Bordeaux : l’offre Airbnb grimpe en flèche et se professionnalise

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Johanna Dagorn et Matthieu Rouveyre présentent la dernière étude Airbnb sur Bordeaux et l'analysent.
Johanna Dagorn et Matthieu Rouveyre présentent la dernière étude Airbnb sur Bordeaux et l'analysent. (Crédits : HL)
Matthieu Rouveyre, fondateur de l’Observatoire Airbnb, révèle les résultats de sa deuxième étude sur le phénomène à Bordeaux. En un an, le stock d’offres de location à Bordeaux a augmenté de 113 %, +135 % pour la location de logements entiers, ce qui n’est pas sans poser problème selon lui.

"Au départ Airbnb c'est une chouette idée. Vous partez pour le week-end ou vous prenez des vacances et pendant ces périodes, vous proposez votre logement inoccupé à la location. Le problème est qu'aujourd'hui, Airbnb ce n'est plus ça", avance Matthieu Rouveyre.

Pour étayer ses propos, Matthieu Rouveyre, conseiller municipal de Bordeaux (PS), a mené plusieurs études. La première a été rendue publique en avril 2016 tandis que la deuxième vient tout juste d'être présentée. Entre temps, il a lancé l'Observatoire Airbnb mais surtout un logiciel permettant de collecter les données utiles au suivi de l'évolution du phénomène. Ce logiciel imaginé grâce au concours de Tom Slee, "hacktiviste" canadien, est devenu opérationnel en octobre dernier.

+135 % en un an pour la location de logements entiers

Ainsi, en mars 2016 Airbnb comptait 3.095 offres de location à Bordeaux. Un an plus tard, en mars 2017, ce chiffre est passé à 6.588. Autrement dit, le stock d'offres de location à Bordeaux a augmenté en un an de 113 %.

"Nous considérons que les locations de chambres ne perturbent pas le marché locatif, nous nous sommes donc uniquement intéressés aux logements entiers et là, en un an, l'offre a augmenté de 135 %", annonce Matthieu Rouveyre qui tire la sonnette d'alarme :

"Si on compare la situation des autres grandes villes, on constate que la pression Airbnb à Bordeaux est comparable à celle de Paris. On trouve sur Airbnb 19 offres de logements entiers pour 1.000 Bordelais contre 20 à Paris. Lors du dernier recensement, la capitale avait perdu des habitants. Si rien n'est fait pour enrayer le phénomène, Bordeaux risque de se retrouver dans la même situation."

Matthieu Rouveyre met en cause un taux de professionnalisation de 84 % mais aussi de sur-professionnalisation.

"Depuis quelques mois, nous voyons apparaître sur Airbnb des multi-propriétaires ou multi-gestionnaires. Nous sommes bien loin de l'esprit initial de la plateforme collective."

"Airbnb aggrave le phénomène de gentrification"

Le problème que cela pose est le suivant :

"Les biens en location sur Airbnb sont autant de biens qui disparaissent du parc traditionnel. Airbnb n'est pas responsable mais aggrave le phénomène de gentrification qui voit les jeunes, les célibataires et les familles modestes déplacés hors de la ville", explique Matthieu Rouveyre. "Combien de fois j'ai entendu cette phrase à l'occasion de mes permanences d'élu : ''Je dois trouver un autre logement car mon propriétaire met son bien sur Airbnb''. Si les prix des nuitées ont légèrement baissé, louer son bien sur Airbnb reste nettement plus rentable qu'un bail traditionnel" reconnait Matthieu Rouveyre.

"Certains habitants contraints de s'exiler de Bordeaux, voire de la métropole, se retrouvent en zone rurale où ils n'ont aucun accès à la mobilité ou aux commerces. C'est un suicide social", complète Johanna Dagorn, sociologue enseignante à l'Université de Bordeaux qui travaille, aux côtés de Matthieu Rouveyre, à la réalisation d'un livre sur ce phénomène au niveau national. Il devrait sortir en septembre prochain.

"Le but de notre travail est vraiment de parler du mécanisme mais aussi des conséquences pour les villes et leurs habitantes de ce phénomène d'airbnbisation auquel on peut ajouter l'uberisation dans la mesure où les conciergeries qui interviennent pour faire le ménage dans les locations font elles-mêmes appel à des autoentrepreneurs", explique Matthieu Rouveyre.

Proposition de mesures

Le prélèvement systématique de la taxe de séjour, 0,80 euro par nuitée, a été mis en place par Airbnb à l'automne 2016. Le 30 janvier 2017, le Conseil municipal de Bordeaux a voté la mise en place additionnelle sur les résidences secondaires. "Si ces mesures vont dans le bon sens, elles ne suffisent pas", explique Matthieu Rouveyre.

Il est selon lui urgent d'augmenter le nombre de logements sociaux et de logements étudiants mais également de limiter le nombre de nuitées qu'un propriétaire peut proposer pour un logement ainsi qu'un contrôle strict du parc. "Le logement qui n'est pas un bien comme les autres doit subir une régulation par la loi."

