InVivo mise 100 M€ dans la distribution de vin

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Thierry Blandinières, Dg et Philippe Mangin, Président d'InVivo
Thierry Blandinières, Dg et Philippe Mangin, Président d'InVivo (Crédits : DR)
Philippe Mangin, président, et Thierry Blandinières, directeur général d’InVivo, achèvent ce vendredi à Bordeaux une tournée nationale qu’ils ont entamée à Amiens. InVivo est le premier groupe coopératif agricole français et parie sur le vin avec la maison bordelaise Cordier Mestrezat.

Les adhérents du groupe ne sont pas des agriculteurs mais des coopératives agricoles, qui achètent des parts de capital d'InVivo avant d'écouler une partie de leur production par le biais de ce groupe. Historiquement centré sur les productions céréalières, InVivo s'est ensuite diversifié dans la nutrition et la santé animales, avant de se lancer depuis l'an dernier dans le vin et la distribution grand public.

2016 est la deuxième année consacrée au déploiement de la stratégie "2025 by InVivo".

"Les réunions de cette année ont lieu dans un contexte particulier, puisque nous traversons une crise agricole sans précédent et que nous en sommes à deux ans de mise en place de notre plan stratégique. Même si nous vivons une crise de grande intensité, les perspectives de développement d'InVivo sont formidables, extraordinaires, car, dans tous les cas, la demande agricole mondiale ne va cesser de se développer et que l'innovation, de la ferme à l'assiette, va tout transformer" prévient Philippe Mangin.

L'effondrement du blé

Quand ils parlent de crise, le président d'InVivo tout comme son directeur général, ne font pas dans l'outrance.

"L'impact de la crise au nord de la Loire est bien plus fort qu'ici, même si Poitou-Charentes est touché. Le peu de production laitière qu'il reste dans le Sud-Ouest risque de disparaître, tandis que la production de viande bovine subit une baisse de la consommation et des attaques tous azimuts. La crise de la viande bovine est structurelle, celle du lait conjoncturelle. Les filières volaille et porc ont sorti la tête de l'eau, grâce à l'export et à la réouverture du marché chinois pour les cochons, avec une hausse des tarifs de 20 centimes" expose tout d'abord Philippe Mangin.

Puis ce Lorrain fier de ses origines rentre entre dans le détail de ce qui pourrait être la crise dans la crise, autrement-dit l'effondrement en France de la production de céréales en général et de blé en particulier.

"Les grandes cultures ont beaucoup souffert de la pluie au printemps et du manque de soleil. La production de blé est passée de 8 tonnes à l'hectare à 4 tonnes ! Avant quant tout allait mal la production reculait autour de 6 tonnes l'hectare... pour voir du 4 tonnes il faut remonter à la génération de mes parents ! Et aujourd'hui les difficultés se cumulent dans la durée, relève le président d'InVivo. Dans l'Est les revenus par unité de travail ont plongé de 10.000 à 30.000 € pour devenir négatifs... ".

Parier sur les pays émergents

Dans ce cadre déprimé, InVivo va agir de deux façons. Tout d'abord négocier avec les fournisseurs pour obtenir "une ristourne de solidarité qui sera ensuite reversée aux coopérateurs", observe Philippe Mangin sans donner plus de détails. L'autre volet coule de source puisque c'est InVivo qui va annuler toute sanction pécuniaire à l'encontre des coopératives adhérentes qui n'auront pas pu respecter leurs engagements vis-à-vis du groupe. L'Aquitaine semble largement échapper à ce tableau noir puisque la récolte de maïs y sera passable cette année, alors que les vendanges ont permis de récolter des raisins nombreux et bien ensoleillés. Le groupe coopératif semble évoluer d'une manière un peu comparable.

"Nous bouclons notre exercice au 30 juin et je peux vous préciser que notre chiffre d'affaires vient d'atteindre 6,4 Md€, après une hausse de +16 % !, s'amuse Thierry Blandinières. Nous étions à Québec, au sommet des coopératives internationales, dont nous rentrons et une étude réalisée à cette occasion montrer qu'InVivo est le groupe coopératif mondial numéro 1 ! Ce n'est pas très étonnant puisque sur 9.500 salariés, nous employons 2.000 Français, les autres étant Brésiliens, Mexicains ou Vietnamiens. Nous sommes présents dans tous les pays émergents car c'est chez eux que va se jouer le futur de l'agriculture" analyse Thierry Blandinières.

