Les Girondins de Bordeaux regardent du côté de la Chine

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Stéphane Martin, président du FC Girondins de Bordeaux
Stéphane Martin, président du FC Girondins de Bordeaux (Crédits : Agence Appa)
Le FC Girondins de Bordeaux pourrait rapidement nouer un partenariat autour de la formation avec un club chinois. Son président, Stéphane Martin, se dit également prêt à discuter avec M6, actionnaire majoritaire, d'une ouverture du capital aux supporters, sur le modèle des socios espagnols, sous réserve qu'un projet solide émerge.

Président du FC Girondins de Bordeaux, Stéphane Martin était l'invité du Petit déjeuner de La Tribune Bordeaux, organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine au Village by CA. Voici les principaux points abordés par le dirigeant lors de son interview menée par Jean-Philippe Déjean, journaliste de La Tribune Bordeaux.

Sa reconversion dans le football

Un peu à la surprise générale il faut bien le dire, Stéphane Martin est devenu il y a moins d'un an le président du Football Club des Girondins de Bordeaux. Et par là même, le premier dans l'histoire du club à exercer cette fonction présidentielle en tant que salarié, en succédant à l'emblématique Jean-Louis Triaud. Stéphane Martin a débuté sa carrière professionnelle dans la salle des marchés d'Indosuez, banque d'affaires emblématique passée sous le contrôle du groupe Crédit agricole. Ce trader avait ensuite rallié la banque Santander à Madrid.

"Après 20 ans à avoir fait le même métier, j'avais envie de changer d'univers, explique-t-il. Ma principale passion étant le foot, je me suis dit : autant commencer par ce qui me plait le plus."

Cette tentative de reconversion un peu folle se matérialise par un courrier adressé à Nicolas de Tavernost, patron du groupe M6 qui est l'unique actionnaire des Girondins de Bordeaux. Stéphane Martin jure qu'il n'a alors pas brigué le poste de président. Nommé en juin 2016 au conseil d'administration du club avec une casquette d'indépendant, il devient président quelques mois plus tard.

Une entreprise comme une autre ?

"Le club peut être vu comme deux entreprises", explique Stéphane Martin. D'un côté, le groupe professionnel, dont la masse salariale pèse 60 % des 70 M€ de dépenses annuelles du club, et le staff. La rémunération moyenne brute des joueurs pros tourne autour des 700.000 € par an. Bien loin d'un Neymar donc, pointe Stéphane Martin, évoquant "deux championnats en un" avec les moyens stratosphériques du PSG le plaçant loin devant, et rappelant que "50 % des joueurs de Ligue 1 gagnent, à eux réunis, 10 % du montant total des salaires versés par les clubs".

D'un autre côté, le centre de formation et ses 60 jeunes pensionnaires, qui débutent autour de 600 € par mois à 16 ans et qui atteignent le seuil des 1.000 à 1.200 € par mois à leurs 18 ans. Stéphane Martin le souligne, à peine 10 % de ces jeunes footballeurs deviendront professionnels par la suite. C'est pourquoi le club insiste sur le bagage éducatif, ce qui s'est concrétisé par un 100 % de réussite lors de la dernière session du baccalauréat : "Sur 20, 16 ne seront pas pros. S'ils n'ont pas un minimum de niveau scolaire, c'est les envoyer à l'abattoir", lance Stéphane Martin.

Les ressources

La manne la plus importante provient des droits télé, 35 M€ cette année avec une place de 6e de L1 à l'issue de la dernière saison et un parcours en coupe d'Europe. Le 2e poste de recettes est lié aux matches eux-mêmes, principalement grâce aux "places hospitalité", environ 3.000, quasiment toutes commercialisées. Environ 700 entreprises sont partenaires. "Nous sommes presque à 100 % de l'objectif en sachant que nous nous donnons un peu de marge pour les grosses affiches." La billetterie "classique" ramène 6 M€ par an, abonnements des supporters inclus (au nombre de 10.600). "Les recettes "soir de match" peuvent être très faibles, il n'est pas rare qu'elles n'atteignent que 50.000 € en début de saison", indique Stéphane Martin. Le sponsoring apporte entre 5 et 6 millions d'euros (équipementier, sponsors maillot, affichage au stade...) et les produits dérivés 2 M€.

La pérennité de l'actionnariat M6

Le club affiche un déficit de 10 millions d'euros par an. Rien d'étonnant pour Stéphane Martin, qui évoque le sujet avec, non pas fatalisme, mais au moins lucidité :

"Le football est un sport où peu d'actionnaires se sont d'illusions sur la possibilité de dégager des bénéfices. Nous sommes la seule filiale du groupe qui perd de l'argent, même si on ne nous fixe pas les mêmes contraintes qu'une entreprise classique. L'objectif légitime, c'est de ne plus perdre d'argent."

Quid du serpent de mer de la revente du club par M6 ?

"Nicolas de Tavernost est très attaché au club. Il y a une vraie volonté d'accompagner les Girondins au moins jusqu'en 2020 et la fin de son mandat actuel. Après, il faudra voir s'il repart pour un nouveau mandat ou non. Le football est une activité économique très atypique. Pour le moment il n'y a ni volonté, ni démarches actives pour vendre le club. Et si un jour vente il y a, ce sera uniquement pour permettre aux Girondins de franchir un palier."

