Epsilon Composite recrute 90 salariés et négocie l'ouverture de son capital

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Epsilon Composite fabrique 20.000 rouleaux techniques par an, activité qui génère la moitié du chiffre d'affaires.
Epsilon Composite fabrique 20.000 rouleaux techniques par an, activité qui génère la moitié du chiffre d'affaires. (Crédits : Agence Appa)
Epsilon Composite, à Gaillan-en-Médoc (Gironde), prévoit de recruter 90 salariés d’ici à 2020 dont 35 cette année. La PME, un des leaders internationaux dans la production de pièces industrielles en matériaux composites, va investir entre 10 et 20 M€ et réaliser une augmentation de capital de près de 8 M€. Epsilon Composite est en pleine mue.

De 185 fin décembre à 220 fin 2017 : le nombre de salariés d'Epsilon Composite, près de Lesparre, devrait progresser de 35 personnes. Plus qu'une hypothèse c'est ce qui est prévu. Mais la croissance de la PME, créée en 1987 et désormais un  leader dans la production de pièces industrielles en matériaux composites, qui est encore un marché émergent et donc de niche, s'accélère à une telle vitesse qu'il n'est pas impossible que cette prévision soit dépassée.

"Nous étions 135 en 2014 et les recrutements se font en continu. Au total nous allons embaucher 90 salariés d'ici à 2020. Le chiffre d'affaires d'Epsilon Composite, qui était d'un peu moins de 20 M€ l'an dernier devrait doubler d'ici 2018 : peut-être même d'ici fin 2017...", résume Stéphane Lull, PDG fondateur d'Epsilon Composite.

Pour être bien compris, le dirigeant précise "nous sommes à 90 % médocains : ceux qui viennent travailler ici doivent vivre ici, nous on prend les gens pour la vie : nous avons des salariés qui viennent d'ailleurs en France, de Bretagne ou du Languedoc, mais j'ai peu de Bordelais... ".

La mobilisation des capitaux

Entre les longues plages à l'ouest, les vignobles et le monde de l'estuaire plus à l'est, le Médoc ne manque pas de charmes et Stéphane Lull accepte jusqu'à 45 minutes de trajet domicile-travail pour ses salariés, ce qui depuis Gaillan mène jusqu'à la partie nord de Bordeaux Métropole. Il faut savoir aussi qu'à Epsilon Composite il est attendu des ouvriers qu'ils aient de bonnes bases en anglais.

Le PDG est en train de prendre un virage qui doit catapulter sa PME au rang d'entreprise de taille intermédiaire (ETI) dans les trois prochaines années. Il prévoit ainsi d'investir de 10 M€ à 20 M€ entre 2017 et 2020 et envisage d'ouvrir le capital de son entreprise, pour un montant compris entre 5 et 8 M€, soit "une petite ouverture de capital, qui est en cours de négociation avec les institutionnels, en particulier avec la Région" dévoile le patron d'Epsilon Composite. Le site de 13.500 m2 d'Epsilon Composite est en train de s'étendre à grande vitesse.

Décollage du secteur énergie

L'avant-dernier secteur d'activité dans lequel s'est lancé la PME, celui de l'énergie, monte désormais en puissance. Avec en particulier la fabrication d'ombilicaux en fibre de carbone pour les plateformes pétrolières flottantes qui pompent le pétrole à très grande profondeur dans l'océan, mais aussi des câbles d'ascenseurs permettant des montées à grande vitesse dans les tours les plus hautes du monde, ou de très grandes pales pour les éoliennes.

"Avant nous avions des chantiers à traiter et là nous passons à une activité continue. C'est pourquoi nous allons construire sur notre site une nouvelle usine de 5.000 à 6.000 m2 dédiée à cette activité, moyennant 3,5 M€ d'investissement, sur les 10 à 20 M€ qui doivent être débloqués", détaille Stéphane Lull.

La croissance attendue est énorme puisque cette usine va fonctionner sept jours sur sept. L'entreprise, qui est un des plus grands consommateurs de fibres de carbone au monde, avec 300 tonnes par an, aura d'ici à 2018 la capacité d'en traiter 3.000 tonnes grâce à cette nouvelle usine dédiée au secteur de l'énergie.

Stéphane Lull

Stéphane Lull, PDG d'Epsilon Composite (Agence Appa).

L'accord-cadre signé avec Airbus

Jusqu'à présent Epsilon Composite réalisait 50 % de son activité avec la fabrication de rouleaux techniques. Que leur diamètre soit petit, moyen ou grand, ces rouleaux en fibre de carbone ont des performances mécaniques supérieures à celles de l'acier et de l'aluminium équipent en particulier les rotatives dans les industries liées à l'impression de papier, de films plastiques, etc. Epsilon Composite en produit 20.000 par an. L'activité historique de l'entreprise, la production par pultrusion de profilés en matériaux composites, des produits semi-finis, reste intensive avec un outil industriel qui fonctionne six jours sur sept 24 heures sur 24, pour des petites et moyennes séries.

