Ford Aquitaine Industries fixée sur sa production fin mai ?

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Les salariés de Ford Aquitaine Industries (ici pendant la manifestation du 20 mars) veulent être sûr que la production de l'usine soit suffisante pour assurer l'avenir.
Les salariés de Ford Aquitaine Industries (ici pendant la manifestation du 20 mars) veulent être sûr que la production de l'usine soit suffisante pour assurer l'avenir. (Crédits : J. Philippe Déjean)
L’avenir de Ford Aquitaine Industries, filiale girondine de Ford Europe, nourrit de sérieuses inquiétudes chez ses salariés. Le comité de suivi organisé hier lundi a débouché sur la création de deux groupes de travail.

La réunion à la préfecture de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine du comité de suivi consacré à l'avenir de Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde), hier lundi 20 mars, s'est jouée à guichets fermés. Le moins que l'on puisse dire c'est que cette réunion n'a pas été prise à la légère (1). Dans le compte rendu de ce comité de suivi le préfet Pierre Dartout confirme que "les pouvoirs publics ont rappelé leur attachement à la pérennité de l'entreprise, qui passe par la recherche de solutions à court et moyen terme, ainsi que leur vigilance quant au maintien de l'emploi sur le site".

Les syndicats reprochent à Ford Europe de ne pas maintenir 1.000 emplois à FAI comme le constructeur automobile s'y était engagé auprès des élus et des services de l'Etat dans la convention signée en 2013 et valable jusqu'à 2018. Ford a déjà fait savoir que ce chiffre était un objectif à atteindre, les contraintes du marché étant déterminantes. Il n'en reste pas moins qu'une bataille de chiffres est toujours en cours. Tandis que les syndicats estiment que l'effectif a reculé à 930 salariés dans l'usine, un autre type de calcul est proposé côté management à Ford.

Un processus décisionnel complexe

"En février 2017 on comptait à Ford Aquitaine Industries 995 emplois à durée indéterminée, 23 intérimaires, plus des apprentis, soit 1.018 personnes sur place. Mais il est vrai que les calculs sont compliqués et que les 930 salariés cités par les syndicats correspondent au personnel mis à la production", décortique-t-on ainsi du côté du staff.

Le maintien de l'effectif de FAI est tout naturellement lié à la poursuite d'une activité industrielle dans l'usine mais les syndicats ont désormais la quasi-conviction que Ford cherche à fermer cette dernière. Le constructeur automobile dément avec régularité cette crainte des salariés, et renvoie au processus de mise en œuvre de son propre calendrier, qui peut paraître long.

"Deux fois par an Ford réajuste sa stratégie par rapport au marché mondial. Au travers d'une étude fouillée qui va du prix du carburant aux nouveaux usages qui se développent autour de la voiture. Ce qui fait que l'élaboration de nouveaux produits suit un processus assez long et complexe", éclaire-t-on chez Ford.

6F35 et 6F15 : des productions menacées ?

Ce qui est en jeu c'est la possibilité officiellement mise à l'étude par Ford Europe de fabriquer simultanément à FAI les boîtes de vitesses 6F35, qui représentent aujourd'hui un volant important de l'activité, et les 6F15, nouveau modèle qui n'a pas encore été adopté. Dans le détail ce schéma a du mal à convaincre l'intersyndicale CFTC, CGT, FO, CFE-CGC, qui estime que "de nouveaux faits sont venus accroître ces inquiétudes" et parmi ceux-ci l'annonce d'une production "de seulement 107.000 boîtes 6F35 en 2017 (contre 140.000 annoncées en mai 2016)... et surtout des prévisions pour la 6F15 de seulement 103.000 boîtes en 2021, très loin de notre capacité de production de 160.000 boîtes".

