Laurent Courbu (CCIR) : “L’accessibilité restera le point faible de Bordeaux ! ”

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A quelques mois de la fin de sa présidence de la CCI régionale, Laurent Courbu revient sur les dossiers les plus chauds de ses mandatures successives.
A quelques mois de la fin de sa présidence de la CCI régionale, Laurent Courbu revient sur les dossiers les plus chauds de ses mandatures successives. (Crédits : Appa)
Invité du Petit Déjeuner interactif de La Tribune Bordeaux, organisé en partenariat avec Crédit agricole d'Aquitaine au Mercure Cité mondiale, Laurent Courbu, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d'Aquitaine, interviewé par Jean-Philippe Déjean, évoque la réorganisation des CCI, leur rôle dans le développement économique des PME et juge, durement, les dossiers d’infrastructures régionales.

Président de la CCI de Bordeaux entre 2001 et 2011 et président depuis 2011 et jusqu'aux prochaines élections de novembre de la CCI régionale, Laurent Courbu était l'invité du Petit Déjeuner interactif de La Tribune Bordeaux au Mercure Cité mondiale à Bordeaux. Il estime que son passé d'entrepreneur dans le bâtiment ayant notamment connu la période douloureuse de la cession d'entreprise familiale en difficulté lui a donné les clés pour engager la modernisation de la chambre consulaire.

"J'incarnais la PME qui souffrait... je semblais pour beaucoup être la personne idoine pour faire en sorte que la CCI soit un outil au service de toutes les entreprises", analyse t-il avec le recul.

Lors de la réforme des CCI, liée à la RGPP, en 2011, on lui propose de prendre la présidence de la CCI régionale avec une équipe resserrée de 50 collaborateurs, chargée d'établir une stratégie de rationalisation des coûts et des interventions des différentes CCI aquitaines.

"Avant, les CCI étaient, entre elles, dans la défiance plus que dans le partage"

De la RGPP (Réforme générale des politiques publiques) du président Nicolas Sarkozy, Laurent Courbu retient :

"Avant, chaque CCI vivait sans sa tour d'ivoire. Chacun voulait être maître chez lui, nous n'avions aucune stratégie partagée, au contraire même, nous étions dans la défiance. La CCI régionale s'est appliquée à faire évoluer cela."

Les coupes franches dans les budgets imposées aux CCI par les différentes lois de finance successives ont sans doute un peu accéléré certaines mutualisations...

"Le budget des CCI de la région est passé de 57 M€ en 2011 à 36 M€ cette année. Nous avons perdu 30 % de nos ressources fiscales assurées par la taxe additionnelle sur les cotisations foncières et sur la valeur ajoutée... pour autant les charges ne pèsent pas moins sur les entreprises... Bref, la différence a fini dans les caisses de l'Etat. Nous espérons aujourd'hui être aux taquets de cette baisse de financement qui a considérablement affaibli le réseau des CCI. Et ce, d'autant plus que dans le même temps, nos fonds de roulement ont également été ponctionnés de 500 M€ par l'Etat. En Aquitaine, cela représentait une perte de 17 M€ qui étaient censés financer des investissements futurs."

Pour continuer de fonctionner correctement, les CCI ont donc accéléré les mutualisations de services, taillé dans les effectifs.

"Nous sommes passés de 1.500 salariés en 2011 à 1.200 aujourd'hui."

Les CCI à l'heure de la nouvelle grande région

La création des nouvelles grandes régions constitue le nouveau challenge des CCI et de la CCIR.

"Dans la nouvelle grande région qui est la nôtre, cela se passe plutôt bien. Mieux qu'au niveau des collectivités... Côté Poitou-Charentes et Limousin, personne ne conteste la fusion des CCI régionales et qu'il n'y ait qu'une seule chambre régionale à Bordeaux. Deux fusions de CCI sont actées, Libourne et Bordeaux, Angoulême et Cognac. Rochefort et La Rochelle ne se marieront finalement pas alors que les bans étaient publiés... pourtant cela a du sens intellectuellement comme économiquement. Du côté de Pau et Bayonne... Il faudrait peut-être que les organisations patronales jouent un rôle dans cette réorganisation nécessaire des CCI..."

En attendant, début 2017, la nouvelle CCI régionale s'appuiera sur 14 CCI territoriales et comptera 88 membres élus et une nouvelle équipe.

"Mon mandat s'arrête fin 2016, je disparaîtrai du paysage consulaire, il faut, et c'est une très bonne chose, laisser la place aux jeunes."

Mais avant de passer la main, Laurent Courbu prend le temps de regarder dans le rétroviseur et de jeter un regard critique sur certains dossiers.

"Elus, ne créez pas d'agences de développement ! Les CCI savent faire !"

Concernant le développement économique, Laurent Courbu estime que les CCI sont les outils les plus efficaces pour accompagner les PME et PMI.

