PNY, le champion de la mémoire ne veut plus s'effacer

 |   |  1152  mots
Filiale européenne de l'américain PNY Technologies Inc., PNY Technologies Europe est pilotée à Mérignac par Jérôme Belan
Filiale européenne de l'américain PNY Technologies Inc., PNY Technologies Europe est pilotée à Mérignac par Jérôme Belan (Crédits : Pascal Rabiller)
En 1994, la société américaine PNY a installé son siège Europe en France, à Mérignac tout près de Bordeaux. C’est de là que PNY Technologies Europe pilote l’avenir commercial de cet acteur de la carte mémoire, de la clé USB et des solutions graphiques sur tout le vieux continent. PNY, société plutôt effacée jusque-là, a accepté de lever le voile sur son unique site français. Et l'on découvre une société de 120 personnes, innovante, commercialement ambitieuse et qui ne rechigne plus à le faire savoir.

C'est quasiment en "pompier" d'IBM que la société américaine PNY (prononcez Piènwaï) s'est posée en France, et tout particulièrement en Aquitaine dans les années 90. A l'époque, le géant informatique revoyait entièrement sa stratégie. Le site d'un sous-traitant ainsi que ses employés n'entraient clairement plus dedans. Pour limiter la casse sociale, IBM a proposé à une autre société américaine PNY, basée à Parsippany-Troy Hills dans le New Jersey et fabricant de composants informatiques, de prendre sa place...

Et c'est ainsi, alors que les principaux acteurs du secteur choisissaient les Pays-Bas ou le Royaume-Uni pour installer leurs sièges Europe, que PNY a opté pour la France et la Gironde où ce site et une activité, menacés de disparition, lui tendaient les bras. C'est donc aussi depuis Mérignac que la filiale européenne de PNY a dû s'adapter, régulièrement, aux changements de modèles économiques brutaux tels que les connaît le monde informatique.

"Nous avons d'abord été des fournisseurs de modules de mémoire pour les grands fabricants, comme Packard Bell par exemple. Puis nous sommes devenus des vendeurs de modules mémoire via la grande distribution. Avec nos kits d'extension de mémoire accompagnés de K7 vidéo didactiques, nous avons inondé le marché grand public. Nous étions dans toutes les grandes enseignes européennes, à l'image de Dixons au Royaume-Uni, ou la Fnac, Carrefour... en France. Mais nous étions surtout dépendants à 80 % du marché B to B, des grands constructeurs d'ordinateurs" explique Jérôme Belan, PDG depuis trois ans de PNY Technologies Europe.

Du marché pro au grand public

En 2000, l'effondrement du prix de la mémoire informatique remet en cause ce modèle et PNY doit se réinventer.

"Nous avons fait le choix de viser principalement la grande distribution, et donc le consommateur final en priorité."

Quelques mois plus tard, PNY enregistre ce qui va s'avérer être un beau succès commercial : la distribution en Europe et aux USA des cartes vidéo NVidia pour la gamme retail et la responsabilité de développer les ventes de la gamme professionnelle Quadro qui fait référence sur le marché.

"Ils disposaient de l'ingénierie, nous, nous avions une bonne connaissance du circuit de la distribution tant pour les professionnels que pour le grand public. Nous avons multiplié leurs ventes par 20."

Activité d'autant plus boostée que le marché des "gameurs", très friands en puissance vidéo et graphique et toujours prêts à investir beaucoup pour pouvoir jouer dans les meilleures conditions, tire l'activité vers le haut.

Aujourd'hui, acteur majeur de la carte mémoire, des disques SSD, cartes flash, micro SD, clés USB, accessoires de téléphonie, chargeurs à induction, chargeurs de secours... présent sur les marchés grand public, professionnels et des solutions pour des secteurs comme l'automobile, la médecine, le cloud... PNY a su tirer parti de son implantation en France. PNY Technologies Europe réalise 100 M€ de chiffre d'affaires annuel.

Une réponse "française" adaptée aux attentes des acheteurs anglo-saxons

"Nos 120 salariés sont très réactifs et fidèles aussi car en moyenne ils sont là depuis 10 ans, souligne Jérôme Belan. Nous disposons, ici, de services qualité,ventes, marketing, analyse de marché, logistique, hotline, finances... Nous y réalisons l'assemblage final de certaines clés USB par exemple. Le packaging est également dessiné chez nous et réalisé par une entreprise voisine : Cartolux. Nos clients  apprécient le fait que nous soyons capables de réaliser des produits, des présentations qui apportent de la valeur à leur rayon."

Des clients qui sont principalement anglais et allemands. La France ne représentant que le troisième client de la plus française des sociétés américaines du secteur (si vous en doutez encore, sachez que PNY signifie : Paris New York).

"Les distributeurs anglo-saxons veulent de nouveaux produits, des packagings qui évoluent en fonction des évènements, des saisons... Nous sommes en permanence sollicités, à l'écoute de leurs besoins. Notre réactivité est un atout de poids par rapport aux concurrents qui jouent seulement la carte d'une production asiatique."

La France, plus difficile à conquérir ?

Un atout qui plaît aux Britanniques et aux Allemands, les deux premiers clients de PNY Technologies Europe. La France, elle, semble plus difficile à conquérir.

"Je trouve que les acteurs de la grande distribution, en général, manquent de dynamisme. Ils préfèrent aller chercher les marges sur les fruits et légumes, les conserves... pas sur le rayon des accessoires informatiques, de téléphonie, les cartes mémoire... sur lequel nous pouvons être présents sur l'ensemble des produits. Ils ne font pas vivre leur rayon ! Pire, ils ne semblent pas intéressés par la mise en avant d'une production qui a un vrai impact économique en France ! Ils veulent du prix uniquement. Il ne faut pas croire que les Allemands et les Anglais soient différents. Eux aussi veulent du prix et nous savons le faire. Mais ils sont aussi regardants sur la qualité, et comme ça aussi on sait le faire..."

Innovations "mérignacaises" qui séduisent les US

La "petite française du groupe" dispose d'une certaine indépendance par rapport à la société mère américaine.

"En dehors des reportings mensuels, je vais seulement une fois par an aux Etats-Unis, explique Jérôme Belan. Il y a deux ans déjà que notre boss n'est pas venu à Mérignac. Notre société fait sa vie de son côté en fonction des attentes, des enjeux du marché européen. Elle bénéficie des innovations de la maison mère bien sûr mais elle fait aussi bénéficier celle-ci de ses propres innovations."

C'est le cas, par exemple, d'un kit d'optiques améliorant les performances des appareils photo des smartphones. Développé à Mérignac et déjà présent dans certains des 5.000 points de ventes alimentés en Europe, ce "Lens kit" vient de séduire la maison mère PNY qui va le mettre à son catalogue pour les Etats-Unis.

"Nous sommes à l'écoute des acheteurs et de leurs clients. Nous devons, en permanence, faire évoluer nos produits, leurs designs, leurs capacités. Ici à Mérignac, nous avons six chefs de produits pour rester au sommet de la créativité."

Une bonne manière de conserver des marges et de s'assurer une continuité de chiffre d'affaires dans un monde en perpétuel mouvement, où la concurrence est féroce, tout comme la contrefaçon.

Cette stratégie réussit pour l'instant à la plus girondine des sociétés américaines. PNY écoule, depuis Mérignac, plus de 500.000 clés USB et autres cartes mémoire chaque mois en Europe.

PNY Mérignac

Le siège de PNY Technologies Europe à Mérignac (33)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :