Nicolas Bouzou : "L'innovation sauvera le monde"

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Nicolas Bouzou au Palais des congrès de Bordeaux hier lundi
Nicolas Bouzou au Palais des congrès de Bordeaux hier lundi (Crédits : Agence Appa)
Le changement de société que nous traversons est violent mais, malgré les difficultés, il y a de nombreuses raisons de rester optimiste. C’est, en substance, le message délivré hier à Bordeaux par l’économiste Nicolas Bouzou, lors de la réunion annuelle d'information du Crédit agricole d’Aquitaine.

L'économiste Nicolas Bouzou était l'un des deux invités d'honneur, avec Alain Rousset, député (PS) de la Gironde, président du Conseil régional Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (ALPC), de la réunion annuelle d'information du Crédit agricole d'Aquitaine, organisée hier lundi 9 mai au Palais des congrès de Bordeaux, où s'est pressé un public nombreux. Jack Bouin, directeur général du Crédit agricole d'Aquitaine, mais aussi 1er vice-président de la Fédération nationale de Crédit agricole (FNCA), et Rémi Garuz, président de la caisse régionale ont tout d'abord répondu aux questions de Mikael Lozano, rédacteur en chef de La Tribune Bordeaux, qui animait la soirée. Jack Bouin a ainsi dévoilé la stratégie du Crédit agricole d'Aquitaine et rappelé son bilan récent mais a également tenu à rappeler l'application des règles prudentielles de la banque concernant les paradis fiscaux, à l'heure des "Panama papers".

Un encours de crédits à + 46 %

Nous reviendrons dans notre édition de demain mercredi en détail sur ces interventions et celle d'Alain Rousset, mais on peut déjà retenir que le Crédit agricole d'Aquitaine, qui emploie 2.600 salariés dans son périmètre, soit les départements de Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, et quelques cantons dans le Gers, a vu son encours de crédit exploser de + 46 % en 2015, à 3,6 Md€, pour un résultat de 120 M€, "ce qu'il faut pour pouvoir assurer le développement de nos fonds propres avec toute cette activité", a éclairé Jack Bouin, dans un contexte stratégique marqué par un déploiement "multicanal de proximité, 100 % digital, 100 % humain", comme l'a rappelé Rémi Garuz.

Diplômé en économie de l'université Paris-Dauphine et titulaire d'un mastère de Finance de Sciences Po Paris, Nicolas Bouzou, qui a fondé sa propre entreprise, le cabinet de conseil Asterès, après avoir été notamment analyste en chef à l'Institut de prévision à Xerfi, est directeur des études à la Law and management school de Paris II Assas, maître de conférence à Sciences Po Paris, directeur de la collection "Le capitalisme en mouvement", chez l'éditeur Eyrolles. Il a publié plusieurs ouvrages, dont "La Lucidité habite à l'étranger" ou "La Politique de la jeunesse", avec le philosophe Luc Ferry.

Ne pas être mortifère

Après avoir précisé que son prochain ouvrage ne s'intitulerait pas "Pour un progressisme conservateur", comme prévu, mais "L'Innovation sauvera le monde", Nicolas Bouzou a commencé par remettre les pendules à l'heure.

"L'idée que c'était mieux avant est mortifère pour notre société. Ce n'est pas vrai que c'était mieux avant. Les données existantes, qu'elles soient économiques, sanitaires, environnementales, etc., le démontrent. Cette idée du c'était mieux avant est d'autant plus mortifère que le monde que l'on doit construire est entièrement nouveau dans les domaines de l'économie, de la santé, de l'environnement...", a ainsi averti l'économiste.

Pour approfondir son propos et lui donner une épaisseur quasi géologique, Nicolas Bouzou, s'est livré à radiographier aux rayons X la vague numérique, qui est en train de déstructurer le monde dans lequel nous vivons.

Crédit Agricole 2016

Jack Bouin, Nicolas Bouzou, Alain Rousset et Rémi Garuz (Agence Appa)

Le Pirée de la mondialisation

"Je n'aime pas le mot révolution, qui implique une rotation à 360°, mais plutôt celui de mutation, qui montre que l'on ne pourra pas faire machine arrière. Cette mutation sera la cinquième vécue par le genre humain", annonce Nicolas Bouzou.

L'économiste identifie ainsi le basculement de l'humanité dans l'ère néolithique, environ 10.000 ans avant Jésus-Christ, avec l'apparition de l'agriculture et de la domestication des animaux, comme la première de ces cinq mutations majeures.

"Cela va bien au-delà d'un simple changement économique, car avec la sédentarisation vont se poser les premières questions de propriété, de patrimoine, de logement", a observé l'orateur. Après ce choc majeur entre nomades et premières populations sédentaires, le conférencier a abordé la deuxième mutation. Il s'agit de la première séquence de mondialisation.

"Elle a lieu pendant l'Antiquité, en Grèce, pendant "Le Siècle de Périclès". Le port du Pirée à Athènes, qui a près de 2.500 ans, en a été le témoin. Cette irruption du grand commerce est aussi importante que le début de l'agriculture, puisqu'elle permet d'exporter des vivres au-delà des mers, jusqu'à Jéricho, qui est alors un ville-monde. Sur le plan social c'est énorme car on entre dans le monde de l'argent, après celui du troc, avec le début de formes ancestrales de la banque", focalise l'économiste.

