Les avocats en voie de rabibochage avec les legaltechs ?

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De gauche à droite : Françoise Casagrande, vice-bâtonnière de Bordeaux, Jacques Horrenberger, bâtonnier de Bordeaux, Pascal Eydoux, président du Conseil national des barreaux, Raphaël Monroux, bâtonnier de Libourne
De gauche à droite : Françoise Casagrande, vice-bâtonnière de Bordeaux, Jacques Horrenberger, bâtonnier de Bordeaux, Pascal Eydoux, président du Conseil national des barreaux, Raphaël Monroux, bâtonnier de Libourne (Crédits : LT / ML)
Plus de 5.000 avocats sont présents à Bordeaux et Libourne depuis hier et jusqu'à ce soir à l'occasion de la Convention nationale des barreaux. Un événement triennal qui témoigne cette année des deux préoccupations : la profession comprend qu'elle ne peut plus rester à l'écart des "territoires virtuels" du numérique, et se montre vigilante sur l'accès égal à la Justice en tous points du territoire.

Pascal Eydoux évoque joliment des "territoires virtuels" qui, pour beaucoup d'avocats, restent clairement à conquérir. Confrontée à l'émergence des legaltechs, ces startups qui investissent le champ du Droit via des plateformes numériques proposant des prestations dématérialisées à coûts très souvent moindres, la profession a compris qu'elle aurait du mal à rivaliser face à cette tendance numérique de fond. Plutôt que combattre les legaltechs, posture initiale spontanée, le président du Conseil national des barreaux, organisateur de l'événement, appelle désormais à poser les armes et à accompagner le mouvement, puisque des avocats peuvent désormais entrer au capital de ces mêmes startups si elles sont dans leur champ d'activité. "L'enjeu est de déterminer comment la profession peut proposer une nouvelle prestation économique", résume-t-il. Car pour lui la donne est bien claire : l'avocat, en tout cas celui qui a laissé tomber la robe et le palais de justice pour le conseil, "dépend de l'offre qu'il est capable d'offrir. Et aucun cabinet de taille moyenne en France n'est capable d'investir suffisamment dans une offre technologique similaire à ce que proposent les legaltechs. A nous de travailler ensemble pour développer une puissance économique répondant à la demande du marché."

Certes, la défiance n'est jamais bien loin et affleure souvent sous le couvert d'un risque de déshumanisation. Mais l'avocat conseil doit maintenant se positionner sur la valeur ajoutée, affirme Pascal Eydoux.

"Etre un bon avocat, ce n'est pas répondre à une question posée par son interlocuteur, c'est poser soi-même la bonne question, parfois non apparente, pour faire émerger la bonne réponse. La plateforme juridique ne pose pas forcément la bonne question", illustre Françoise Casagrande, vice-bâtonnièrede Bordeaux.

L'un des signes de rabibochage en cours est la création, ces jours-ci, d'un réseau national des incubateurs d'avocats et de startups développés par les Barreaux à Bordeaux, Marseille...

Economie numérique et territoires

Le numérique est l'un des deux points clés abordés à Bordeaux et Libourne durant deux jours, lors de cette Convention nationale qui a attiré plus de 5.000 personnes dont 41 délégations étrangères. L'autre est la question de l'égal accès au Droit en tous points du territoire. Un sujet polémique car les avocats craignent que la réforme de la carte juridique envisagée par la Garde des Sceaux Nicole Belloubet fasse disparaître des cours d'appel. Sur ce point, la ministre de la Justice n'a pas semblé rassurer la profession lors de son discours d'hier à Bordeaux, tentant de rassurer tout en précisant que le numérique permettait de nouvelles opportunités. Une posture de funambule qu'adoptera aussi probablement le Premier ministre Edouard Philippe, ce vendredi soir, lors de sa venue à Bordeaux. "Le justiciable / contribuable a le droit d'exiger que le pouvoir régalien de l'Etat s'exerce à proximité immédiate", assène le bâtonnier de Libourne Raphaël Monroux. Le message est clair.

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