Egalement interrogé sur la possibilité de voir des supporters devenir actionnaires sur le modèle des socios en Espagne, Stéphane Martin se montre ouvert sur la question :

"En Espagne, il n'y a que 4 clubs concernés : Osasuna, le FC Barcelone, le Real de Madrid et l'Athletic Bilbao. Cela peut être une bonne idée qui pourrait s'envisager comme une association de supporters type loi 1901 qui détiendrait une partie du capital et des droits de vote. Pour l'instant le sujet est moins d'actualité car l'actionnaire est à 100 % le groupe M6. Mais il peut être intéressant s'il émerge et je me sens capable de porter un tel projet devant l'actionnaire."

Stéphane Martin, président des Girondins de Bordeaux

Stéphane Martin et Jean-Philippe Déjean (photo agence Appa)

Les pistes d'amélioration de la situation financière

Stéphane Martin le dit très clairement : "Nous voulons améliorer les recettes de la billetterie. C'est rageant de ne pas dépasser au Matmut Atlantique la fréquentation que nous enregistrions à Chaban-Delmas." Un sujet étroitement lié à plusieurs points : les résultats sportifs, "donc la capacité à sortir régulièrement de nouveaux joueurs performants", le jeu proposé, mais aussi tout ce qui est imaginé autour du match. Stéphane Martin évoque pêle-mêle les animations proposées sur le parvis, "le fait que nous aurons accès aux adresses IP des smartphones des supporters et que nous pourrons bientôt diffuser des extraits d'autres matches de L1 à l'issue des rencontres", ou encore la nécessité d'étendre la zone de chalandise du club :

"Notre projet est d'attirer au Matmut Atlantique plus de supporters de Nouvelle-Aquitaine. Nous avons par exemple beaucoup de Charentais mais peu d'habitants du Limousin. Nous réfléchissons donc à organiser des bus de supporters, afin de leur faciliter le voyage, et pourquoi pas faire un virage Nouvelle-Aquitaine au stade. Nous allons rencontrer les pouvoirs publics qui peuvent nous soutenir dans les prochaines semaines."

Le président du club espère atteindre les 70 % de remplissage du stade :

"A résultats sportifs équivalents, il nous faudra au moins deux ans. Les spectateurs manquants, il faudra aller les chercher dans la région."

Le président des Girondins souligne également que "d'ici 2 / 3 ans, la renégociation des droits télévisés fera que le gâteau devrait être plus gros à partager".

Le partage du Matmut Atlantique

"Quand on voit qu'à Möchengladbach en Allemagne, le club vend un million d'euros de bières à chaque match... Bien sûr la réglementation est différente en France, mais à côté nous sommes des lilliputiens. Nous ne sommes pas propriétaires du Matmut Atlantique et on n'a pas la prestation puisque c'est un autre. On aurait envie d'aller plus loin mais c'est compliqué quand il y a d'autres acteurs qui interviennent et dont la motivation est plus diluée. Attention, personne n'est de mauvaise volonté et je ne crache pas dans la soupe : on a un stade magnifique que l'on n'a pas payé. Mais la situation fait que l'on va moins vite en termes d'animations autour des matchs que si nous étions propriétaires des lieux."

La Chine

Les clubs chinois ont pendant plusieurs mois réussi à attirer des joueurs réputés en les surpayant. Mais le bilan est mi-figue mi-raisin selon Stéphane Martin :

"Sur place, le compte en banque est bien garni mais la vie n'est pas simple quand même et beaucoup déchantent assez vite. Les grosses fortunes chinoises ont ou acheté des clubs étrangers, ou surpayé des stars dans les clubs locaux. Le gouvernement chinois y a mis fin en durcissant les règles, mais il a aussi lancé un grand plan sur plusieurs années avec pour objectif d'accueillir et de gagner la Coupe du monde en 2030. Nous avons été approchés par plusieurs clubs chinois pour les aider à développer leur formation sur place. Nous sommes en négociations avec l'un d'entre eux, à Guiyang dans la province du Ghizhou, pour une sorte de consulting. Cela peut être intéressant financièrement et être aussi l'occasion pour nos salariés de découvrir leurs méthodes sur place, mais ce serait aussi chronophage. Nous saurons si leur réponse est positive ou négative dans les prochains jours."

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Commentaires
a écrit le 01/11/2017 à 21:12 :
Bonjour,
Je découvre cet excellent article de la Tribune Bordeaux via le site de Girondins 33. Le président Martin signale à plusieurs reprises que le club n'est pas propriétaire du stade Matmut Atlantique et le pouvoir des recettes est donc limité. Pourquoi, en 2045 la ville de Bordeaux va hériter des installations en sachant que la contribution financière des Girondins aura été importante sur la période de 30 ans...
Il serait pertinent de faire le calcul du différenciél de contribution entre la Mairie et le Club de Bordeaux et pourquoi pas entrevoir la possibilité de rachat à l'amiable du titre de propriété du stade.
Qu'en pensez-vous?
André HAMOUR

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