Ford Europe va-t-il jouer le jeu avec Ford Aquitaine Industries ?

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Les salariés de FAI ont déjà démontré que leur fort attachement à l'usine intégrait aussi le logo du groupe automobile américain.
Les salariés de FAI ont déjà démontré que leur fort attachement à l'usine intégrait aussi le logo du groupe automobile américain. (Crédits : © Carlos Jasso / Reuters)
Ce mois de février pourrait marquer un nouveau virage historique pour Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde). Et le groupe Ford Europe dévoiler les projets qu'il a ou pas pour sa filiale girondine. En attendant, les salariés, qui estiment l’usine condamnée, sonnent le tocsin.

Le lundi 20 février Christophe Sirugue, secrétaire d'Etat à l'industrie, va recevoir à Bercy deux représentants de Ford Europe venus de Cologne, où se trouve le siège de cette filiale européenne de la firme de Détroit (Michigan). La Tribune est en mesure d'annoncer que ces représentants devraient être Linda Cash, vice-présidente de la filiale européenne de Ford en charge de l'ensemble de la production, et Andrew Mccall, vice-président de Ford Europe en charge des relations avec les collectivités et les gouvernements. Spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses automatiques, FAI, qui emploie 930 salariés, fonctionne sur des activités qui vont bientôt arriver en bout de course tandis que le groupe Ford n'a toujours pas annoncé de nouveau projet industriel pour sa filiale girondine.

Les salariés, qui font pression depuis des mois pour le maintien sur place des 1.000 emplois auquel s'est engagé Ford en 2013, sont convaincus que le constructeur automobile américain veut désormais fermer cette usine. Une inquiétude d'autant plus crédible que les unités de production n'occupent désormais plus qu'un quart de la surface de l'usine... "le reste est dans le noir", illustre Jean-Luc Gassies, salarié de FAI et patron du syndicat CFTC.

Discuter avec les vrais patrons

Le malaise s'est généralisé au point que la CFE-CGC de Ford Aquitaine Industries (FAI), qui a rarement pactisé avec la CGT et la CFTC, les deux confédérations historiquement en pointe dans la défense de l'usine, vient de rejoindre l'intersyndicale qui regroupe désormais CFE-CGC, CFTC, FO et CGT. Comme nous l'avons annoncé précédemment c'est dans ce contexte de plus en plus tendu que Pascale Got, députée PS du Médoc, a posé une question au gouvernement au sujet de l'avenir de FAI et obtenu que le secrétaire d'Etat à l'industrie, Christophe Sirugue, ait un entretien avec deux cadres décisionnaires de Ford Europe.

Alerte parlementaire motivée par le fait que lors du dernier comité de suivi consacré à Ford Aquitaine Industries, organisé à la préfecture à Bordeaux en juillet dernier, en présence de Pierre Dartout, préfet de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, de plusieurs élus et syndicalistes de FAI, aucun des représentants de Ford Europe, qui avaient fait le voyage, n'était en mesure de prendre une décision. Une limitation qui vaut pour Kieran Cahill, président de FAI et directeur des usines d'assemblage de Ford Europe. S'il n'est pas invité chez le secrétaire d'Etat le 20 février c'est que Kieran Cahill n'est pas habilité à prendre de décision stratégique pour la société qu'il préside.

Un comité de suivi le 22 février ?

Le niveau d'alerte concernant Ford est en train de remonter dans toutes les grandes formations politiques du Département, comme à la fin des années 2000, quand Ford, qui employait alors 1.600 salariés à Blanquefort, avait vendu FAI au fonds de retournement allemand HZ Holdings, avec des résultats catastrophiques à la clé. Ainsi Alain Juppé, maire (LR) de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole et Virginie Calmels, sa première adjointe (LR) à la mairie en charge de l'économie et vice-présidente de la Métropole, ont à leur tour tiré sur la sonnette d'alarme la semaine dernière.

Avant la réunion du 20 février à Bercy, le préfet Pierre Dartout organise un premier rendez-vous le jeudi 9 février à la préfecture de Région, à Bordeaux, avec des représentants de Ford Europe, mais aussi des élus et des syndicalistes pour préparer et fixer une date au prochain comité de suivi, qui pourrait avoir lieu le mercredi 22 février. La semaine dernière a également été marquée par le mouvement de grève de 24 heures déclenché à FAI par l'intersyndicale et la manifestation organisée dans ce cadre au centre de Bordeaux lundi 23 janvier.

La peur de voir Ford défendre le bilan

"Ce mouvement de grève a été une très grande réussite, avec 97 à 98 % de salariés mobilisés. Nous avons été reçus par le préfet à midi. L'intersyndicale de Ford Aquitaine veut obtenir des engagements du groupe Ford et elle a des soutiens à l'extérieur, comme à Sodexo. La maîtrise et les cadres ont pris conscience de la situation, mais nul ne peut dire ce qui va se passer", prévient Jean-Luc Gassies.

L'inquiétude de ce syndicaliste chevronné de la CFTC est d'autant plus convaincante qu'à FAI la Confédération française des travailleurs chrétiens qu'il représente a toujours été en pointe, au côté de la CGT, dans le combat mené à la fin des années 2000. Si Ford France n'est pas la maison mère de Ford Aquitaine c'est désormais à Paris que se joue la communication de FAI, et Patrick Devanlay, directeur de la communication et des relations extérieures de Ford France, a annoncé début janvier à La Tribune que le lancement d'une nouvelle production structurante à FAI serait tranchée avant l'été 2017. Tout en soulignant que la feuille de route arrêtée lors de la dernière réunion du comité de suivi, en juillet 2016, était parfaitement respectée par Ford Europe. Cette annonce d'une décision avant l'été a surpris et même inquiété à Ford Aquitaine Industries.

"Nous savons ce qui pourrait arriver de pire. C'est que le 9 ou le 20 février les représentants de Ford Europe disent que le plan actuel appliqué par le groupe à Blanquefort est parfaitement robuste et qu'il n'est pas question de bouger d'un iota sur ce dossier. Dans ce cas tout deviendrai très compliqué", redoute Jean-Luc Gassies.

Pouvoirs publics, élus et syndicats arriveront-ils à faire plier le groupe américain dans le bons sens au sujet de FAI ? Rien n'est moins sûr. Le nationalisme économique revendiqué du nouveau président des Etats-Unis pourrait peser.

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Commentaires
a écrit le 31/01/2017 à 16:03 :
Il est permis de se demander pourquoi le groupe américain n'est pas plus clair avec sa filiale française...

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