Lait : pour la Coordination rurale, la négociation a mal tourné

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Sortie de crise par le haut pour la filière laitière française ? Non, pour la Coordination rurale
Sortie de crise par le haut pour la filière laitière française ? Non, pour la Coordination rurale (Crédits : Reuters)
Après une semaine de blocage de sites du groupe laitier Lactalis, la troisième réunion de négociation a permis d'aboutir à un accord sur les prix d'achat du lait aux producteurs par Lactalis. Un accord contesté par le syndicat agricole Coordination rurale Aquitaine… qui n’a pas participé à son élaboration.

"Sortie de crise positive pour le secteur laitier. Satisfaction que tous les acteurs se soient mobilisés et aient pris leurs responsabilités" : c'est par ce tweet que le Premier ministre Manuel Valls concluait hier 30 août la grosse semaine de négociations et de blocages opposant les producteurs laitiers français au groupe Lactalis, leur principal acheteur.
Dans le même temps, ou presque, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, annonçait que la France, deuxième producteur européen de lait derrière l'Allemagne (16 % de la production totale avec 25 milliards de litres/an), réduisait sa production de 5 % au dernier trimestre 2016, dans un objectif de remontée des prix. Un plan en accord avec les demandes de Bruxelles... C'est en tout cas ce qu'espère Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait qui estime que pour que ce plan fonctionne, la réduction de l'offre devra être "une politique de tous les pays européens".
Quoi qu'il en soit, le ministre Le Foll rappelle que "c'est la première fois depuis la fin des quotas qu'il y a la mise en œuvre d'une régulation de la production" et souligne que "pour aider les éleveurs à respecter cet objectif, le gouvernement dispose d'une enveloppe de 50 millions d'euros", versée par l'Europe et qui fait partie d'un plan global de 500 millions d'euros annoncé par la Commission européenne en juillet dernier pour soutenir l'agriculture dans son ensemble.
Résultat de cette aide : chaque éleveur qui accepte de réduire sa production percevra jusqu'à 24 centimes d'euro par litre non produit : 14 cts venant de Bruxelles, et 10 cts de "bonus" versés par la France dans la limite de 5 % de la production. "Ce pourcentage", conclu Stéphane Le Foll, devrait permettre d'éviter une "restructuration de la production laitière française".

340 euros pour 1.000 litres négociés en 2015

Alors,  sortie "par le haut" de la crise pour la filière laitière français avec un prix de la tonne qui augmentera de 5 euros tous les mois jusqu'à parvenir à 300 euros en décembre, pour une moyenne annuelle de 275 euros ?

- "Oui" pour Sébastien Armand, vice-président de l'Organisation de producteurs Normandie Centre qui rappelle que le prix de la tonne sera désormais fixé à "290 euros en moyenne" alors que la semaine dernière, Lactalis avait proposé un prix de 280 euros... et que, jusque-là, l'industriel achetait le lait 256,90 euros la tonne, l'un des prix les plus bas du marché.

- "Oui, mais" sans doute pour Lactalis qui, par la voix de son porte-parole, Michel Nalet, soulignait quand même que le prix négocié était "largement supérieur à son environnement économique et à ses principaux concurrents coopératifs". Entre les lignes on comprend que le premier groupe laitier mondial  (750.000 collaborateurs dans 43 pays et 230 sites industriels) a accepté de perdre en compétitivité au moins en France ce qui pourrait avoir des conséquences sur ses ventes et donc sur l'emploi local...

- "Non" pour le syndicat agricole de la Coordination rurale qui assure, ce matin, que les représentants de son organisation des producteurs de lait (OPL) n'a pas été conviée pour participer aux négociations. Dans son communiqué de presse, la Coordination rurale Aquitaine se demande "s'il faut rire ou pleurer de l'annonce de Lactalis d'une augmentation du prix de la tonne achetée qui atteindra 300 euros en décembre pour une moyenne annuelle de 275 euros. L'organisation agricole souligne qu'en 2015, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) avait négocié un prix d'achat de 340 euros pour 1.000 litres.

"Quel syndicaliste peut honnêtement se féliciter d'être parvenu à un accord couvrant à peine les charges pour 50 % des producteurs ?", ironise la Coordination rurale Aquitaine.

Selon le syndicat, les centres de gestion et les études indépendantes de l'European Milk Board montrent que le prix nécessaire pour couvrir les charges à produire 1.000 litres de lait est de 350 euros en moyenne.

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