Sans surprise, c'est dans le centre-ville de Bordeaux qu'est concentrée l'offre de location Airbnb. Une carte est en ligne sur le site de l'Observatoire Airbnb qui recense également les données de très nombreuses autres villes.

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Commentaires
a écrit le 14/04/2017 à 16:22 :
@Réponse à Alex :
Les habitants de la ville sont ceux-là mêmes qui profitent de la location touristique alors votre généralisation est strictement abusive. Airbnb permet justement d'y vivre, en contribuant aux remboursements des prêts, en permettant de payer taxes et impôts et aussi en rénovant le bâti.
1 : La fiscalisation sera automatique dès 2019 et elle est déjà obligatoire : votre petit 3 n'a aucun objet !
2 : A Bordeaux, la location touristique est déjà limitée à la résidence principale.
3 : C'est pourquoi on ne peut pas louer plus de 120 jours son logement par an car il faut habiter 8 mois dans sa résidence principale (hors cas particuliers). Il s'agit donc d'une définition légale et juridique et non pas d'une limite arbitraire. Au-delà de 120 jours, l'activité est considérée comme commerciale car il ne s'agit plus d'une résidence principale. En France, c'est la loi qui détermine ces notions juridiques et fiscales, ce ne sont pas les syndicats hoteliers !
Vouloir réduire à 20 jours est une absurdité sans nom : les propriétaires et mêmes les locataires (avec l'accord de leur bailleur) ont le droit de partir en week-end, ne vous en déplaise, de partir en vacances, en vous en déplaise, d'avoir à effectuer des déplacements à l'étranger, ne vous en déplaise, enfin les retraités ont le droit de voyager 120 jours dans l'année, à moins que vous ne vouliez les assigner à résidence ? Charmant...
a écrit le 13/04/2017 à 23:56 :
On voit là encore le combat acharné de l'idéologique qui veut faire croire que cette offre locative n'est pas déjà hyper-réglementée : prélèvement automatique de la taxe de séjour, fiscalisation des revenus automatique dès 2019, permis de louer prévu par la Loi Lemaire, impossibilité de louer sa résidence secondaire en zone tendue, affiliation à la CSG au-delà de 23 000 euros, etc. Comme si il n'y avait pas déjà une régulation par la loi... Bien-sûr ça ne plaît pas aux hoteliers et à leurs puissants syndicats. Ca ne plaît pas non plus aux idéologues des logements sociaux comme M. Rouveyre. Mais combien de français peuvent partir en vacances grace à la location touristique ? Combien de français peuvent arrondir leur fin de mois et payer leur crédit ? Combien de français profitent plus ou moins directement de cette possibilité ? Oui, Airbnb a révolutionné le tourisme et est plébiscité par des millions de français et ce n'est pas sans raison !
Réponse de le 14/04/2017 à 3:45 :
Cher thomas, Cela ne plait pas tout simplement pas aux habitants de cette ville qui ont simplement envie d'y vivre.
Airbnb (et autres) ça devrait être :
1) obligation d'insertion du numéro fiscal pour l'inscription d'un logement
2) limitation à 20 nuits/contribuable/ans, au delà obligation d'être professionnel
3) auto déclaration des revenus dés 2017
Réponse de le 16/04/2017 à 19:45 :
@Thomas vous raconter beaucoup de bêtises !

- les hôteliers français sont à plus de 70% des petits indépendants qui ne sont en très grande majorité syndiqués nul part !
(De plus ce sont souvent des couples voir des familles qui exploitent ces établissements)

- le plus gros syndicats qui représente surtout les chaînes sont plus à pendre position pour airbnb car eux aussi investisse ce segment (voir les déclarations du président de l umih dans le journal du monde en début du mois)

Pour eux comme pour vous c'est une chance incroyable

- pas de taxe et notamment pas de tva
- pas d'impôt société
- norme incendie 0
- norme hygiène 0
- norme accessibilité 0
- les normes des installations électriques sont plus souples
- les charges salariales 0

Airbnb à payé 69 000 € d'impôt en 2015 soit beaucoup moins d'impôt qu'un seul des tout petits hôtels !

Il y a un coup qui ne figure pas dans le prix du séjour airbnb et c'est celui de la dette que l'on creuse et du coup du chômage que l'on crée !

Les hôteliers les taxis et toutes autres professions ne sont ni des vampires ni des S****** juste des gens qui essaient de gagner leurs vie ! Ils sont souvent petit et travail dur dans être pour autant riche

Ces plateformes uberiserer toutes les professions pour autant que ce soit possible et que ça rapporte ce ne sont ni des anges ni des génies ! Juste des personnes qui compte sur votre raisonnement limitée et votre capacité à vous opposer à vos semblables (alors même que les actionnaires d'airbnb sont particulièrement riche et organise l'évasion fiscal dont votre pays souffre particulièrement )

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