Santé et technologies : le patient au cœur de l'innovation

 |   |  962  mots
Mathieu Le Treut (CIS Valley), Jérôme Leleu (Interaction Healthcare), Pierre Philip (la Clinique du sommeil, CHU de Bordeaux), Lân Guichot (Agfa Healthcare France), Vincent Dupourqué (Robosoft), Maryne Cotty-Eslous (Projet Lucine)
Mathieu Le Treut (CIS Valley), Jérôme Leleu (Interaction Healthcare), Pierre Philip (la Clinique du sommeil, CHU de Bordeaux), Lân Guichot (Agfa Healthcare France), Vincent Dupourqué (Robosoft), Maryne Cotty-Eslous (Projet Lucine) (Crédits : Appa)
Le Forum Santé Innovation, organisé hier à la Cité mondiale par La Tribune Bordeaux, a consacré une partie des débats à la question "Santé et technologies : quelles innovations, quels bénéfices et quels dangers ? Bienvenue dans la médecine de demain".

"L'innovation ne se suffit pas à elle-même, ce qui est essentiel, c'est l'innovation par les usages."

En ouvrant la deuxième table ronde consacrée aux bénéfices et dangers des évolutions technologiques en matière de santé, Lân Guichot, directeur de l'innovation et du business développement d'Agfa Healthcare France, rappelait aussi que le cluster TIC santé, qui compte 70 adhérents, est efficace parce qu'il évolue dans cet esprit : "On peut être fier, en Aquitaine, on a une ''medical valley''."  Exemple de réussite parmi d'autres : le concours de l'innovation mondial dont le premier prix dans la catégorie silver économie a été attribué à un consortium de trois entreprises aquitaines, Robosoft, Radhius et Agfa Healthcare France, pour le projet "Kepa", qui développe des robots connectés de nouvelle génération auprès de personnes fragilisées, s'appuyant d'une part sur un réseau social de coordination des acteurs de la prise en charge, et d'autre part sur une plate­forme de santé permettant l'aide à la décision. Vincent Dupourqué, PDG de Robosoft, qui a conçu les robots Kompaï 1 et 2, explique qu' "avec le robot d'assistance aux personnes, on a basculé vers les usages". Le projet primé associe aides physique, cognitive et sociale.

"Ce robot n'est pas conçu comme un compagnon, comme une compagnie quotidienne, qui va aider la personne à faire des exercices quotidiens ou à récupérer son autonomie", rappelant qu'aujourd'hui on dépense 500 Md€ pour combattre le phénomène de démence, qu'il y a 4 personnes qui travaillent pour 1 personne âgée et que demain ce sera 3 pour 1 : "Il s'agit d'un vrai problème sociétal, avec un marché potentiel très important qui peut être équivalent à celui des véhicules autonomes."

Expliquant que la robotique professionnelle est capable d'aider les personnes 24 h/24, il a été suivi en ce sens par Lân Guichot, d'Agfa Healthcare France (450 personnes, 61 M€ de CA), groupe qui, avec 100 ans d'expérience en radiologie médicale et 20 ans en système d'information de santé, veut transformer la data en décision et adresse désormais le continuum of care, de l'hôpital au domicile, avec des solutions de gestion de l'ambulatoire à travers des applications qui permettent le lien patient/hôpital.

L'impératif déterminant de l'usage

"On parle beaucoup de technologie, mais c'est l'usage qui compte", rappelait Jérôme Leleu, PDG d'Interaction Healthcare, agence digitale en santé qui a formé plus 20.000 médecins dans le monde, précisant que la tendance numérique très forte dans la santé (robotique, impression 3D, mobiles, objets connectés...) pouvait être un vecteur de développement fort.

Concernant l'usage, "il faut changer de paradigme, acquiesçait Lân Guichot, d'Agfa Healthcare France. Il y a de nouvelles organisations qui se mettent en place. Il faut parler de service au patient, de nouvelles organisations sociétales. Il faut laisser la technologie derrière, elle est là, elle est prête."

"La durée de vie d'un objet connecté, c'est quatre semaines parce que la promesse n'est pas au rendez-vous de l'usage, rappelait le professeur Pierre Philip, directeur de la Clinique du sommeil au CHU de Bordeaux. Aujourd'hui il faut concevoir des outils de liaison pour assurer la fonctionnalité de l'objet. Le besoin, lui, est évident. Ce qui est compliqué, c'est de savoir comment on implémente ça à l'hôpital. Si on ne se projette pas sur le déroulé de l'usage, on va se retrouver avec des coûts monstrueux."

L'innovation par l'usage, Maryne Cotty-Eslous, en a témoigné en présentant son Projet Lucine, application web qui a vocation à identifier la douleur, la soigner et la surveiller. C'est parce qu'elle atteinte d'une maladie génétique rare et souffre chaque jour d'importantes douleurs qu'elle s'est lancée dans ce projet qui ambitionne d'évaluer la douleur en 5 questions, de proposer une solution non médicamenteuse (relaxation par exemple) et d'en assurer le suivi. La jeune femme vise le marché de la douleur chronique (14 millions de personnes atteintes aujourd'hui) mais aussi des douleurs aigües (52 % des Français ont mal chaque jour). Maryne Cotty-Eslous lance une collecte de fonds sur Happy Capital pour pouvoir réaliser le prototype et les premières études cliniques, avec l'objectif de créer sa société début 2017.

Big et smart data

D'autres exemples d'applications numériques ont été donnés au cours de ces échanges comme le suivi du poids du patient, avec déclenchement d'alerte de seuil en cas de perte de poids. Le projet Nenuphar, lui, permet de suivre la taille et l'évolution des tumeurs. Ce logiciel de suivi personnalisé est actuellement testé sur une trentaine de patients de l'Institut Bergonié.

Reste la question de la sécurisation des données et de tout ce que l'on va pouvoir en faire : où les mettre ? Comment les traiter ? Mathieu Le Treut, membre du comité de direction de CIS Valley (30 M€ de CA, 125 collaborateurs), rappelait qu'en 2020, les données numériques seraient 10 fois supérieures à ce qu'elles étaient en 2013. Cette entreprise de Bruges spécialisée dans le cloud computing et le développement d'applications a obtenu l'agrément d'hébergeur de données de santé à caractère personnel et intégré le "five nine" qui impose 99,999 % de taux de disponibilité du service informatique, ce qui lui permet de travailler avec des cliniques et éditeurs de logiciels.

Jérôme Leleu est finalement intervenu pour rappeler dans cet esprit que le smart data, ou données intelligentes, qui consiste à filtrer et exploiter les données, devait permettre de résoudre cette problématique de disposer de quantité de données dont on ne sait que faire : "Il faut qu'il y ait derrière un service rendu au patient." On y revient toujours.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :