Ford accorde un bon point en productivité à Ford Aquitaine Industries

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Gilles Lambersend et Philippe Poutou à la sortie du comité de suivi, pas vraiment convaincus par l'annonce de Ford Europe.
Gilles Lambersend et Philippe Poutou à la sortie du comité de suivi, pas vraiment convaincus par l'annonce de Ford Europe. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Si le comité de suivi consacré hier à Ford Aquitaine Industries a été plutôt positif, les représentants de Ford Europe venus à Bordeaux n’ont fait aucune annonce susceptible de lever le doute quant à l’avenir de cette filiale girondine de Ford.

Un nouveau comité de suivi dédié à Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Bordeaux Métropole), a été organisé ce lundi 23 octobre à la préfecture de la Gironde, à Bordeaux. Spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses automatiques, Ford Aquitaine Industries, qui emploie désormais 900 salariés, est une filiale directe de Ford Europe, dont le siège est à Cologne (Allemagne). Depuis plusieurs mois les syndicats de l'usine, qui fabrique actuellement la boîte de vitesses 6F35 - parmi d'autres activités - s'inquiètent de l'absence de nouveau projet industriel pour assurer l'avenir. La fabrication de la 6F35 pourrait être complétée par la mise en production en parallèle d'une autre boîte de vitesses, la 6F15, ce qui ne constituerait pas pour autant le nouveau projet industriel. C'est de la mise en production de la boîte de vitesses 8FMID dont rêvent aujourd'hui les syndicats.

Le spectre de mai 2018

"C'est une histoire qui n'en finit pas ! Au lieu de dire clairement ce qu'il va faire, le groupe Ford remet à début 2018 l'annonce de sa décision concernant la production à FAI. La nouvelle étude sur la productivité de l'usine est favorable mais nous ne savons toujours pas si Ford va investir pour lancer la production d'une nouvelle boîte de vitesses" se désole Philippe Poutou, délégué CGT et ex-candidat NPA à l'élection présidentielle de 2017, en compagnie de Gilles Lambersend, secrétaire (CGT) du comité d'entreprise de Ford Aquitaine Industries.

Si Philippe Poutou et Gilles Lambersend veulent encore croire au lancement d'un nouveau projet industriel à FAI, c'est bien l'inquiétude qui domine leur analyse. Sachant qu'en mai 2018 l'accord signé en 2013 par Ford Europe avec les pouvoirs publics (services de l'Etat, collectivités territoriales) qui l'ont financièrement aidé arrivera à son terme. Une date butoir au-delà de laquelle les syndicats craignent que Ford se désengage de l'usine et supprime tous les emplois restants. C'est dans ce cadre que se déroulent les comités de suivi de FAI, qui sont coordonnés par le préfet du département de la Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine, Pierre Dartout.

Un comité de suivi à guichet fermé

Hier la conclusion positive de l'étude menée par le groupe Ford sur la productivité de FAI a été annoncée. Le comité de suivi de ce lundi a réuni plusieurs cadres dirigeants de Ford Europe, à commencer par Linda Cash, vice-présidente de Ford Europe en charge la production, c'est-à-dire des usines européennes (mais aussi au Moyen-Orient, en Afrique du Sud...), Kieran Cahill, président de FAI, directeur de la division moteurs et transmissions de Ford Europe, Andrew McCall, vice-président des relations institutionnelles de Ford Europe ou encore Gerd Inden, directeur général de FAI.

Alain Juppé Pierre Dartout

Benoit Simian, Alain Juppé, Pierre Dartout, Isabelle Ferreira, Christine Bost hier à la préfecture (photo Jean-Philippe Déjean)

Les élus étaient également venus au complet, avec Christine Bost, 1ère vice-présidente (PS) du Conseil départemental de la Gironde, Véronique Ferreira, maire (PS) de Blanquefort, Alain Juppé, maire (LR) de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Benoit Simian, député (LREM) de la 5e circonscription et Francis Wilsius, conseiller régional (PRG), ex-agent technique de FAI et figure emblématique (sous les couleurs de la CFTC) du combat mené par les syndicats de l'usine Ford de 2009 à 2011. En plus de la CGT, la CFTC, représentée par Jean-Luc Gassies, était présente, ainsi que FO et la CFE-CGC.