L'intersyndicale assure par ailleurs avoir "eu connaissance de prévisions Ford encore plus basses pour notre future production de la 6F15 à l'horizon 2021". D'où une inquiétude plus que diffuse puisque "les ventes de véhicules Ford équipés de transmissions automatiques sur le marché européen seraient (dans le même temps, NDLR) en forte croissance, montrant que notre usine ne fournirait qu'une partie très faible (12 %) des transmissions automatiques vendues en Europe (l'essentiel provenant des usines américaines et mexicaines, y compris l'actuelle 6F35 qui continuerait d'équiper certains modèles Ford)".

L'option régionale est électrique

Pour Ford il s'agit-là de conjectures et pas vraiment d'informations puisque "l'étude sur l'industrialisation de la 6F15 et le prolongement de la production de la 6F35 à FAI ne sera pas connue avant la fin du mois de mai". La situation sur l'avenir de Ford Aquitaine Industries est dans l'immédiat assez floue et les inquiétudes des salariés assez vives pour que le préfet Pierre Dartout se soit décidé à changer de méthode. "A l'issue de ce comité de suivi, plusieurs interrogations n'ont pas pu être levées et ont conduit d'un commun accord à la nécessité de mettre en place deux groupes de travail", confirme-t-on ainsi à la préfecture. Deux groupes qui auront des taches très différentes à réaliser.

"Un premier groupe de travail visera à rechercher des pistes d'améliorations de la compétitivité du site en vue de l'obtention de nouveaux produits. Un second groupe de travail abordera la diversification de l'usine vers l'électrification des véhicules. Les activités de plusieurs entreprises implantées dans la région et spécialisées dans ce domaine ont été présentées à Ford Europe", dévoile la préfecture.

Cette stratégie est confirmée du côté de Ford, où l'on précise qu'elle va demander du temps. Le constructeur dispose en Allemagne d'un centre en recherche et développement spécialisé dans les véhicules électriques, situé à Aix-la-Chapelle, à la frontière belge. "Ces spécialistes de Ford ne connaissent pas le tissu régional néo-aquitain en matière de recherche et développement sur la mobilité électrique. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine est de son côté très impliqué dans cette filière et le deuxième groupe de travail a été créé à la demande de la Région", explique-t-on chez le constructeur automobile. Le prochain comité de suivi consacré à FAI devrait être organisé dans la deuxième quinzaine de juin, à l'issue de l'élection présidentielle, qui contraint les fonctionnaires à une obligation de réserve.

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  • (1) Les participants au comité de suivi

Parmi les représentants de Ford Europe citons notamment Linda Cash, vice-présidente en charge de la production, Andrew McCall, vice-président en charge des relations institutionnelles, Steve Evison, directeur des relations sociales, Karin Cahill, directeur de la division moteurs et transmissions du groupe Ford Europe, président de Ford Aquitaine Industries, et Gerd Inden, directeur général de Ford Aquitaine Industries. Tous les élus impliqués dans ce dossier étaient présents : Alain Juppé, maire (LR) de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Virginie Calmels, adjointe (LR) au maire de Bordeaux, vice-présidente de Bordeaux Métropole, Pascale Got, députée (PS) de la Gironde, Christine Bost, maire (PS) d'Eysines, vice-présidente de Bordeaux Métropole et 1re vice-présidente du Conseil départemental de la Gironde, Véronique Ferreira, maire (PS) de Blanquefort, et Francis Wilsius, conseiller régional (PRG), ex-ouvrier de Ford Aquitaine Industries, représentant Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. Etaient également présents les représentants des organisations syndicales de FAI, dont le candidat à la présidentielle Philippe Poutou (CGT).

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Commentaires
a écrit le 21/03/2017 à 16:47 :
Le problème majeur c'est qu'un candidat à la présidentielle honnête travaille chez Ford à Bordeaux les médias ne vont donc pas s'intéresser au phénomène, des gens pourraient s'apercevoir qu'il travaille réellement comme eux que ce n'est pas une baudruche à l'unique service des banquiers et des marchés financiers. Un gars du réel quoi le truc inimaginable quand on vient de se taper un débat aliénant à souhait.

Bon courage aux salariés même si cela ne devrait pas être facile.

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