Grippe aviaire, l’Aquitaine sur la corde raide

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L'impact du vide sanitaire risque d'être catastrophique pour la production en 2016
L'impact du vide sanitaire risque d'être catastrophique pour la production en 2016 (Crédits : Pascal Xicluna / Min. Agriculture)
Depuis ce lundi 18 janvier plus aucun poussin ne peut être admis dans un des élevages d’oies ou de canard des 18 départements concernés par la procédure de vide sanitaire destinée à purger le Sud Ouest du virus de la grippe aviaire.

Sur cet ensemble, 13 départements appartiennent aux anciennes régions Aquitaine (Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques) et Midi-Pyrénées (Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, Tarn, Tarn-et-Garonne, Lot), qui sont les deux plus grands centres de production de foie gras du pays et d'Europe. L'Aquitaine, avec une moyenne de 10.000 tonnes génère 50 % de la production nationale, et Midi-Pyrénées, avec 5.000 tonnes, 25 %. Si les ventes de foie gras sont encore fortement concentrés sur les mois d'octobre à janvier, elles génèrent plus de 2 Md€ de chiffre d'affaires, tandis que les ventes de viande de canard (à rôtir ou gras) dépassent les 400 M€ annuel. Xavier Beulin, président de la puissante FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), a confirmé lors de son passage à Bordeaux, lors de l'inauguration de la nouvelle usine Lesieur, le bien fondé de ces mesures sanitaires drastiques.

Pas encore possible de savoir

Des réunions auront lieu à Paris dans les prochains jours pour évaluer les fonds qui seront nécessaires pour éviter l'effondrement la filière, et Bruxelles a promis de financer 50 % de l'ardoise. Le Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras) a évalué le manque à gagner pour les exploitations touchées entre 250 et 300 M€.

"Ils ont multiplié le nombre de canards en production à ce moment-là par le prix au kilo, c'est qui est assez logique. Pourtant  il manque des éléments très concrets dans les arrêtés du ministère. On connait le nombre de départements touchés, c'est vrai, mais on ignore la durée d'application du vide sanitaire. Personne ne sait si les canards seront remis en élevage le 1er mai ou fin juillet : selon la date choisie ça va changer beaucoup de chose" explique-t-on au groupe coopératif Euralis, à Pau, grand producteur, avec son concurrent Maïsadour, à Haut-Mauco (Landes), de foie gras et viande de canard.

La Dordogne monte en pression

En Aquitaine, région désormais fusionnée avec Limousin et Poitou-Charentes, deux départements concentrent l'essentiel de la production nationale : les Landes et la Dordogne. C'est dans ce deuxième département que l'épidémie a démarré fin novembre. Alors que le détail des mesures gouvernementales n'est pas connu et qu'il n'est pas encore possible de se faire une idée très précise du préjudice que va devoir digérer la filière, la température monte en Périgord. Alors même que la FNSEA soutient l'opération sanitaire nationale, sa représentation territoriale périgourdine, la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) de la Dordogne est montée au créneau pour tirer la sonnette d'alarme, sous l'accroche "Qui paye la grosse facture ?".

Les producteurs en circuits courts

S'il n'élève pas lui-même des oies ou des canards, Fabien Joffre, son président s'interroge.

"On ne sait pas comment ils ont pu tomber sur 250 M€ pour toute la zone concernée, alors qu'il y a en Dordogne 700 à 800 producteurs dont 300 à 400 n'appartiennent à aucune coopérative agricole et font de la vente directe, en circuit court. Le ministère prétend qu'avec ces mesures tout sera revenu dans l'ordre pour Noël. Mais il oublie qu'en Dordogne nous avons près des centaines de petits producteurs qui vendent l'été et font visiter leurs élevages d'oies et de canards" expose Fabien Joffre.

S'il évoque ces ventes en circuits courts, pour près de la moitié des producteurs périgourdins, c'est que le président de la FDSEA estime qu'elles ne sont pas prises en compte dans l'évaluation d'un préjudice qui n'a été jusqu'ici qu'à peine esquissé.

"Non à la mort organisée"

Les impacts croisés, à l'échelle de la filière, sur l'approvisionnement en céréale des exploitations fermées et sur les transports, n'entrent pas dans les calculs du Cifog. Dans un contexte général déjà tendu, les Jeunes Agricoles de la Dordogne ont à leur tour dégainé et mis en garde ce lundi les pouvoirs publics sur les retombées néfastes de ce vide sanitaire, ne serait-ce qu'en Périgord.

"Nous prévenons : les pertes seront colossales pour les producteurs mais également pour les autres maillons de la filière (accouveurs, abattoirs...). 6 mois de chômage technique. 300 millions d'euros de perte estimée. Nous disons oui au principe de précaution, non à la mort organisée de la filière palmipède" s'exclament ainsi Pierre Léonard et Jean-Marc Constant, respectivement président et secrétaire général des JA Dordogne.

Une réunion est organisée ce mercredi à la préfecture du département et Fabien Joffre espère y voir plus clair.


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Commentaires
a écrit le 18/01/2016 à 19:11 :
Je suis un peu d'accord avec ma voisine poule de luxe le soir, ils nous gavent avec cette grippe aviaire !!
a écrit le 18/01/2016 à 19:02 :
Pourquoi le principe de précaution ne s'applique pas dans le cas d'une maladie aviaire en France?
Les politiciens sont les premiers à décréter des embargos contre les états étrangers dans ces cas-là, pourquoi pas en France?
Ont-ils peur que les éleveurs bloquent des routes?

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