Encore de vraies incertitudes

Faire dire au groupe Ford s'il va finalement lancer un nouveau projet industriel qui sauvera l'usine ou au contraire opter pour sa fermeture, c'est un peu comme essayer d'attraper la queue de Mickey quand on pense qu'on est trop petit pour y arriver. On sait que ce ne sera pas facile mais il n'est pas question de ne pas essayer.

Linda Cash Ford Europe

Linda Cash (FMC)

"Vous savez, Ford Motor Company est un grand groupe international où les décisions ne sont prises qu'après avoir été soigneusement soupesées. L'étude commandée par le groupe pour évaluer la productivité de Ford Aquitaine Industries, dont les résultats ont été présentés lors de ce comité de suivi, est positive. Le retard a été rattrapé. Mais il ne faut pas perdre de vue que le marché automobile évolue de plus en plus vite, avec des changements de cycles brutaux. Sans parler du diesel, c'est désormais le marché des petites voitures à essence - segment qui intéresse notre production - qui évolue très vite" commente un fin connaisseur du dossier.

En plus clair, c'est bien de la volatilité du marché automobile qu'il s'agit. Soit une autre note d'incertitude dans un dossier déjà compliqué. D'autant que le calendrier va à lui seul générer un vrai suspense.

Probablement rien avant février ou mars

"Les résultats de l'étude sur le lancement d'un nouveau projet industriel seront livrés en fin d'année à l'état-major de Ford pour être étudiés et évalués au cours du premier trimestre 2018. L'état-major de Ford attend de ses cadres qu'ils suivent bien les procédures, qu'ils ne s'engagent qu'une fois que les diverses strates de responsabilité se soient exprimées. Le local a un impact sur le global. On parle de janvier, mais vous savez c'est la période des vœux, à la préfecture de la Gironde comme à Ford, à Bordeaux comme à Détroit... » poursuit la même source proche du dossier.

Avec un calendrier décisionnel apparemment conçu pour pouvoir être étiré jusqu'à mars 2018, les syndicats risquent d'être vent debout. Le préfet Pierre Dartout a de son côté jugé le comité de suivi de ce lundi satisfaisant.

"Nous avons eu un dialogue fécond. Tout d'abord l'usine Ford Aquitaine Industries est jugée compétitive, les efforts faits par les salariés ont porté leurs fruits. Ensuite les représentants de Ford ont expliqué que la volatilité du marché obligeait à la flexibilité. Et puis la possibilité de produire en parallèle les boîtes de vitesses 6F35 et 6F15 a été confirmée. Nous sommes vigilants sur la quantité de travail offerte" a éclairé Pierre Dartout.

Loïc Prud'homme France Insoumise

Loïc Prud'homme, député France Insoumise de la 3e circonscription de Gironde, est également venu devant la préfecture (photo Jean-Philippe Déjean)

127 M$ d'investissement dans le collimateur

Le préfet de la Gironde a ensuite ajouté que la recherche de nouveaux produits à fabriquer par FAI restait à l'ordre du jour et que des groupes de travail planchaient sur le sujet. Tant sur la diversification que sur la faisabilité de la mise en production de la nouvelle boîte de vitesses 8FMID.

"Une première étude positive a été faite à ce sujet. Nous attendons désormais le résultat d'une deuxième étude plus approfondie que va réaliser Ford et qui sera présentée lors du comité de suivi organisé en janvier prochain" a annoncé le préfet Pierre Dartout.

En tout état de cause, pour importante qu'elle soit, il semble bien que cette deuxième étude ne préjuge pas de la décision que prendra in fine le groupe Ford. Alain Juppé a rappelé pour sa part que le dossier de FAI, avec ses 900 emplois, était très important pour la Métropole, soulignant avec plaisir que les salariés de FAI avaient réussi à faire grimper leur indice de productivité de +8 % alors qu'il leur suffisait de +7 % pour rattraper le standard de Ford. Christine Bost s'est félicité que les représentants de Ford Europe aient évoqué un investissement de 127 M$ dans le cas où la mise en production de la nouvelle boîte de vitesses serait validée. La fabrication de moteurs de voitures électriques reste une piste de diversification étudiée, sachant que les véhicules propulsés à l'électricité n'ont pas de boîte de vitesses, a confirmé Francis Wilsius.

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