"Je dis aux élus : ne créez pas d'agences de développement économique alors que les CCI savent parfaitement faire cela. Plus personne n'a les moyens de financer des doublons. Je dis aux élus de s'appuyer sur l'existant qui a fait ses preuves. Je prends l'exemple de l'accompagnement à l'international. Depuis 2011, nous, CCI, sommes capables d'identifier les PME à potentiel en matière d'internationalisation de leur activité ou produits. Alors qu'avant cela les CCI partaient de manière dispersée et montaient chacune leurs missions de prospection à l'étranger, aujourd'hui nous organisons des missions communes à toutes les CCI territoriales. Le résultat c'est que du coup, l'Etat et le Conseil régional nous accompagnent. Ce n'est pas leur faire injure que de dire cela, mais l'élu(e) du Conseil régional ne peut avoir la même sensibilité et connaître l'entreprise comme l'élu de la CCI. Nous avons de la chance, notre président de Région, Alain Rousset, est lui très sensible aux questions économiques. Il est conscient de la difficulté à animer, irriguer et rendre cohérent économiquement ce vaste territoire. Je pense qu'il n'a plus envie de se lancer dans la création d'une agence de développement économique. Il sait que les services de la CCI en faveur de l'accompagnement des PME sont efficaces. Je rappelle que la nouvelle grande région, c'est 400.000 entreprises, dont 90 % de moins de 10 salariés... pour accompagner ce tissu économique dans sa croissance et son innovation, un Conseil régional seul ne peut y arriver."

"Infrastructures de transport ? On a prêché dans le désert et l'accessibilité de Bordeaux reste son point faible"

En ce qui concerne les infrastructures de transport, le regard en arrière du président de la CCI Aquitaine est sans appel : "Nous, chefs d'entreprises, avons échoué quasiment sur toute la ligne quand il s'est agi de faire entendre notre voix."
Et de rappeler le dossier du grand contournement de Bordeaux, défendu en son temps par la CCI de Bordeaux, est désormais totalement oublié.

"Les politiques font mine de découvrir que 25.000 camions empruntent la rocade de Bordeaux chaque jour... C'était déjà le cas il y a dix ans quand le dossier de grand contournement de Bordeaux était évoqué... et rejeté à l'unanimité par les élus et les opposants... sans que la parole du monde économique ait pu être entendue..."

Constatant que l'alternative, souvent évoquée à l'époque, du report maritime ou ferroviaire n'existe pas, Laurent Courbu ajoute :

"L'attractivité grandissante de Bordeaux peut se voir menacer par ce qui restera, et pour longtemps je le crains, son point faible : son accessibilité."

Et le président de la CCIR de pointer du doigt l'axe de circulation qui devrait faire l'objet de toutes les attentions à l'avenir, dans le cadre de la nouvelle grande région.

"La RN 21 qui va de Limoges à Pau en passant par Périgueux, Villeneuve-sur-Lot et Agen est un axe potentiellement stratégique. Elle va devoir faire l'objet de beaucoup d'attention à mon sens. Le passage en 2x2 voies devrait être une priorité car elle délesterait les autres axes tout en irrigant la grande région. Il va falloir se serrer les coudes pour défendre ce dossier !"

Interrogé sur les infrastructures aéroportuaires de la grande région, Laurent Courbu souligne un maillage du territoire désormais "très dense" :

"Il va sans doute falloir rationaliser. Le Conseil régional doit avoir un rôle de coordinateur, éviter les compétitions inutiles. La question de la proximité immédiate des deux aéroports de Pau et, à 40 km seulement, même si c'est dans une autre grande région, celui de Tarbes, pose question. A l'avenir, pourquoi ne pas spécialiser chacun de ces aéroports ? Un pour le trafic vers Paris, l'autre pour le trafic international ?"

"Le port de Bordeaux n'a de grand que son nom"

Autre infrastructure jugée durement par Laurent Courbu : le port de Bordeaux.

"Il n'a de grand que son nom... on ne peut que déplorer que celui de La Rochelle soit passé devant Bordeaux. J'avais annoncé ce scénario il y a cinq ans au préfet en place à l'époque. Il a répondu que selon  lui c'était impossible. La Rochelle c'est un trafic de 10 millions de tonnes par an, Bordeaux : 8,5... Le port vit de manière fermée par rapport à son environnement économique et on ne sent pas les élus intégrer la dynamique du port dans leur communication et leur vision économique. Dès qu'il y a un projet qui émerge, on a une capacité extraordinaire à le torpiller."

Citant l'exemple du dossier de port méthanier porté un temps par 4Gas, et qui a valu des menaces de mort à Laurent Courbu qui le défendait au nom de la CCI, ce dernier rappelle :

"Dans l'histoire de ce dossier industriel torpillé on a doublement affaibli le port. En termes d'image car on a refusé l'arrivée d'un investisseur et contribué à faire du port du Verdon un désert, et puis économiquement car il a fallu rembourser 4Gas des investissements réalisés par la société pour préparer ce dossier. En fait, le Port, qui dispose d'un beau patrimoine foncier, ne s'en sort vraiment économiquement que parce qu'il vend ses bijoux de famille. Je le répète, le port de Bordeaux n'a de grand que son nom officiel."

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Commentaires
a écrit le 19/03/2016 à 19:25 :
AFFLIGEANT !
a écrit le 19/03/2016 à 14:58 :
Tout à fait d'accord sur ces différents points.

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