Laurent Solly (Facebook) : "Le digital n'est pas qu'une affaire de startups"

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Laurent Solly, directeur général de Facebook France
Laurent Solly, directeur général de Facebook France (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Directeur général de Facebook France, Laurent Solly est de passage à Bordeaux ce lundi. Pour La Tribune, il fait le point sur l'activité du premier semestre 2017, évoque les facteurs-clés de succès des startups, l'avancement de la transformation digitale des TPE et PME, et accorde un bon point à la dynamique entrepreneuriale bordelaise.

Laurent Solly, nous approchons de la fin du moins de juin. Quel regard portez-vous sur le premier semestre vécu par Facebook en France ?

"Notre activité a été très soutenue, notamment lors du dernier trimestre, très dense. Sur les 33 millions d'utilisateurs de Facebook en France, 26 millions se connectent chaque jour. Toutes nos plateformes, Facebook, Instagram, What's app, se sont développé et ont continué à innover. Nous avons pu observer une croissance très forte de la vidéo et une utilisation de plus en plus forte de nos outils par nos grands clients. Le digital n'est pas qu'une affaire de startups, la transformation digitale n'est pas réservée aux grands groupes et nous constatons aujourd'hui que plus d'un million de TPE et PME françaises disposent d'un compte Facebook. Au plan mondial, elles sont plus de 65 millions.
Je retiens des derniers mois cette tendance, ainsi que notre implication dans Station F, le plus grand incubateur mondial de startups qui va être inauguré à Paris avec le Startup Garage de Facebook. Mais aussi le développement de notre laboratoire parisien dédié à l'intelligence artificielle, le FAIR Paris, qui fera travailler 35 chercheurs d'ici la fin de l'année, ou encore le programme de formation au digital « Boostez votre région » que nous avons initié avec la Région Hauts-de-France et qui a vocation à être déployé sur d'autres territoires. Facebook est en plein essor et prend une place au cœur de l'écosystème français."

Comment se développe Workplace by Facebook, qui permet aux sociétés de se doter d'un réseau social d'entreprise ?

"C'est un grand succès dans le monde comme en France. Workplace by Facebook compte 14.000 entreprises utilisatrices à date dont Danone, Starbucks, Booking.com... C'est plus qu'un outil, il incarne le potentiel de la transformation digitale en modifiant la façon de communiquer en interne dans l'entreprise. Plus souple, plus rapide, plus horizontal que vertical... Ses entrepreneurs utilisateurs nous disent que Workplace by Facebook change la manière dont ils interagissent avec leurs équipes et comment ils voient leur entreprise vivre et évoluer. On touche là des questions relatives à la culture d'entreprise et à la façon dont on intègre la transformation numérique au management, par exemple."

Facebook entend jouer un rôle dans le développement des startups. Quels sont les critères qui vous intéressent plus spécifiquement ? Privilégiez-vous la technologie ou l'exécution rapide dans le développement ?

"L'analyse est assez large : nous évaluons l'objet-même de la startup, l'état de l'art de la technologie sur laquelle elle s'appuie, son expertise, son ambition, son positionnement BtoB ou BtoC. Nous allons jusqu'au marketing, toujours très important. Après, qu'est-ce qui prime entre la technologie et l'exécution ? L'un ou l'autre sont importants mais pas suffisants. Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de recette parfaite, c'est un mix subtil qui fera que la startup décollera. Elles doivent aussi avoir en tête qu'un produit qui est à la pointe en juin pourra être dépassé en décembre. Tout va très vite et elles doivent être prêtes à s'adapter en permanence. Notre rôle à Facebook est de les aider en nous basant notamment sur les entreprises que nous avons accompagnées, Deezer, Blablacar ou Devialet par exemple, mais aussi sur notre propre expérience. Par exemple : beaucoup de produits ne sont pas assez pensés pour la mobilité et c'est souvent un problème. En toute humilité, nous avons vécu ce shift vers le mobile en 2012 et nous pouvons en témoigner."

Nous sortons d'une élection présidentielle et des législatives qui ont suivi. Quel rôle a joué Facebook dans cette période-clé de la vie politique française ?

"Ce sont les citoyens, les candidats, les médias qui ont joué un rôle ! Chacun l'a utilisé comme un lieu de débat, civique et citoyen. Facebook n'a fait qu'accompagner ce mouvement avec les outils proposés, la vidéo live notamment qui a été beaucoup utilisée par les équipes de campagne."

Comment évaluez-vous le territoire bordelais en matière de développement économique et numérique ?

"Je constate qu'on y trouve un très bon équilibre dans les initiatives menées, avec beaucoup de jeunes entreprises, un réseau institutionnel très engagé, des projets comme la future Cité numérique, un tissu d'écoles et de formations très riche avec notamment l'INRIA avec qui nous travaillons sur la question de l'intelligence artificielle, des passerelles avec les filières historiques que sont le vin ou le tourisme. Il y a aussi une problématique nationale : la France est très connectée mais elle occupe une place européenne trop moyenne en matière de transformation numérique des TPE et PME. Le terreau est fertile, il faut maintenant qu'il devienne une vraie force."

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Laurent Solly est l'invité ce lundi matin du Conseil des entrepreneurs de Bordeaux en tant que "grand témoin". Il partagera son expérience de dirigeant et sa vision de l'entreprise sur le thème : "Facebook, une plateforme de croissance pour les startups et les PME françaises". Ces rencontres organisées par la mairie de Bordeaux sont ouvertes au grand public mais des représentants de l'écosystème peuvent également profiter d'un temps d'échange avec l'invité d'honneur. Xavier Niel (Free), Charles-Edouard Bouée (Roland-Berger), Patrice Caine (Thales)... se sont déjà prêté au jeu. Laurent Solly prend leur suite. Nommé directeur général de Facebook France en juin 2013, il est diplômé de Sciences Po Paris et de l'ENA, a été préfet hors cadre, a longtemps œuvré auprès de Nicolas Sarkozy en tant que conseiller, chef de cabinet, puis directeur adjoint de campagne en 2007.

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