Le nautisme néo-aquitain efface le traumatisme de 2008 (2/2)

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Le White Ocean du chantier Dubourdieu, dessiné avec les stylistes de Courrèges.
Le "White Ocean" du chantier Dubourdieu, dessiné avec les stylistes de Courrèges. (Crédits : Dubourdieu)
Le choc de la crise financière de 2008 a été plus fortement ressenti par les nombreuses PME de la filière nautique néo-aquitaine, à l’instar des chantiers Dubourdieu, à Arcachon, et Rhéa Marine à La Rochelle. Après les géants du marché, ce deuxième épisode de notre dossier est consacré aux petites et moyennes entreprises.

C'est en septembre 2000 qu'Emmanuel Martin reprend avec son épouse Béatrice le chantier naval Dubourdieu, à Gujan-Mestras, constructeur emblématique de pinasses de plaisance. Ces monocoques à fond plat qui étaient autrefois des barques sont devenus des bateaux haut de gamme typiques du bassin d'Arcachon. La crise de 2008 ne va pas frapper Dubourdieu directement.

"L'impact a été décalé car nous passons par des concessionnaires. Puis l'activité a connu un arrêt net. En 2010 plus rien, juste deux 10 mètres en chantier. Le chiffre d'affaires a chuté de 40 %. J'ai compensé avec le refit (restauration de bateaux - NDLR) et les bateaux professionnels" revisite Emmanuel Martin.

Lire aussi : Le nautisme néo-aquitain efface son traumatisme de 2008 (1/2)

Le patron du chantier naval Dubourdieu va pouvoir tirer parti d'une offre de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) pour la construction des deux premiers catamarans du service de transport en commun fluvial de la CUB.

"J'ai réussi à construire deux Batcub et un bateau de croisière pour des balades sur le bassin. Sans ces contrats je ne sais pas ce que l'on aurait fait pendant la période 2010-2013" souligne Emmanuel Martin.

Désormais Dubourdieu vend plus cher

En 2013 le chantier d'Arcachon réussit toutefois à ouvrir une représentation à Cannes pour se créer de nouveaux débouchés et sortir du bassin d'Arcachon.

Dubourdieu

Emmanuel Martin, dirigeant du chantier Dubourdieu (crédit photo Dubourdieu)

"Depuis la crise de 2008 Dubourdieu a perdu des volumes dans la plaisance. Nous faisons moins de bateaux mais plus haut de gamme" recadre Emmanuel Martin, qui annonce un chiffre d'affaires moyen de 2 M€ hors taxes. "En plus de la construction il y a le refit, l'hivernage, où nous nous occupons de 100 bateaux dans un hangar de 800 m2 à double peau. Nous faisons aussi de la location de bateaux avec skipper et de la vente d'occasion" expose le dirigeant.

"Nous ne fabriquons plus que quatre bateaux par an, mais leur taille a augmenté, tandis que les options de finitions se sont multipliées. Mes derniers bateaux ont été vendus à 500.000 € l'unité" éclaire Emmanuel Martin.

Décidé à innover, Emmanuel Martin a lancé un modèle dessiné par les stylistes de Courrèges.

"Baptisé White Ocean, ce bateau, qui reprend le code couleur de Courrèges, a fait un gros buzz. Nous avons aussi créé un nouveau modèle, le Picnic Sport, où l'on retrouve le coup de crayon de Dubourdieu mais qui n'est pas une pinasse" précise le constructeur.

Labellisé Entreprise vivante du patrimoine (EPV), le chantier Dubourdieu fait valoir qu'il est à fond sur le "made in France".

Rhéa fabrique après avoir vendu

Rhéa Marine, à La Rochelle, construit des bateaux de plaisance pour la pêche et la promenade, de puissantes vedettes de 6,5 à 10 mètres.

"Nous ne fabriquons les bateaux que quand ils ont été vendus. Ce sont de beaux objets 30 à 40 % plus chers que les équivalents faits pour les marchés de masse" distingue Alex Pinet, directeur général de ce chantier naval. Des bateaux vendus autour de 180.000 € pièce.

Rhéa Marine

Le 750 Open, de Rhéa Marine (crédit photo Rhéa Marine)

Ne pas fabriquer avant d'avoir vendu n'a pas suffi à Rhéa pour faire face au tsunami financier de 2008.

"Notre chiffre d'affaires a plongé de 50 % quasiment du jour au lendemain. Le bateau, c'est ce que l'on s'offre quand on a déjà tout. Avec le port, l'entretien, les assurances, etc., ça coûte bien au-delà du prix du bateau. En 2008 les clients potentiels ont gelé leurs projets" diagnostique Alex Pinet.

Le DG situe le chiffre d'affaires de sa PME, qui emploie 25 salariés, autour de 4,5 M€ et souligne que Rhéa, repris en 2012 par le groupe nantais DLJ, n'a renoué avec la croissance qu'à partir de 2013. Rhéa écoule 35 % de sa production à l'export, pour une croissance de près de +3 % par an. Prochain objectif d'Alex Pinet : lancer une vedette de 12 mètres. Pour les 20 ans du chantier, en avril dernier, le dirigeant a proposé à sa clientèle une série vintage, "ça a reboosté l'image de Rhéa" observe-t-il. Ancien directeur commercial du chantier, Alex Pinet est bien décidé à développer le grand export, orienté vers l'Amérique du Nord et l'Asie, filant dans le sillage des leaders de la plaisance.

Nautisme : une filière entre Arcachon, Bordeaux et La Rochelle

Le nautisme de plaisance, qui consolide les métiers de la construction navale, de la conception à l'armement, se concentre en Nouvelle-Aquitaine dans le bassin d'Arcachon et Bordeaux, en Gironde, et La Rochelle, en Charente-Maritime. Cette filière totalise 800 entreprises (400 dans chaque département), compte 6.300 emplois, dont 3.400 en Charente-Maritime et 2.900 en Gironde, pour un chiffre d'affaires consolidé de 760 M€. Cette filière régionale est avantagée par la tenue à La Rochelle du Grand Pavois, plus grand salon nautique de la façade atlantique.

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