Ford Aquitaine Industries : destination danger

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Ford Aquitaine Industries à Blanquefort
Ford Aquitaine Industries à Blanquefort (Crédits : Pascal Rabiller)
L’intersyndicale de Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde), tire la sonnette d’alarme auprès des services de l’Etat et des élus. Pour elle aucun doute : FAI est condamné. De son côté Ford France annonce une décision stratégique à FAI avant cet été.

L'inquiétude des salariés de Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde), filiale de Ford Europe spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses automatiques, est en hausse continue. Elle n'a plus tendue vers zéro depuis la reprise en 2011 par Ford de sa filiale girondine que le constructeur automobile avait cédée en 2009 au fonds de retournement allemand HZ Holding.

Le retour de FAI dans le giron du groupe automobile et la réapparition du logo Ford à la porte de l'usine, qui étaient des revendications portées en particulier par la CGT et la CFTC, ont alors apaisé les tensions. Tout comme l'engagement du groupe de maintenir 1.000 emplois dans l'usine. Un engagement pris en 2013 par Ford devant des élus et représentants de l'Etat financièrement engagés dans le soutien à FAI. Depuis 2013 le maintien des 1.000 emplois (l'effectif dépasse aujourd'hui les 900 salariés) a fait couler beaucoup d'encre et la direction de Ford Aquitaine Industries a eu l'occasion de souligner à plusieurs reprises qu'il serait d'abord lié à la bonne santé du marché automobile.

L'avenir de l'usine dans la balance

C'est cette préoccupation sur l'effectif qui vient d'être dépassée par les salariés de FAI, sans disparaître pour autant. La réunion du comité d'entreprise (CE) extraordinaire, qui a eu lieu hier mardi 10 janvier à FAI, à la suite du comité d'entreprise ordinaire du 7 décembre 2016, témoigne de l'importance du virage.

"L'ensemble des représentant des salariés siégeant au CE (ouvriers, maîtrise, cadres) a fait part de sa très forte inquiétude concernant l'avenir de l'usine Ford Aquitaine Industries. Le directeur de Ford Aquitaine Industries, M. Gerd Inden, était présent et accompagné du directeur des ressources humaines. M. Inden a indiqué n'avoir aucune information. Il n'a pas contredit que les volumes hypothétiques de transmissions 6F15, que FAI pourrait avoir à produire, seraient largement inférieurs à ceux annoncés par Ford Europe. Ce qui remettrait en cause la prétendue robustesse du plan produit destiné à FAI" souligne la CFTC.

Alerter l'Etat et les élus

Dans un courrier envoyé le 4 janvier par l'intersyndicale CFE-CGC, CFTC, FO, CGT au préfet Pierre Dartout, aux présidents (PS) du Conseil départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, aux élues socialistes Christine Bost, conseillère départementale, et Pascale Got, députée de la Gironde, mais aussi au maire (LR) de Bordeaux, Alain Juppé, et à l'édile (PS) de Blanquefort, Véronique Ferreira, les représentants des salariés tirent la sonnette d'alarme pour "alerter aussi sur les grandes difficultés que rencontre actuellement notre usine, et surtout à propos de la très forte probabilité de fermeture du site à l'horizon 2018, voire avant ! En effet, les annonces récentes faites au comité d'entreprise du 7 décembre 2016 démontrent que les projections de productions pour 2017 sont loin des engagements partagés avec les pouvoirs publics en juillet 2016 (date du dernier comité de suivi de l'entreprise organisé par la préfecture, ndlr)", entame l'intersyndicale.

Chute de la 6F35

Avant de poursuivre sur un tempo non moins stressant. "Ainsi, la production de la transmission 6F35 devait s'établir à 140.000 unités par an, aujourd'hui il ne nous est annoncé qu'un volume estimé de 107.000 par an. Toutes nos productions sont actuellement en baisse majeure par rapport aux prévisions annoncées en juillet 2016. Encore plus alarmant, souligne l'intersyndicale, est le fait que depuis juillet 2016, l'avenir du site est passé d'un certain espoir de continuité à une fermeture quasi certaine", s'émeuvent les syndicats.

Quand fin 2016 les syndicats s'inquiétaient de changements d'affectation dans les postes de travail, la direction concluait à de simples redéploiements dictés par l'évolution de la production. Concernant l'avenir de FAI Fabrice Devanlay, directeur de la communication et des relations extérieures de Ford France, qui s'occupe désormais de Ford Aquitaine Industries, défend le bilan. Selon lui la feuille de route contractualisée en 2013 par Ford, qui est applicable jusqu'en 2018, est bien respectée.

Production : décision avant l'été

"La situation a été expliquée lors du comité de suivi de Ford Aquitaine Industries organisé à la préfecture à l'été 2016. L'agenda concernant le lancement d'une production structurante à FAI suit un cycle de validation propre à Ford et fera l'objet d'une prise de décision avant l'été 2017", veut rassurer Fabrice Devanlay.

L'intersyndicale pointe de son côté une série de faits qui démontrent selon elle que la décision de fermer l'usine de FAI a déjà été prise. La production de la prochaine boîte de vitesses, la 6F15, qui doit être lancée d'ici à 2019 en remplacement de la 6F35, ne représenterait ainsi que 50.000 unités par an à Blanquefort, contre 120.000 annoncées. Le reste de la production, qui est estimée à 500.000 unités par an pour l'Europe en 2021, étant assuré par des usines Ford des Etats-Unis et du Mexique. La poursuite après 2019 de la production par FAI du double embrayage DCT pour le compte de l'usine Getrag Ford Transmissions (GFT), serait de son côté compromise. Valeo, concurrent de FAI, ayant développé une extension à 300.000 unités par an "afin de couvrir l'ensemble des besoins de GFT sur cette technologie".

Ce tableau noir se poursuit notamment par la perte du traitement thermique fait par FAI pour le compte de GFT. L'intersyndicale de Ford Aquitaine Industries assure ainsi que le deuxième four dont vient se doter GFT, située à quelques centaines de mètres de FAI, va permettre à cette usine d'être autonome. D'autant que les méthodes de fabrication des pièces de la future transmission MX65, que va produire GFT, permettront à terme, selon l'intersyndicale, à Getrag Ford Transmission de ne plus avoir recours à FAI. Les représentants du personnel sont bien décidés à se faire entendre et des actions intersyndicales sont au programme. Le préfet va devoir se mettre rapidement à la manœuvre s'il veut réunir un comité de suivi avant cet été. L'intersyndicale a donné jusqu'au 23 janvier prochain à la direction pour arrêter la date du prochain comité de suivi. Faute de quoi, les syndicats passeront à l'action.

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