A Odessa comme à Sao Paulo

En plus de cette forte présence à l'international, au plan global, InVivo vient de se diversifier dans l'alimentation locale, en créant la marque enseigne "Frais d'ici".
Une formule testée depuis un an dans plusieurs villes, dont Auch, dans le Gers, ou encore à Dijon, et qui a donné toute satisfaction, validant cette partie du plan stratégique. Le DG d'InVivo n'est pas sans rappeler celui du groupe coopératif Maïsadour qu'il a été, à Haut-Mauco (Landes), et le président de Delpeyrat, filiale vedette du groupe agricole landais. Positif et offensif, Thierry Blandinières a toujours deux fers au feu, au point qu'on pourrait parfois croire qu'il un sixième et même un septième sens...

"Nous allons avoir 50 % de blé français de moins à vendre, puisque la production passe de 40 millions de tonnes en 2015 à 28 millions en 2016. Notre chiffre d'affaires sur ce marché va être divisé par deux. Pour faire face à ce genre de risque, et comme nous étions très dépendants du marché français nous avons ouvert des bureaux de négoce international (trading) à Singapour, Sao Paulo et même en mer Noire, à Odessa, au contact des productions de blé russe et ukrainienne" sourit Thierry Blandinières, avec la mine réjouie du chat qui vient de croquer un canari.

Création de deux fonds d'investissements

Le DG ne perd pas pour autant son sérieux, précisant que dans un monde où la production de blé a été très abondante en 2016, la crise française passe complètement inaperçue... Sauf peut-être en Algérie, un client très régulier de la France, qui propose aux Algériens une production correspondant à leur cahier des charges.

"Cette année nous risquons de souffrir car nous allons sûrement proposer du blé russe ou ukrainien à Alger et il n'est pas dit que ça passe. Et puis si ça passe, c'est la production française qui risque d'en souffrir l'an prochain" résume Thierry Blandinières.

InVivo négocie par ailleurs un virage très poussé dans la digitalisation, mouvement stratégique qui s'est traduit par l'acquisition de Smag, à Montpellier, spécialisée dans le développement d'applications sur smartphone au service de l'agriculture.

Et dans la foulée le groupe coopératif a décidé de créer deux fonds d'investissement, parce que l'innovation ne saurait être une histoire de recherche et développement interne. Ces deux fonds sont respectivement dotés de 5 M€, il s'agit de Neovia Venture, avec des tickets d'entrée compris entre 50.000 et 300.000 €, pour des investissements dans des startups et InVivo Invest, chargé de négocier la transformation numérique du groupe. Concernant la reprise de Cordier Mestrezat, Thierry Blandinières se souvient que "l'enjeu c'était de maintenir la confiance avec les grands châteaux sur les allocations car ils nous voyaient au début comme de nouveaux entrants sur le marché : ça s'est très bien passé car nous avons vu nos allocations grimper de 15 %, pour un chiffre d'affaires initial d'une douzaine de millions d'euros".

100 M€ pour la distribution

Tandis que Mestrezat est dédié à la vente de grands crus, Cordier se charge des vins plus accessibles. "Nous avons besoin d'une maison de haute couture et d'une marque ombrelle comme Cordier pour nos collections de prêt-à-porter" éclaire Thierry Blandinières. En plus du négoce, InVivo présente à Vinexpo Hongkong son premier né : un bordeaux en mono cépage cabernet sauvignon Cordier, avec comme accroche "Enjoy la vie".
Une bouteille à 15 $ destinée aux marchés américains et asiatiques qui ne sera pas distribuée dans la grande distribution en France hormis chez Monoprix.

Mais Thierry Blandinières, qui dispose de 100 M€, est très impatient d'arriver à boucler le rachat de son premier distributeur de vin, avec deux cibles géographiques clés : les Etats-Unis et l'Europe du nord. Si Cordier réalise 28 M€ de CA, InVivo pèse beaucoup plus lourd dans le vin par le jeu de son actionnariat minoritaire, donc non consolidé, dans les coopératives partenaires, soit près de 350 M€, "ce qui fait de nous le troisième acheteur en France : 100 M€ c'est ce qu'il faut pour construire un pôle à 600 M€ qui soit rentable, avec 70 % des ventes à l'export" lâche le directeur général.

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