Après une demi-douzaine d'années d'efforts en recherche et développement Epsilon Composite est entré il y a quelques semaines dans son quatrième domaine d'activité stratégique : l'aéronautique. Une extension de savoir-faire entérinée par la signature d'un accord cadre de la PME avec Airbus.

"Cet accord va régir toutes nos relations avec les filiales d'Airbus, partout dans le monde. Mais nous n'avons pas encore achevé tout notre circuit d'accréditation. Pour arriver au bout nous allons devoir encore investir 1 M€. Pour y arriver nous avons investi 5,5 M€ en R&D entre 2010 et 2014", rembobine Stéphane Lull.

Alain Rousset, l'homme de la situation

Ce marché ouvre pour la PME une très lourde porte avec à la clé un marché de 10.000 bielles par an. Ce qui explique que l'entreprise investisse cette année 1 M€ dans la construction d'un nouvel atelier dédié à l'aéronautique.

Epsilon Composite a été soutenue dans cet investissement à hauteur de plus de 30 % par la Région qui est un soutien précieux et un partenaire pour la PME. Et Stéphane Lull tient à souligner à quel point les interventions du patron de la Région sont judicieuses.

Epsilon Composite négocie une augmentation de capital incluant la Région mais s'implique aussi dans la formation. Un secteur cher à Stéphane Lull mais aussi au président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset. Le patron d'Epsilon Composite étant, comme beaucoup d'autres, toujours à la recherche de jeunes ayant les  formations adéquates.

"Chez nous les tourneurs-ajusteurs sont des divas"

"Nous avons 2 formateurs et 6 tuteurs dans l'entreprise pour 15 apprentis dont 12 viennent du lycée professionnel de Pauillac et qui sont formés comme pilote de ligne de production, ce qui se rapproche le plus de ce que l'on recherche", éclaire dans un sourire un peu narquois Stéphane Lull, qui n'en revient toujours pas que l'Education nationale n'ait pas compris que ce secteur, qui emploie désormais plus de 1.000 salariés dans la presqu'ile du Médoc, n'ait pas encore entrainé la création de formations professionnelles adaptées.

Cette recherche d'une meilleure fluidité des formations avec les besoins des entreprises ne turlupine pas que les chefs d'entreprise. C'est aussi une des obsessions d'Alain Rousset, qui a depuis des années convaincu une majorité de chefs d'entreprise aquitains qu'il croyait vraiment au développement économique et à l'innovation.

"Nous travaillons avec le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine à la création d'un centre de formation dédié aux métiers de la fibre de carbone car nous avons beaucoup de mal à recruter. Nous sommes sous contrat avec la Région. L'industrie française à quasiment été anéantie par des années de mauvais choix politiques. Chez nous les tourneurs-ajusteurs sont des divas. Nous fabriquons des pièces avec une précision qui va du centième de millimètre au micron. Nos tourneurs-ajusteurs fabriquent la plupart du temps des pièces qui valent entre 5.000 et 50.000 euros l'unité alors oui on les ménage. Notre force c'est de produire 100 % de pièces conformes : les Japonais et les Allemands ne font pas mieux que nous et nos concurrents chinois ont 30 % de déchets", décortique avec satisfaction Stéphane Lull.

La reconnaissance de Mitsubishi

Si les tourneurs-ajusteurs d'Epsilon Composite ne subissent pas de pression excessive, l'entreprise ne s'est pas hissée sur le marché international en fabriquant au compte goutte.

"On ne fait pas dans la peccadille nous, c'est du lourd" confirme le dirigeant, qui se voit en numéro un mondial de la fabrication de pièces industrielles en matériaux composites. "Vous savez, les Allemands nous voient comme nous on voit les Italiens, c'est-à-dire les habitant d'un pays très touristique... Bien sûr c'est une grosse erreur puisque l'Italie est un des pays les plus industriels d'Europe, avec l'Allemagne. Ce qui n'est pas le cas de la France", tranche le PDG.

"On m'avait dit que je ne pourrais pas m'implanter au Japon, que ça allait me coûter une fortune. Entièrement faux. Non seulement nous avons quatre personnes là-bas mais Mitsubishi, industriel et géant des matériaux composites, nous fournit en matière première, achète ensuite notre production", se réjouit Stéphane Lull, qui n'a ouvert aucun atelier à l'étranger tout en étant présent en Asie, en Amérique du nord et dans le reste de l'Europe.

"Nous vendons 90 % de notre production à l'étranger parce que nous fournissons des industriels et qu'il n'y en a plus beaucoup ici. Si jamais la France s'amusait à sortir de l'euro, de l'Europe, à fermer ses frontières, alors nous serions morts", martèle ce patron qui se définit comme un pionnier, un aventurier, parce qu'il revendique sa culture pied noir, en tant qu'enfant d'une famille rapatriée d'Algérie.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2017 à 22:39 :
Très heureux de savoir qu'une entreprise installé dans le médoc se développe à grand pas.
Pour ma par je travail depuis 31ans dans le secteur de la créativité d'emballage dans le g
rand sud ouest avec sept point de vente et un siège à peujard.
Je sais comme combien ça fait du bien en retour de savoir que notre entreprise se porte bien :une fierté.
Félicitations au dirigeant.

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