Bordeaux : la filière vin menacée par le dépérissement des vignes

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Entre 2008 et 2014, le rendement moyen de la vigne en France a reculé de 4,6 hl par hectare. La profession tente de comprendre pourquoi et de mettre en place un plan de lutte contre ce dépérissement qui semble inéluctable.
Entre 2008 et 2014, le rendement moyen de la vigne en France a reculé de 4,6 hl par hectare. La profession tente de comprendre pourquoi et de mettre en place un plan de lutte contre ce dépérissement qui semble inéluctable. (Crédits : Appa)
Le potentiel de production des vins français est en danger. A l’occasion du Forum environnemental de la filière viticole bordelaise (CIVB), un point a été fait sur la durabilité menacée du potentiel de production des vignobles français. La mortalité des pieds de vigne menace sa pérennité partout en France… et n’a pas de solution à ce jour.

Ce matin à Bordeaux, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) organisait le 8e forum environnemental de la filière. Conformément à un engagement pris l'an dernier par son président, Bernard Farges, l'interprofession présentait son deuxième rapport de développement durable. L'occasion de présenter sa méthode de travail pour accélérer sa démarche d'amélioration en matière environnementale.
Devant 300 acteurs de la filière bordelaise, Bernard Farges et les équipes techniques du CIVB de rappeler les efforts entrepris pour l'objectif plan climat 2020 (lancé dès 2008) des vins de Bordeaux d'une réduction de 20 % des gaz à effet de serre, d'économie d'énergie et d'eau ainsi que la production, dopée de 20 %, de la production d'énergies renouvelables.

Limite maximale de résidus : le président Farges dit "chiche !"

Pendant la matinée, où la parole des opposants à l'utilisation anarchique des produits phytosanitaires a été écoutée, Bernard Farges a notamment pris position pour une limite maximale de résidus (LMR) dans les vins.
"On dit ici et là que nous freinons des deux pieds sur une mise en place de LMR. C'est faux, nous demandons à l'Etat, à l'Europe de mettre en place une LMR sur nos vins... mais on nous répond que cela n'est applicable que sur les produits non transformés... Mais sachez que nous avons envie que cela change et que cela soit appliqué sur nos vins !"
En attendant, la filière qui s'organise pour la durabilité de sa production s'inquiète d'un phénomène qui remet en cause sa productivité, voire sa compétitivité : le dépérissement des pieds de vigne.
Un phénomène qui s'est accéléré ses dernières années.

Dépérissement du vignoble = 900 M€ de manque à gagner et 0 solution

Depuis 15 ans au moins les rendements déclarés s'érodent. Un recul qui s'établit, pour la seule période située entre 2008 et 2014, à 4,6 hl perdus par hectare, soit un manque à produire de 2,1 millions d'hectolitres en France, ou près de 900 millions à 1 milliards d'euros de manque à gagner pour la production viticole française, toutes appellations d'origine confondues. Une somme qui ne tient pas compte des dépréciations foncières, des coûts de main d'œuvre, coûts de production impactés par ce dépérissement
Mandaté par FranceAGriMer et le comité national des interprofessions, un cabinet d'étude a été chargé d'établir le bilan des connaissances sur le phénomène du dépérissement du vignoble... son constat est sans appel : en l'état actuel des choses, il n'existe pas vraiment de réponse au phénomène, et donc pas de solution non plus.

Une cause nationale

"Malgré 35 ans de travaux, les connaissances n'ont pas progressé sur ce phénomène de dépérissement", assure Muriel Barthe directrice technique du CIVB. "Il apparaît clairement que nous devons apporter une réponse différente à cet appauvrissement de la vigne et que nous devons le faire en collaboration avec toutes les interprofessions de France."

Une cause que la filière bordelaise fait sienne en lançant localement un plan d'actions anti dépérissement qui passe notamment par la recherche et la mise en place d'un observatoire du vignoble et de son état sanitaire ainsi que des outils d'analyse des conduites du travail de la vigne et de la gestion des vignobles et la remise à plat de l'approvisionnement en matériel végétal via un partenariat entre production et pépiniéristes.
Bordeaux n'avance pas seul sur le sujet. Un plan national de lutte va voir le jour.

"Cette lutte contre le dépérissement de la vigne est une cause nationale !", affirme François-Thomas Bon, viticulteur à Saint-Emilion. "Nous ne pouvons y aller seuls, chaque interprofession doit y participer car le chantier est énorme."

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Commentaires
a écrit le 21/01/2016 à 15:54 :
Le bouturage à gogo et la mono culture avec toutes ses mauvaises pratiques sont sans aucun doute le résultat de son "dépérissement". Comme le vin, le lavandin dépérit et pourtant les agriculteurs concernés continuent avec les mauvaises pratiques: monoculture intensive, pas de haies, pas d'arbres pour enrichir le sol et abriter les insectes et les mycorhizes amis des plantes, arrachage systématique des herbes pour "faire propre"...... Ils ne savent absolument rien du fonctionnement de la terre des micro organismes qui l'enrichissent !!! Ils se sont gavés pendant des années sur des plantes "jeunes" et en puisant à gogo sur l'humus que leurs parents et grands parents avaient mis des années à constituer, et maintenant que cela ne marche plus ils crient au secours pour qu'on finance leur sauvetage !!! Alors oui le chantier est énorme mais la faute à qui????
a écrit le 20/01/2016 à 20:04 :
A force d'exploiter les sols, de faire n'importe quoi sans respecter leur biodiversité, voilà où on va ! on dira bientot la même chose des sols cultivés qui ne sont plus que poussière, potasse,magnésies et autres détritus issus des engrais dérivés de l'industrie pétrolière !!!

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