fonds via des véhicules d'investissement.

"Avec 15.000 € de prise de participation dans les startups, nous sommes parmi les accélérateurs les plus agressifs, affirme Vincent Prêtet. Plus précisément, il s'agit d'options d'achat que nous pouvons transformer plus tard en actions de l'entreprise."

Quel financement ?

Le comité d'investisseurs est composé de 26 membres, parmi lesquels quelques grands noms du vin (la famille Cazes, Jean-Louis Triaud, les Bernard...). Un premier véhicule d'investissement a été créé et est en cours de levée de 2,4 millions d'euros, à collecter d'ici la fin de l'année.

"C'est beaucoup quand on commence mais rien du tout quand on investit, affirme Vincent Prêtet. Un 2e véhicule sera lancé en 2016 avec les investisseurs qui veulent y participer à nouveau, plus de nouveaux arrivants."

Vincent Prêtet cherche un effet de levier en visant un bout de l'enveloppe French Tech de 200 M€ qui sera octroyée par Bpifrance à certains accélérateurs privés. Il ambitionne également d'attirer de grands groupes industriels soucieux de préparer l'avenir.

"Avec Uber et beaucoup d'autres, des pans entiers de l'économie sont en train de valser. L'exemple de Blablacar ou de LaFourchette montre qu'on peut réussir en partant de France à condition de trouver le bon modèle économique. Cette nécessité de rapprocher les grands groupes des startups, certains capitaines d'industrie l'ont intégrée. Nous, nous sommes un tiers de confiance entre les deux."

33Entrepreneurs espère ainsi lever 20 M€ en 2016, et jusqu'à un immense 200 M€ en 2020.

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