Charcuterie Bordelaise, les salariés sous pression

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Le 22 mai à l'appel de la CFDT les salariés se sont retrouvés devant le bâtiment calciné de l'entreprise.
Le 22 mai à l'appel de la CFDT les salariés se sont retrouvés devant le bâtiment calciné de l'entreprise. (Crédits : Agence Appa)
Les juges consulaires du tribunal de commerce de Bordeaux n’ont pas prononcé la liquidation de la Charcuterie bordelaise lors de l’audience consacrée hier mercredi à cette entreprise dont le siège social de 9.000 m2 a entièrement brûlé dans la nuit du 16 au 17 février.

La situation de la Charcuterie bordelaise, à Villenave-d'Ornon (Gironde), fondée en 2000 par Arnaud Chedhomme, placée sous contrôle judiciaire depuis 2015, s'est fortement dégradée au cours des dernières semaines. Les 49 salariés de l'entreprise ont ainsi touché leurs salaires de janvier très en retard, avant que l'incendie ne les mette dans de plus graves difficultés puisqu'ils n'ont pas perçu leurs rémunérations de février ni celles de mars.

Le groupe Axa, qui couvre le fonds de perte d'exploitation de la Charcuterie bordelaise, refuse de payer au motif qu'il lui manque d'importantes pièces comptables pour fixer le montant dû. Et en l'absence de liquidation de la société, le fonds de garantie des salaires, l'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés), ne peut intervenir pour compenser les pertes de revenus... C'est pourquoi le tribunal de commerce de Bordeaux a exigé hier que les salaires dus soient payés le 12 avril au plus tard, faute de quoi la Charcuterie bordelaise serait liquidée à l'audience du 15 avril.

300.000 € pour redémarrer

"Si la liquidation intervient il faudra encore quinze jours aux salariés pour être couverts par l'AGS. Soit plus de deux mois pour eux à vivre sans salaire ! C'est une situation intenable. Tous les salariés ne peuvent pas négocier pour obtenir des reports de paiement de leurs factures, sans parler des achats de nourriture. Et puis c'est blessant d'aller quémander des aides", résumait hier devant le tribunal de commerce Bruno Valade, du syndicat agroalimentaire CFDT de la Gironde.

Si la liquidation de son entreprise était au centre des interrogations, Arnaud Chedhomme a indiqué avant l'audience ses deux priorités.

"Axa prétend ne pas avoir la capacité de calculer la marge brute pour établir le montant du fonds d'exploitation à couvrir. Et c'est ce premier point qu'il faut déverrouiller. Ensuite sachez que la Charcuterie bordelaise a 3 M€ de perte d'exploitation mais moi je demande juste 300.000 euros à Axa pour redémarrer ! Car mon deuxième objectif c'est de reconstruire l'usine avec notre partenaire Sudagro, à Saint-Estève (Pyrénées-Orientales, NDLR). Si l'assurance couvre, on reconstruit l'usine. Tous les contrats d'assurance de l'entreprise sont chez Axa, y compris la flotte de véhicules !", s'échauffe Arnaud Chedhomme.

Un vrai plan B avec Sudagro ?

L'histoire de la Charcuterie bordelaise, dont les produits en moyen et haut de gamme (jambons, boudins, pâtés, rillettes...) ont réussi à se faire une place dans les rayons de la grande distribution, ressemble pour le moment au scénario d'un polar sans issue, dominé par une implacable fatalité. Fin 2015, après avoir été placée en redressement judiciaire quelques mois auparavant, la Charcuterie bordelaise était mise en cause par les services sanitaires pour un lot de grattons destinés à l'export contaminés par la listéria. Arnaud Chedhomme écopait alors d'une condamnation à un an de prison avec sursis et trois ans d'interdiction de gérer une entreprise. En faisant appel le patron girondin enrayait l'application de la peine.

En janvier dernier, suite à la détection d'autres lots contaminés par la listéria, la préfecture de la Gironde demandait la fermeture de l'usine. Arnaud Chedhomme faisait appel de cette décision et la cour d'appel administrative lui donnait raison, condamnant la préfecture à verser 1.500 euros à l'entreprise... Depuis la mise en redressement judiciaire, l'hypothèse de l'entrée au capital de la Charcuterie bordelaise d'un nouvel investisseur, en l'occurrence le groupe Sudagro, n'a cessé de prendre de l'épaisseur. Jusqu'à devenir une option validée par la direction.

"C'est fou parce que le matin même de l'incendie, le jeudi 16 février, Arnaud Chedhomme a organisé une réunion d'information pour annoncer l'arrivée de Sudagro au capital de l'entreprise !", se remémore avec stupéfaction Bruno Valade. Cette option de la reprise était encore d'actualité avant l'audience d'hier mercredi au tribunal de commerce. Mais elle semble être depuis passée au second plan. Le diagnostic de la cause de l'incendie va-t-il provoquer de nouveaux rebondissements ? Ce n'est semble-t-il plus vraiment un problème pour les salariés, qui attendent toujours d'être payés et pour qui la liquidation de la société simplifierait sans doute la situation financière.

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