Blessures narcissiques

La troisième mutation qu'il pointe est celle de la Renaissance. Evoquant l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, Nicolas Bouzou n'hésite pas à évoquer "l'industrie allemande". Il insiste surtout pour bien faire comprendre que la Renaissance telle que nous la considérons aujourd'hui, comme une brillante sortie du Moyen-âge, n'est pas considérée de la même manière "selon le côté de la barrière où l'on se trouve alors" puisque tout un monde - comme celui des copistes - s'effondrait.

"Quand vous êtes au début d'une vague d'innovation, vous êtes angoissé. C'est normal et on le voit aujourd'hui par exemple chez les chauffeurs de taxi face à Uber, et pas seulement en France ! Freud, dans "Introduction à la psychanalyse", parle des blessures narcissiques que provoque sur l'individu le rapide changement du monde, qui dégrade la vision que l'Homme a de lui-même", creuse Nicolas Bouzou, avant d'évoquer la déflagration psychologique et culturelle provoquée par le passage d'une terre plate située au centre de l'univers à une planète ronde en mouvement autour du soleil.

Credit Agricole Assistance

Cette réunion a été suivie par une assistance captivée (Agence Appa)

Une vague à quatre étages

"La quatrième mutation est celle de la révolution industrielle, celle de la machine à vapeur, de l'électricité, de la voiture... la Belle époque en somme, qui ne l'était pas pour tous ceux qui la vivaient. Avec en plus, comme le souligne Freud, une autre déflagration, celle de Darwin, où l'on voit qu'au lieu de descendre du Ciel, l'Homme vient du singe !", surligne l'économiste.

L'occasion pour Nicolas Bouzou de revenir au présent et d'aborder la cinquième mutation que nous vivons, "sans doute la plus importante de toutes" résumée par l'acronyme NBIC, soit N pour nanotechnologies, B pour Biotechnologies, I pour information et C pour sciences cognitives, ou intelligence artificielle.

"Cette vague NBIC se compose de quatre strates. La partie de la vague qui retombe aujourd'hui c'est la plus vieille puisqu'il s'agit de la numérisation des contenus, qui date de la fin des années 1990. Le sommet de la vague est occupé par l'Ubérisation, soit la numérisation des accès aux services, localise Nicolas Bouzou. Ce haut de la vague vous pouvez le réguler, poursuit-il, mais pas le dissoudre. La partie de la vague qui monte, la troisième strate, c'est l'Internet des objets. Cet avatar de l'intelligence artificielle va connecter entre eux des milliards d'objets. L'avantage c'est que, de façon apparente, ça va faire disparaître la technologie de votre vie, car les objets qui vont prendre les décisions. La partie de la vague qui n'a pas commencé à monter, la quatrième strate, c'est celle du transhumanisme".

Platon contre la violence

Nicolas Bouzou explique que cette quatrième strate, qui promet d'allonger considérablement la durée de la vie grâce à la technologie, se développe au sein de la médecine, avec l'apparition de nouvelles molécules capables de guérir d'un cancer de la peau ou des poumons.

"Le transhumanisme fait peur en France mais moi j'achète. J'achète parce que ce sera à vendre. Chacun vit sa vie et même quand nous aurons résolu les questions de la maladie, de la vieillesse, des accidents, vous pourrez toujours sauter par la fenêtre...", s'amuse l'économiste, cédant peut-être à un petit excès d'optimisme.

Même s'il peu sembler improbable, à cause de la dynamique complexité du vivant, que l'Homme en finisse un jour avec les maladies somatiques, il fait peu de doute que de nouveaux grands progrès seront faits dans ce domaine. Tous ces progrès, qui remodèlent des pans entiers de la réalité, vont de pair avec des destructions qui elles-mêmes génèrent des conflits, bénins selon l'économiste, comme celui des taxis et des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), où violents, avec l'éclosion de dictateurs sanguinaires.

Pour éviter ce type de conflit, l'économiste conseille de se vouer à sa sphère intime, à ses enfants, sa famille, pour voir à quoi va leur servir la révolution NBIC. L'économiste se penche ensuite sur la pensée philosophique et en particulier celle de Platon et de ses quatre vertus cardinales ("La République"), qui sont : "courage, justice, tempérance, régulation". Classé parmi les économistes libéraux, Nicolas Bouzou n'est pas travaillé par les questions sociales, qu'il semble renvoyer à l'espace domestique, voire psychologique.

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Commentaires
a écrit le 12/05/2016 à 8:53 :
Nicolas Bouzou ne veut pas revenir en arrière, mais il oublie d'analyser la troisième révolution qui consiste à tenir compte du role de l'énergie dans le développement de l'économie; l'énergie doit participer au financement du travail libéré par les gains de productivité liés aux usages de l'énergie, c'est à dire le chomage et les retraites. (Une taxe sur l'énergie pour financer les retraites et le chomage).
a écrit le 11/05/2016 à 9:23 :
J'ai apprécié cette soirée et j'ai tout particulièrement aime l'introduction de Léa. Peux t'ont retrouver cette introduction ?
Merci de votre réponse.
Cordialement

Gérard Roulet

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